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mais Alix: ma fureur me faifoit oublier qu'il ne pouvoit m'entendre. Le Vicomte fenfiblement touché de mon défepoir, n'y put tenir; il fe retira fans avoir la force de parler. Mon pere le fuivit, & l'entretint en particulier. Il y avoit peu d'heures que Vicomte étoit forti, lorsque le Grand Sénéchal entra. Ah! mon cher des Barres, lui dis-je, chaque inftant ajoute à mon malheur Le perfide Robert pouffe fon audace jufqu'à demander à devenir le Poffeffeur d'un bien qui m'étoit promis depuis fi longtems; mais avant que de l'obtenir, il faut qu'il m'arrache la vie; ma jufte indignation & mon amour la lui vendront cher: ce n'eft qu'à ce prix qu'il pourra poffeder Alix. Je fens mieux qu'un autre, mon cher Roger, me répondit le Grand Sénéchal

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toute la rigueur du fort qui vous perfecute: la tendre amitié qui a toujours été entre nous, & un amour malheureux, me rendent bien fenfible à vos peines. Je vous plains; mais puis-je vous le dire? Le Comte de Dammartin n'eft point coupable envers vous : vous êtes tous deux trompez, & tous deux le jouet de la paffion de Madame de Rofoi. Dammartin vous affaffine fans le fçavoir. Je vois que vous goûtez peu la fageffe & l'équité de mon raifonnement pourfuivit le Grand Sénéchal je vois que je ne puis vous faire connoître l'injuftice du projet,que l'ardeur de vous vanger vous fait concevoir : hé bien! je vais vous forcer à y renoncer. Je viens ici de la part de votre Roi, de ce Roi qui vous a tant donné de marques d'amitié, de ce Roi à qui vous ne fçauriez défobéir

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fans être ingrat; je viens, disje, de fa part vous défendre, fous peine d'encourir fa difgrace, de fortir de Paris fans fa permiffion. Songez, mon cher Roger, au refpect que vous devez å de pareilles défenses. Je promis au Grand Sénéchal d'obéir: je fis plus; je lui parus, ainfi qu'à mon pere, dans cette réfolution: car je ne doutai point que ce dernier n'eût prié le Vicomte de Melun, d'inftruire Philippe des deffeins que je formois.

Ces défenfes fi refpectables d'un Roi pour qui je donnerois ma vie, ne purent rien fur moi. Ma paffion, ou plûtôt ma fureur, me fit de même oublier le chagrin que j'allois donner à mon pere. Vous fçavez que mon fidéle Clouville eft Breton; je lui confiai mon deffein : il me promit de me mener à Nantes par

des chemins fi détournez, qu'on ne pourroit m'y fuivre. Je m'echappai la nuit fuivante avec lui: nous étions tous deux déguisez; nous arrivâmes enfin à Nantes. Dès l'inftant même, j'envoïai par Clouville, un Billet, ou plûtôt un Cartel, au Comte de Dammartin. Sa fituation n'étoit pas heureuse. La douleur de Mademoiselle de Rofoi, fans nul ménagement pour lui, & les nouvelles qu'il avoit reçûës de fon frere, ne l'avoient que trop inftruit de notre tendreffe réciproque & de mon désespoir. Mon arrivée ne l'étonna point: il promit de bonne grace de fe rendre le lendemain, à la pointe du jour, dans un Bois qui eft entre Nantes & Angers. Je m'y rendis; mais quelle fut ma furprise, lorfqu'aur lieu d'y trouver le Comte de Dammartin, je me vis entouré

d'un

AUGUSTE. 289 d'un nombre de Gendarmes, dont l'Officier me dit, qu'il avoit ordre de s'affurer de ma perfonne, pour me remettre fur les Frontieres de France! Je crus d'abord que mon Ennemi, pour éviter le combat, m'avoit trahi, ou plûtôt qu'il s'étoit trahi lui-même. J'en reffentis une indignation que je ne pus m'empêcher de témoigner à l'Officier qui me conduifoit; mais il m'apprit que Renaud & mon pere avoient donné avis au Duc de Bretagne, de ma défobéiffance aux ordres du Roi; ; que le Duc inftruit, prefque dans le moment, de mon arrivée à Nantes, avoit fait arrêter le Comte de Dammartin fur qui l'on avoit trouvé mon Cartel de défi. Il m'apprit auffi qu'il ne feroit en liberté, qu'au moment qu'il deviendroit poffef feur de Mademoiselle de Rofoi. Tome I. Bb

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