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nent

I ne

ance

qu'elle exigeoit de lui, il l'avoit fidélement renduë
jufqu'à préfent, & qu'il promettoit de perféverer
dans les mêmes fentimens, fans s'en éloigner en
aucune maniere; mais que pour la religion, c'étoit
une chofe fur laquelle fa majefté ne pouvoit rien lui
commander, que c'étoit à Dieu feul qu'il en de-
voit rendre compte. Que le roi étoit maître de fon
corps & de fes biens, qu'il pouvoit en difpofer com-
me il voudroit ; mais qu'il étoit réfolu de demeurer
ferme dans fa religion, quand même il devroit lui
en coûter la vie. Cette réponse mit le roi dans une
fi furieufe colere, qu'il traita le prince d'opiniâtre,
de féditieux, de rebelle, de fils d'un rebelle; &
jura que
fi dans trois jours il ne changeoit de con-
duite & de religion, il le feroit mourir.

Il y avoit un nombre confidérable de feigneurs
Proteftans logez dans le fauxbourg S. Germain, &
l'on avoit donné tous les ordres néceffaires pour
qu'il n'en échappât aucun. Marcel, ancien prévôt
des marchands, avoit été chargé d'envoïer à Mau-
giron, à qui l'on avoit commis l'exécution du maf-
facre dans ce quartier-là, mille hommes des levées
qu'on avoit faites dans la ville. Mais Marcel n'aïant
pas été affez diligent; les Proteftans furent avertis,
que toute la ville étoit dans de grands mouvemens,
que les habitans avoient pris les armes : tous s'af-
femblerent fur le champ ; & ils étoient encore à
déliberer fur le parti qu'ils devoient prendre ( la
plûpart ne pouvant s'imaginer que le roi eût aucu
ne part à ce qui fe paffoit) lorfque le duc de Guife
impatient fit venir des foldats, & en attendant
qu'on les eût fait paffer de l'autre côté de la Seine,

&

A N. 1572.

XXVIII.

Les feigneurs Proteftans retirez

au fauxbourg S.

Germain, fe fau

vent.

De Thou ut sup

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il réfolut d'aller lui-même au fauxbourg faint Ger

A N. 1572. main; mais l'on fut fi long-tems à lui ouvrir la por

te de Nefle, que les Calviniftes eurent le loifir de fe fauver.

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Le duc après avoir pourfuivi Montgommery, & les autres feigneurs Proteftans jufqu'à Monfort ge des Proteftans. l'Amaury, laiflà à Saint Leger le foin de les fuivre De Thou in hift. dans leur retraite, & revint à Paris, où les gardes

XXIX.
Suite du carna-

lib. 52. pag. 822.

res de Tavannes.

S pag. 252.

Dans les memoi du roi tuoient & pilloient tout ce qu'ils renconMezeray abregé troient; pendant que les échevins & les capitaines de quartiers avec leurs troupes s'emportoient à tou te forte de violences. Une infinité de catholiques furent enveloppez dans le carnage : c'étoit être Calvinifte que d'avoir de l'argent, ou des charges à qui l'on portoit envie, ou des ennemis vindicatifs, ou des héritiers avides de recueillir des fucceffions.

Parmi les Proteftans qui furent tuez dans la ville, l'on compte Anne de Ferrier, feigneur de Chappus, célébre avocat du parlement, âgé de près de quatre-vingt ans ; Jacques de Lomenie, fécretaire du roi, qui, quoiqu'il eût obtenu qu'on lui fauveroit la vie, fut toutefois mis en prifon par le prévôt de la maréchauffée, qui plaidoit contre lui pour maifon de Verfailles, qu'il fut obligé de vendre à un prix fort bas à fon ennemi : mais il ne fut pas pour cela garanti du danger; ceux avec lesquels il avoit tranfigé, le tuérent bien-tôt après. Magdeleine Briçonnet, veuve de Thibaut de Longuejoue d'Yverny, maître des requêtes, & niéce du cardinal Briçonnet, femme illuftre & fçavante, s'étant déguifée conduifoit fa fille, accompagnée du miniftre de l'Epine qui s'étoit trouvé au colloque de

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Poiffi: elle fut reconnuë en fortant de la ville
par
des meurtriers, qui après l'avoir voulu inutilement
contraindre de renoncer à fa religion, l'assomme-
rent & la percerent à coups de croc, & la jetterent
enfuite à demi-morte du parapet dans la riviere.
Quelques bâteliers l'aïant apperçûë, coururent à el-
le pour
l'achever, & l'accablerent d'une infinité de
coups. Le ministre se sauva, n'aïant pas été reconnu
dans la foule ; & la fille fut épargnée à cause de sa
jeuneffe, & à la priere de Marcel qui furvint.

XXX.
Pierre Ramus eft

lib. 52. pag. 822.

Spond. hoc an.

2. 15.

36.

La fureur pénétra jufques dans les colleges de l'univerfité, & le fameux Pierre Ramus, ou de la compris dans le Ramée en fut la victime. Il étoit né dans le Vermandois en 1515. d'un pere Liégeois qui faifoit le métier de charbonnier pour gagner fa vie, après 2. clog. avoir été chaffé de fon païs. Ramus s'étant mis d'abord valet dans le college de Navarre, fit de fi,Bezo ep. 34. & grands progrès dans l'étude, qu'il parvint à une chaire de mathematiques dans le college roïal: il y effuïa beaucoup de traverses. Accufé d'avoir des fentimens erronez, Pierre Danés professeur en grec, puis évêque de Lavaur, fut commis par François I. avec Jean de Salagnac, docteur en théologie, Jean Quintin, docteur en droit, & quelques autres fçavans pour examiner fes écrits & fa conduite ; & dèslors on lui impofa filence : mais le cardinal de Lorraine le fit rétablir par grace fous Henri II. Il fut encore dépoffedé par arrêt du parlement sous François II. & fe crut obligé de fortir de Paris pour éviter un plus mauvais traitement. Pendant fon absence on pilla fa bibliotheque au college de Prefles où il demeuroit : mais à la paix de l'an 1563. il revint à Pa

A N. 1572.

De Thou ut fup.

San-Marth. lib.

ris, & reprit fon emploi. La guerre civile aïant reA N. 1572. commencé en 1567. il fut encore obligé de quitter Paris; l'année fuivante il voïagea en Allemagne. Deux lettres que Theodore de Beze lui adressa, font connoître non-feulement qu'il entretenoit commerce avec cet héretique, mais qu'il avoit eu dessein de paffer à Genêve. Beze l'en détourna par la difficulté d'obtenir une chaire, par la modicité du revenu, au cas qu'il en obtînt une, & par l'attachement qu'on y avoit à la doctrine d'Aristote, contre laquelle Ramus s'étoit si fort déclaré, qu'il s'étoit attiré plufieurs ennemis dans Paris pour ce fujet.

Antoine de Govea, Portugais, l'un des fameux philofophes de fon temps, avoit été un de ses plus grands adverfaires : mais Jacques Charpentier de Clermont en Beauvoifis, profeffeur & medecin du roi, fe déclara encore plus ouvertement contre lui, & il pouffa fi loin l'animofité, qu'il le fit comprendre dans le maffacre. Ramus aïant lieu de craindre pour fa vie, s'étoit caché dans une cave pendant le tumulte ; Charpentier l'aïant appris, y envoïa des meurtriers qui le découvrirent, l'arracherent de fa retraite, le firent monter dans une chambre & l'y poignarderent: fon corps aïant été enfuite jetté par la fenêtre, on en vit fortir les entrailles que les écoliers répandirent dans la ruë, pendant qu'ils traînoient inhumainement son corps & le frappoient par mépris avec des verges. Ramus étoit fçavant, bon dialecticien, grand mathematicien & de bonnes mœurs ; il a beaucoup contribué au rétablissement des fciences, & a excité les efprits à faire de nouvelles recherches, au lieu de s'attacher

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ntri

té les

eu de tacher

s'attacher fervilement à la doctrine d'Ariftote; il
avoit établi un profeffeur en mathematiques, à qui
il affigna cinq cens livres de fon revenu. Sa mort
caufa une telle fraïeur à Denis Lambin, professeur
en langue grecque & en langue latine, qu'il tomba
dans une maladie dont il mourut un mois après, &
l'on accusa encore Charpentier d'avoir été cause de
cette mort. Cependant le differend que ces deux fça-
vans avoient ensemble, n'avoit pour objet que
quelques fentimens particuliers fur les œuvres d'Ho-
race; car Lambin étoit pour Ariftote, dont il avoit
même traduit les morales, & il avoit toûjours pro-
feffé la religion Catholique.

XXXI.

,

Dans l'horreur de cette cruelle journée, il se pasfa une action de générofité digne d'être rapportée. Action génércuIl y avoit une inimitié mortelle, qui duroit depuis long-tems entre deux gentilshommes du Quercy, de Vezins, lieutenant de roi dans la province, homme d'une humeur rude & fauvage, & Reignier d'un caractere tout-à-fait oppofé. Comme ce der nier étoit Calvinifte, & fort attaché au roi de Navarre il avoit fuivi ce prince, à la cour, & de Vezins y'étoit auffi venu pour quelques ordres qui concernoient fon emploi. Celui-ci aïant fini ses affaires à la cour, & étant prêt à partir pour retourner chez lui, entendit fonner la cloche de S. Germain l'Auxerrois, & fut témoin du commencement du massacre. Inquiet du fort de fon ennemi, il monte à cheval, & prend le chemin du logis de Reignier, enfonce la porte & entre dans fa chambre, tenant un pistolet d'une main & fon épée nue de l'autre. Le Calvinifte effraïé, fort de fon lit, fe Tome XXXV. X

AN. 1572.

me du Quercy envers fon enne

mi.

lib. 52. pag.

De Thon ut fup.
Dupleix hift. de

France to. 3. pag.

791.

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