Imágenes de páginas
PDF
EPUB

pre

toûjours prêts à preferer un veau d'or, ou la miere idole qu'ils rencontroient, à la majefté de celuy qui les avoit tirez d'une fi dure fervitude par tant de miracles.

[ocr errors]

Nous les verrons encore toûjours pleins de fiel & d'amertume contre ce même Moïfe, cet homme de Dieu qui avoit pour eux une tendresse & des entrailles de pere, & qui étoit néanmoins, comme il dit lui-même, toûjours en danger d'être lapidé par ces ingrats, quoiqu'il les eût fi fouvent comme arrachez à la juste indignation de Dieu qui les vouloit perdre.

On peut voir le jugement qu'on doit faire de tous ces Hebreux, qui n'obfervoient la loy que par un efprit tout charnel & tout Judaïque, & qui très-fouvent ne l'obfervoient point, & fe revol toient contre Dieu & contre fes Prophetes, dans cette excellente defcription que faint Auguftin en fait en écrivant au Pape Boniface, & foûtenant devant ce Souverain Pontife la grace de JESUSCHRIST contre les erreurs des Pelagiens.

[ocr errors]

,, Il eft aifé de reconnoître dans l'Ecriture, dit ce Aug. ad Saint, que toute cette multitude d'Hebreux, qui Bonif. I. » ont murmuré fi fouvent contre Dieu, & contre 3.6.4° ,,Moïfe dans le defert, qui ont adoré le veau d'or, „›& qui même dans la terre promife, fe font profti,, tuez au culte des idoles, a été très-justement re»prouvé de Dieů. Mais il eft plus difficile de com»prendre, ce qui eft certain néanmoins, que ces ,,Juifs mêmes qui ont paru depuis plus attachez à ,,leut loy, & plus religieux devant les hommes, n'ont pas été celà juftifiez devant Dieu. pour

[ocr errors]

C'eft ce que ce Saint nous montre en ces termes: ,, Tous ces Juifs qui vivoient fous la loy, & qui ne Aug.ad ,, penfoient qu'à acquerir les biens paflagers que la Bonf. L. ,,loy leur promettoit, fans fçavoir que ces biens 3.6.4. n'étoient qu'une image des biens fpirituels & ve,, ritables, que le Sauveur nous devoit donner dans

», la

,, la loy nouvelle, gardoient les Commandemens de „Dieu, par le defir qu'ils avoient d'obtenir.ces ,, biens, & par la crainte de les perdre. Ou, plûtôt ils s'imaginoient les garder, & ils ne les gardoient point en effet. Car ils n'étoient point pouffez dans ,, leurs actions par cette foy dont parle faint Paul, Galat. qui eft animée & qui agit par l'amour, mais seulement par une cupidité terreftre & par une

5.0.6.

Aug. ib.

22

دو

[ocr errors]
[ocr errors]

H

[ocr errors]
[ocr errors]
[ocr errors]

crainte charnelle.

[ocr errors]

Or celuy qui garde les Commandemens de Dieu, ajoûte ce Saint, non par une obéiffance interieure & fpirituelle, mais par un defir d'acquerir les biens de la terre, ou par une crainte de les perdre, garde les Commandemens malgré luy. Et il ne fait point veritablement dans le cœur ce qu'il paroît faire au-dehors. Puifque fi l'on confidere ,,P'inclination de fa volonté, qui ne defire que les biens du corps, & qui ne craint que les maux qui leur font contraires, il aimeroit beaucoup mieux ne rien faire de ce que Dieu luy commande, s'il ,, pouvoit luy defobéir impunement. C'est pourquoy Dieu qui juge de l'obéïffance que l'on rend à fes preceptes, par le fond du cœur qui luy eft con,, nu, regarde ces perfonnes comme coupables devant lui, parce qu'il voit que leur volonté eft entierement oppofée à fa juftice: Non fervabant praAug. ad cepta Dei, fed fibi fervare videbantur. Neque enim Bonif. 1. fides in eis per dilectionem operabatur, fed terrena cupiditas, metufque carnalis. Sic autem pracepta qui facit, procul dubio invitus facit. Ac per hoc in animo non facit. Mavult enim omninò non facere, fi fecundùm ea que cupit & metuit, permittatur impune. Ac per hoc in ipfa voluntate intus eft reus, ubi ipfe, qui pracipit, infpicit Deus.

3.4.

93

[ocr errors]

Ce Saint enferme encore excellemment cette grande verité en ce peu de mots :,, Tous ces Juifs ,, qui ne vivoient que par un efprit humain & Judaï», que font demeurez, ou vifiblement coupables, ou

fauffes

,,fauffement juftes, étant ou tombez ouvertement par une defobéiffance manifefte à la loi de Dieu, ,, ou enflez indifcrettement par la vaine eftime de „, leur justice, qui n'étoit qu'au-dehors & en ap"parence: Ita remanent aut apertè iniqui, aut fal- Aug.ad Bonif.1.3. laciter jufti; m aperta iniquitate evidenter elifi, in fallaci juftitia infipienter elati.

6.7.

Ce peuple donc étant tout plongé dans l'amour des biens de la terre, Dieu ne le conduifoit que par la crainte, parce qu'il n'étoit pas capable d'être conduit autrement, & il le traitoit felon la dureté de fon cœur. C'eft ce que Dieu même declare plufieurs fois dans la fuite de ce Livre:,, Je ne mar,,cheray pas avec vous, dit-il aux Ifraëlites, parce Exod.33. », que vous êtes un peuple d'une tête dure: Non v. 3.5. afcendam tecum, quia populus dura cervicis es.

Le grand faint Etienne dans le Livre des Actes reproche aux Juifs au milieu de leur aflemblée avec une étrange force cette même dureté, en leur difant:,, Têtes dures & inflexibles, hom- A&. 7. ,,mes incirconcis de cœur & d'oreilles, vous re- v. 51, „fistez toûjours au Saint-Elprit, & vous êtes tels ,, qu'ont été vos peres.

Il faut donc fe former une idée des Ifraëlites telle qu'ils étoient en effet. Ils ne defiroient de Dieu que des biens terreftres. Ils étoient tout poffedez de l'amour d'eux-mêmes, & ils n'avoient nulle affection fincere pour les biens interieurs & fpirituels. C'est pourquoy Dieu les retenoit par lat crainte comme par un frein, afin qu'ils attendiffent de luy feul les biens de la terre, qu'il leur donnoit effectivement quand ils luy étoient fidéles, & dont il les privoit juftement quand ils le quittoient pour adorer les idoles.

Aufli l'on verra dans la fuite de ce livre, que Moïfe par l'ordre de Dieu preferit aux Ifraëlites un très-grand nombre d'ordonnances & de ceremonies, pour le choix des jours, pour la celebra

tion des Fêtes, pour le difcernement des viandes ou pures ou impures, & pour la diverfité des. hofties & des facrifices, ce que faint Augustin appelle un joug pefant & fervile, proportionné à la dureté de ce peuple.

§. V.

Avantages tirez de la loy. Le malade reconnoît fon mal, a recours au Sauveur. Perfection de l'Eglife naiffante, fruit de la loy.

Ι

[ocr errors]

L ne faut pas conclurre de ce qui vient d'être dit, qu'il étoit inutile que Dieu donnât fa loy aux Ifraëlites, puifqu'ils en devoient fi mal user, Saint Auguftin qui a été un excellent difciple de faint Paul, fait voir au-contraire, après ce grand Apôtre, combien la loy leur a été avantageuse. Les Ifraëlites, dit ce Saint, étoient corrom ,, pus dans le cœur, parce qu'ils étoient fuperbes Dieu voulant donc leur découvrir la premiere », caufe de leur mal qui leur étoit inconnue, leur ,, a donné fa loy, non pour les guerir de leur maladie, ce que la loy feule n'auroit pas pu faire, mais pour contraindre leur orgueil à reAuguft. connoître qu'ils étoient malades; Ad domandum ferm, de fuperbiam data eft lex; non ad liberandos egrotos, guing for fed ad convincendos fuperbos.

tic.

[ocr errors]

"

"

[ocr errors]

"

Il ne faut pas s'imaginer, ajoûte ce Saint, que cette conduite de Dieu enyers fon peuple ait été ,, trop fevere. Il les a traitez de cette forte, non comme un ennemi qui n'a point de compassion, Aug. in mais comme un Medecin qui veut guerir; Non Pf.cz. crudeliter hoc fecit Deus, fed confilio medicine.

Pf. 102.

Rom. 5.

V. 20.

[ocr errors]
[ocr errors]
[ocr errors]

Ce font-là, continuë ce Saint, ces voies sc,,crettes de la fageffe ineffable de Dicu, qu'il a découvertes à Moile fon, ferviteur : Notas fecit vias fuas Moyfi, Car Dieu a permis que la loi furvenant, comme dit faint Paul, ait donné lieu

"

دو

[ocr errors]
[ocr errors]

"a la multiplication du peché, afin qu'après l'abondance du peché Dieu répandit une furabondance de grace.

[ocr errors]

,,O homme, ajoûte ce grand Saint, ceffez de Aug. în ,,prefumer de vous-même. Que vôtre orgueil ne P.118. ,,Vous aveugle point; & vous comprendrez pour,,quoy Dieu qui eft fouverainement bon a donné

[ocr errors]

aux Juifs une loi qui étoit bonne fainte, & qui ,, néanmoins, felon la parole expreffe de faint Paul,

ne pouvoit donner la vie. Dieu vous a donné la Galat, 3„loi, dit ce Saint, pour vous rendre petit & hum- .21, ,,ble, de grand & de fuperbe que vous étiez. Il vous a donné la loi, afin qu'étant convaincu par „vos chûtes mêmes de l'impuiffance où vous étiez ,, de l'accomplir par vos propres forces, vous cul fiez recours à la grace de JESUS-CHRIST, ,,& qu'implorant fa mifericorde, vous luy difficz avec David par un cri du coeur : Seigneur ayez pitié de moi, parce que je fuis malade: Miferere Pf. 6. v. mei Domine, quoniam infirmus fum.

[ocr errors]
[ocr errors]

"

2.

,,Les Ifraëlites, dit le même Saint, s'imaginoient être affez forts par eux-mêmes pour obéir à la loi ,, de Dieu. Cette confiance prefomptueuse en leurs propres forces les a fait tomber, & les a rendu ,,coupables du violement même de la loi. Enfin »leur chûre leur a ouvert les yeux. Ils ont imploré ., le secours du liberateur. Ils étoient fuperbes, ils ,, font devenus humbles. Les malades reconnoif ,, fent maintenant qu'ils font malades, Que le Me. ,,decin vienne; que le Sauveur touche ces malades, ,& qu'il les gueriffe: Homines temerariâ fuâ pra- Aug. in fumptione ceciderunt. Facti rei fub lege imploraverunt. Tract. 3.. beratoris auxilium. Egritudo fuperborum facta eft confeffio humilium. Jam confitentur agroti quia agrotant. Veniat medicus, & fanet agrotos.

Et cette conduite paroît fi pleine de merveilles à faint Auguftin, que s'adreffant à Dieu comme dans un tranfport d'admiration, il s'écrie: Oui, b 2

Sei

Joan.

« AnteriorContinuar »