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mun, affure-t-il auffi qu'il le foit en effet? Il le traite d'opinion; mais le propose-t-il en quelque endroit comme un deeret, ou comme un dogme de Ecole? S'il accorde que cette opinion paroît être la plus commune, accorde-t-il auffi qu'elle foit invariable & certaine? Mais depuis quel tems paroît-elle devenue la plus commune ? Au jourd'hui, dit le Pape, & non de toute antiquité parmi les Scholaftiques, c'est-à-dire parmi les Docteurs de nos jours, & non parmi les Peres; & de-là que conclurez-vous ?

Le fçavant Melchior Canus dans fes lieux Théologiques parlant de l'autorité que peut avoir ce qu'on appelle une opinion qu'il fuppofe même la plus commune, dit clairement, & fans que perfonne l'ait contredit, qu'

autre

autre chofe font les decrets & les dogines fixes & certains de l'Ecole, autre les opinions incertaines & paffageres qui s'y glif fent quelquefois.Et qui peut nier que la pente de l'homme au relâchement, & la démangeaison de dire & d'entendre quelque chofe de nouveau,n'ayent donné cours dans notre fiécle à beaucoup d'opinions inouies dans les fiécles précédens? Dira-t-on pour cela que ces opinions devenues peut-être les plus communes en ayent acquis le degré le plus leger de probabilité ? Loin de nous cette penfée! Elle favoriferoit trop cette probabili-té qu'on appelle extrinfeque, & qui chez les nouveaux Cafuiftes eft devenue la fource de toute forte de relâchement & de corruption. Ecoutons plûtôt ce que le Pape Alexandre VII. en a dit

S

lui-même dans le celebre decret du jeudi vingt-quatrième jour de Septembre 1665, ce decret fi generalement applaudi de tout le monde chrétien: La licence demefurée de ces efprits qui dans les chofes qui regardent la conf cience, ont introduit une maniere de decider tout-à-fait éloignée de la fimplicité de l'Evangile &de la doctrine des SS. Peres, croît, dit-il, tous les jours,& ne connoit point de borne ; & s'il arrivoit qu'elle devint pour les fideles une regle de conduite, la plus affreuse corruption de mœurs inonderoit bientôt le Chriftianifme. Voici donc une licence effrenée de témeraires efprits qui s'accroît de jour en jour, & qui ne garde plus de mesure. Voici, je ne dis pas, quelques opinions relâchées que l'on condamne; c'est une methode mê

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me de raifonner & d'opiner oppofée à la fimplicité de l'Evangile & à la doctrine des Peres qui s'eft introduite. Voici enfin une très-grande corruption de mæurs qui non feulement s'en enfuit,mais qui découle de cette fource à grands flots, & comme un torrent qu'on ne peut plus arrêter. Ainfi s'exprime Alexandre VII. Or dans cet état croira-t-on que ce Pape ait voulu nous obliger à avoir quelque égard pour les opinions les plus communes aujourd'hui dans les Ecoles? A Dieu ne plaise encore une fois! Car ce n'eft plus feulement contre quelques opinions particulieres & dangereufes que le faint Pontife a voulu nous mettre en garde, mais contre la méthode même d'opiner; méthode dans laquelle il n'eft plus queftion de fçavoir ce qui eft

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vrai ou faux, jufte ou injufte: en quoi confifte cependant le point capital & l'objet effentiel de nos recherches; mais de trouver quelques probabilités, & d'imaginer quelques raifons frivoles, en quoi l'efprit humain n'eft tous les jours que trop fecond.

Ne nous laiffons donc point ébranler par les opinions peut-être aujourd'hui les plus communes. Combien de défordres voions - nous croître tous les jours, & fe répandre fous nos yeux par le progrès de la licence? Etonnés, & comme déconcertés par l'autorité du grand nombre, ferons-nous donc obligés de les diffimuler? Ou plûtôt ne devons-nous pas nous y oppofer avec d'autant plus de force,qu'ils s'établiffent eux-mêmes, & le fortifient avec plus d'opiniâtreté? La datte par exemple du per

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