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eux, on verra que les deux des Bénédictins fe fuivent affez bien; on remarquera pourtant que par le second ordre on trouve les vies moyennes un peu plus grandes que par le premier; ce qui fait connoître que les Religieux vivent à préfent un peu plus qu'ils ne vivoient autrefois ; & cela eft vrai, non-seulement pour les Bénédictins, mais auffi pour tous les autres Religieux dont j'ai pu avoir les âges, ainfi que je l'ai vérifié d'une autre maniere qu'il est inutile de mettre ici.

On remarquera que les Religieux de Sainte Genevieve vivent un peu moins en général que les Bénédictins, & que les Religieuses vivent plus que les Religieux; ce qui paroît confirmer ce que dit M. Kerfeboom, qu'un nombre quelconque de femmes vivent plus entre elles qu'un pareil nombre d'hommes, felon le rapport de 18 à 17. Il dit que toutes les femmes qui naiffent dans un endroit, vivent autant que les hommes. Or le nombre de garçons qui naissent dans un endroit pendant un long espace de tems, au nombre des filles comme 18 eft à 17 ou environ, ainsi qu'on l'a observé en Angleterre, & qu'on peut le voir à la fin de la feconde édition de l'Analyfe fur les Jeux de hazard de M. de

eft

Montmor. Ors'il eft vrai que toutes les femmes ensemble vivent autant que tous les hommes ensemble, leurs naiffances étant à celles des hommes comme 17 est à 18, il faut que leur vie moyenne foit à celle des hommes, comme 18 eft à17. On voit la Table XIII. que les vies moyenpar nes des Religieux & celles des Religieufes font fort approchantes d'être felon ce rapport dans tous les âges. Je ferai quelque jour la même recherche pour les hommes & les femmes du monde; elle demande un peu plus de tems que je n'en ai à présent.

Tout le monde croit que l'âge de 40 à 50 ans est un tems critique pour les femmes : je ne sçai s'il l'eft plus pour elles que pour les hommes, ou plus pour les femmes du monde que pour les Religieufes; mais quant à ces dernieres, on ne s'en apperçoit point par leur ordre de mortalité, comparé aux autres. Je tâcherai quelque jour d'éclaircir ce doute; ce pourroit bien être encore une de ces choses qu'on croit fans fondement, comme bien d'autres.

On

remarquera auffi que vers le commencement les Religieux & Religieufes meurent moins les gens du monde; mais quand ils viennent à l'âge de 45 ou 50 ans & au-delà, ils meu

que

rent beaucoup plus vîte; il y a trois raisons principales pour que cela foit ainfi.

1o. Les Religieux & Religieuses sont des gens bien mieux choifis que les Rentiers: car outre qu'on a grand foin de les vifiter pour la plûpart, pour voir s'ils n'ont aucune infirmité extérieure, & qu'on leur demande fous peine d'engager leur confcience, s'ils ne fe connoiffent aucune infirmité intérieure ; le Noviciat fert autant aux Supérieurs pour éprouver la fanté & le tempérament des Novices, qu'à ces derniers pour éprouver la Regle.

2o. Quand les Religieux & Religieufes ont paffé quinze ou vingt ans dans le Couvent, leur fanté commence à s'altérer par les abstinences, les jeûnes forcés, le chant, les veilles, des auftérités fouvent outrées, & peut-être encore plus que tout cela, le manque de foins pour l'extérieur de leur corps, dont la plupart ne se piquent guere.

3o. Ceux qu'un bon tempérament fait aller jufqu'à un âge un peu avancé, pourroient aller bien plus loin s'ils avoient dans les Couvents mille petites douceurs qu'ils n'ont pas, & que les gens du monde trouvent chez eux, non-feulement les riches, mais auffi ceux qui ne font

que médiocrement aifés, & même les fimples artifans qui fçavent s'arranger dans leur mé

nage.

On remarquera encore en comparant les ordres de mortalité des Religieux à celui des Rentiers, & à celui de M. Kerseboom, que c'est un faux préjugé de croire que les Religieux & Religieufes vivent plus que les gens du monde. Choifis comme ils le font, ils devroient vivre beaucoup plus, ou avoir leurs vies moyennes beaucoup plus grandes que celles des Rentiers; & on voit par la Table XIII. qu'elles font moindres. Cette erreur vient de ce qu'on ne juge que par les apparences. Il y a de vieux Religieux à la vérité, mais bien moins qu'on ne croit: c'est un fait qu'on ne fçauroit contester, fans nier l'exactitude de leurs Nécrologes; auffi ne m'arrêterai-je pas à le prouver, quoiqu'on puisse le faire par des raisons très-solides : je laisse à chacun le foin de les chercher; on les trouvera aifément dès qu'on voudra faire attention. Combien d'autres préjugés encore plus ridicules ne détruiroit-on pas, fi on vouloit en examiner l'origine, & les illufions qui les favorifent?

y

Par tout ce que j'ai dit jufqu'ici, & que je

crois avoir prouvé autant que cela peut l'être, on voit qu'on peut regarder l'ordre de mortalité établi par M. Kerseboom, comme le plus approchant du vrai pour le monde en général : on se fervira de celui qui a été établi d'après les Tontines, pour les Rentiers & pour les autres personnes qui compofent quelque Compagnie ou Société d'élite ; & on pourra fe fervir du second ordre établi d'après les Bénédictins pour les Religieux en général, parce qu'il tient un milieu entre les quatre ordres des Religieux : il n'y en a qu'un établi pour les Religieufes; mais on peut

y compter.

Un ordre de mortalité quelconque, le fecond des Bénédictins, par exemple, marque nonfeulement la proportion de ce qui doit mourir annuellement de Religieux, mais encore la proportion des nombres de Religieux de chaque âge qui font actuellement dans la Congrégation. Car fi on fuppofe qu'il entre tous les ans dans la Congrégation de Saint Maur 814 Religieux de l'âge de 20 ans, un an après ils deviendront les 808 de l'âge de 21 ans, enfuite les 802 de l'âge de 22 ans, les 795 de l'âge de 23 ans, &c. & comme on fuppofe qu'il en entre tous les ans 814, tous les âges feront remplis chacun du

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