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nous devons auffi croire la nôtre, puifque ce
divin Sauveur n'eft mort & réfufcité que pour
nous. Or fi nous fommes certains de la réfur- «o De pañ
rection des hommes, nous ne concevons point c tient.
d'affliction de leur mort, & nous ne nous en c Cap ga
impatientons aucunement. En effe: pourquoi- Ce
s'affliger de la mort de celui qu'on ne croit ce
point ètre peri? Et pourquoi s'impatienter de ce
P'enlevement de celui qu'on croit devoir bien- «
tôt revenir? Ce que vous appellez mort, n'eft ce
qu'un voiage & un depart: Il ne faut point
pleurer celui qui ne fait que nous preceder; ce
nous devrions au contraire defirer de le fui- ce
vre. Il faudroit même que ce defir fut moderé ce
par une grande patience, parce qu'il n'eft point
jufte ni ra fonnable de s'impatienter du dé- «c
part de celui qu'on doit fuivre inceffamment. «c
Au refte l'impatience en ces rencontres donne «e
à connoître que nôtre cfperance eft tres-foi- ce
ble, & que nous manquons de foi. Nous fai-e
fons même injure à Jefus-Chrift lorfque nous ce
plaignons ceux qu'il a appellez à lui, & que ce.
nous les croions miferables.

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Saint Cyprien fuit les mêmes principes. » Il « ne faut point, dit-il, pleurer nos Freres que «Demora Dieu délivre du fiecle, & qu'il attire à lui, cetalitates. puifque nous ne les avons pas perdus, qu'ils font feulement allez devant nous où nous cc irons auffi bien-tôt, & que nous ne devons les ces confiderer que comme des perfonnes qui ont ce entrepris un voiage. Il ne faut pas nous hace biller de noir à caufe d'eux, puifqu'ils ont c déja reçû des robbes blanches, ni donner fu- «c jet aux païens de nous reprocher que nous ce pleurons comme perdus & anneantis ceux que ce nous difons être vivans avec Dieu, & que cc: nous dementons nos fentimens & nos paroles par nos actions. En effet c'eft être des prévaLicateurs de notre foi & de nôtre efperance;

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c'eft faire croire que tout ce que nous difon » n'eft point fincere; c'eft témoigner que nôtre » vertu n'eft qu'une vaine apparence. Et auffi 5 faint Paul reprend & condamne ceux qui s'af» Aligent de la mort de leurs proches, lorsqu'il dit: Nous ne voulons pas, mes freres, que vous ignoriez ce que vous devez fçavoir touchant ceux qui dorment du fommeil de la » mort, afin que vous ne vous en attriftiez pas comme font les autres hommes qui n'ont point d'efperance car fi nous croions que Jesus2. Chrift eft mort & refuscité, nous devons croire auffi Dieu amenera avec Jefus ceux qui fe feront endormis en lui de fommeil de la » mort. Il dit que ceux qui n'ont point d'espe-rance, s'attriftent de la mort de leurs amis : mais pour nous qui en avons une ferme & folide, qui croions en Dieu, qui fommes affurez que Jefus-Chrift a fouffert & eft résuscité: » pour nous, qui demeurons en lui, & réfufcitons par lui pourquoi ne voulons nous pas fortir de ce monde, ou pourquoi pleurons ,, nous ceux qui en fortent, comme fi nous les avions effectivement perdus ?

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05.

Homil.

4.

breos.

:

Saint Jean Chryfoftome fait auffi de granad H des plaintes contre ceux qui tombent dans ce défaut il dit que par leur conduire toute charnelle ils portent les infideles à croire qu'il n'y a point de réfurrection, & que les chrétiens ne l'attendent & ne l'efperent point.

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53.

Parlant des femmes qui s'arrachent les cheveux, qui fe frappent, qui fe defigurent le vifage à la mort de leurs maris, & qui témoignent vouloir fe jetter dans la foffe, où on les inhume, il declare qu'il faudroit les traiter. Comme des païennes & des idolatres & leur interdire pendant un long-temps l'entrée de L'Eglife.

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Loûtient que ceux qui fe laiffent aller à

ces douleurs exceffives, font des mocqueurs & qu'ils font injure à la religion, parce qu'ils pleurent & qu'ils s'affligent pendant que l'Eglife allume des torches & des lampes, & chante des hymnes & des Cantiques aux obfeques de leurs parens & de leurs amis, pour témoigner qu'elle les regarde comme des Athletes qui ont fourni leur carriere, terminé leurs combats, & remporté la couronne ; & qu'elle fe réjouit de ce qu'ils font délivrez des perils & des tentations de cette vie, qu'ils font entrez dans un faint repos, & qu'ils jouif. fent de la prefence de Dieu.

Ce faint Docteur pour inftruire & pour fortifier ceux qui fe laiffent aller à cette foibleffe, leur reprefente que Jesus-Chrift avant que de réfufciter la fille du Prince de la Sinagogue, dit qu'elle n'étoit pas morte,mais qu'elle dormoit; & qu'il fit fortir de la chambre où étoit fon corps, les joueurs d'inftrumens qu'on avoit louez pour pleurer fa mort, & puis il leur dit :

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Matth.

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Si Jefus Chrift rejetta alors d'auprès de lui «Homil. ces perfonnes qui pleuroient les moris, doutez. ce vous qu'il ne les rejette encore aujourd'hui, & «e même avec plus de force? On ne fçavoit pas ce alors que la mort ne fut qu'un fommeil; & cette ce verité est maintenant plus claire que le foleil. « Vous me direz peut-être: mais fi ma fille meurt << prefentement, Jefus-Chrift ne la réfufcitera c point. Il eft vrai: mais il la réfufcitera un jour à venir avec beaucoup plus de gloire. La fille cs de ce Prince aïant été réfufcité mourut encore ce une fois mais quand Jesus-Chrift résuscitera co la vôtre, il la rendra immortelle. Que perfonne donc ne pleure plus deformais les morts; qu'on ce ne les plaigne plus ; qu'on fe fouvienne que Je- ce fus-Chrift eft réfufcité, & qu'on ne faffe plus cet outrage à la victoire qu'il a remporté fur la ce mort. Pourquoi vous laiffez-vous aller inutile- se

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CS.

»ment aux foupirs & aux larmes ? La mort n'eft plus qu'un fommeil. Pourquoi vous laissez» vous abattre dans l'excès de vôtre douleur ? On » fe riroit d'un païen qui s'affligeroit en ces ren5 contres: mais qui pourroit excufer ces larmes » dans un chrétien Comment pourroit-on lui > pardonner cette foibleffe après que la réfurrection a été établie par tant de preuves fi certai»nes, & par le confentement de tant de fiecles. Je vous demande, ajoûte-t-il, pourquoi » après la mort de vos proches vous affemblez les pauvres? Pourquoi vous appellez les Prê>> tres, afin qu'ils offrent pour ceux que vous pleurez leurs prieres & leurs facrifices? Vous » répondrez que c'eft afin que celui qui eft mort

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entre bien-tôt dans le repos éternel, & que fon Juge lui foit favorable. Et cependant vous ne » ceffez point de gemir & de verfer des larmes. >> Ne vous combattez vous pas vous-même? Vous >> croïez vôtre ami eft dans le que port, & vous » vous jettez vous-même dans le trouble & dans » la tempête..

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Comment oferons-nous, continue ce grand » Saint, parler aux païens de l'immortalité de l'ame? Comment leur perfuaderons-nous que > nous résusciterons un jour à venir,puifque nous craignons plus la mort qu'ils ne la craignent 5 eux mêmes? L'on a autrefois vû des infideles qui fans rien connoître de ce que la foi nous apprend, n'ont pas laiffé de fe couronner de » fleurs, & de prendre leurs plus beaux habits à la mort de leurs enfans, pour le faire eftimer » des hommes, & pour s'acquerir un faux honneur; & après cela cette gloire incomprehenfible que nous attendons dans le ciel, n'aura pas af» fez de force fur nos efprits pour en bannir à la mort de nos proches, cette trifteffe lâche & » effeminée, & ceste molleffe fi indigne d'un chrétien? Si donc nôtre creance n'eft point une

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fable, ne vous affligez point de la mort des hommes. Si elle eft veritable, ne pleurez point. Que fi vous pleurez, comment pourrez vous en c perfuader la verité aux infideles ?

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Homi!.

Comme les anciens Solitaires étoient pleins de foi; & tres perfuadez du bonheur de ceux qui fortent de cette vie, & qui voient la fin de 14. 1.4 Timoth leur pelerinage, le même faint Jean Chrysoftome nous apprend qu'ils ne donnoient pas le nom de mort au deceds de leurs freres ; qu'ils fe contentoient de l'appeller leur départ & leur confommation; qu'ils accompagnoient d'hymnes & de Cantiques la pompe avec laquelle on portoit leurs corps en terre; qu'ils étoient pleins de joie à ce fpectacle; qu'ils fouhaittoient de les fuivre au plûtôt ; & qu'ils publioient à hau te voix leur bonheur & leur gloire.

Satiri

Saint Ambroise enfeigne qu'il faut qu'il y ait de la difference entre les infideles qui n'at- De obicis tendent point une autre vie, & les fideles qui fratris fu ont la foi de la réfurrection; que les premiers ont quelque apparence de raifon de pleurer leurs parens & leurs amis qu'ils croïent perdre pour toûjours, & ne devoir jamais recouvrer; mais que les derniers qui s'affligent avec excès de la mort des leurs, femblent oublier leur foi, ou même y renoncer.

De fide

in Satiris

Il dit que le devoir des chrétiens les oblid'être prêts de mourir pour la foi, pour geant la Religion, & même pour le public, il leur refurrect. eft honteux de s'affliger de la perte de ceux qui fui obis leur appartiennent, & qu'ils fuiront la mort pour eux-mêmes, s'ils la pleurent trop dans

les autres.

Il les exhorte à furmonter entierement leur douleur & leur affliction, ou au moins à la fupprimer à l'exterieur, & à ne lui permettre pas de fe manifefter par des gemiffemens trop longs, par des larmes trop frequentes, & pár

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