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PLAN CHE XXXV.

LES Antiquaires ne s'exercent pas toûjours sur de grands objets ; mais lorsqu'ils se trouvent forcés d'entrer dans des détails en apparence frivoles , ils sont animés par l'espérance de découvrir l'origine d'une infinité d'usages qui ne paroissent méprisables que parce qu'ils sont fort communs. Ceux de la vie civile sont de cette espéce; à peine daignet-on les examiner. Cependant leurs commencemens & leurs révolutions offrent quelquefois un spectacle intéressant à ceux qui sont attentifs aux objets qui les environnent, On y voit par quels moyens les hommes sont

parvenus à se procurer les commodités dont ils jouissent à présent sans réflexion ; & cet examen fait connoître d'autant plus sûrement la marche & les ressources de l'esprit humain, qu'il est fondé sur l'expérience, & qu'il renferme le raisonnement dans un cercle de faits qui ne donnent aucune prise à ses subtilités. Je dis ceci à l'occasion des vases gravés dans cette Planche. Leur forme prouve qu'avant l'invention des Arts utiles les cornes des animaux tenoient lieu de coupes, & qu'elles donnérent successivement l'idée de tous les vases dont on s'est servi depuis. J'ai tâché de montrer dans un Mémoire lû à l'Académie des BellesLettres , que malgré les altérations que cette forme avoit éprouvée, on la voyoit encore paroître sur des vases qui ne sont pas de la premiére antiquité. Je mets dans cette classe ceux que certaines figures Etrusques tiennent dans leurs mains. J'y mets aussi ceux que l'on a fait graver dans le troisiéme volume du Museum Etruscum ; j'y mets enfin Part. 2. Pl. VIII ceux de cette Planche.

No. I.

Mon cabinet en renferme deux absolument femblables, soit pour la grandeur , soit pour les ornemens que

l'on

trouve développés sous le même N°. I. Ils sont tous deux Lib. V. p. 218. terminés en tête de cochon. Strabon remarque que dans

ce canton de la Gaule Cisalpine, qui de son temps confinoit à l'Etrurie, mais qui dans les siécles plus reculés en faisoit partie, la terre produisoit des fruits de toute espéce, & une si grande quantité de glands, qu'on y voyoit de nombreux troupeaux de cochons, dont la ville de Rome tiroit une partie de la subsistance. Un animal si commun engageoit naturellement les Etrusques à le placer dans leurs monumens, & c'est peut-être au seul caprice des ouvriers que nous devons ces sortes de représentations. Cependant si l'on veut leur supposer un motif religieux , il fuffira de se rappeller que les Etrusques fcelloient du sang de cet animal les traités d'alliance & de paix avec les Nations voisines; qu'ils l'immoloient dans les cérémonies du mariage, & le regardoient comme le symbole de la fécondité ; qu'ils l'avoient enfin consacré à Cérès, perfuadés sans doute, comme les Egyptiens, qu'en fouillant la terre avec son groin, il avoit fourni à cette Déesse un exemple du labourage. Il n'en falloit pas tant à ce peuple superstitieux pour donner la forme d'une tête de cochon à la partie inférieure de ces deux vafes , qui, suivant toutes les

apparences, étoient destinés à servir aux facrifices. Ils font Planchie xxIx. du même goût de travail que j'ai expliqué ci-dessus , &

qui

étoit le plus beau.

La couleur blanche y est employée en très - petite quantité, & seulement pour réveiller la coëffure de la tête humaine, & plusieurs endroits des ornemens. L'ouvrage en est fort bon. Les têtes des animaux sont bien touchées, finies, caressées, & sans sécheresse. L'élévation que ces seuls animaux ont sur le front est la seule chose dont on puisse être blessé. Ces vases font d'une fi parfaite conservation, que je croirois volontiers qu'ils ont été trouvés dans un tombeau ; & par une suite de cette conjecture, qu'on les avoit employés à des libations funéraires.

Leur hauteur est de sept pouces deux lignes, & le diamétre de leur ouverture de trois pouces deux lignes. Ils contiennent à peu de chose près de chose près une chopine de Paris.

No. II. Ce vase est de la même matiére

que

les précédens, c'est-à-dire, de terre cuite. Il présente à son extrémité une tête de jeune cerf. Il a quatre pouces de largeur , & sept pouces deux lignes de hauteur. Il contient un peu plus que la chopine de Paris. La couleur en est absolument noire. Il n'a d'autre ornement que les cannelures les plus belles, les plus simples, les mieux espacées. Enfin je connois trèspeu de morceaux dont le trait soit plus élégant. Ce que je puis ajoûter, c'est qu'il avoit appartenu à M. de Peiresc. Dans le cabinet des Estampes du Roi, on conserve un Manuscrit où ce sçavant homme avoit fait représenter , & souvent avec les couleurs de l'objet , plusieurs beaux vases antiques. Celui dont il est ici question, s'y trouve dessiné avec beaucoup de soin , & presqu’aussi grand que nature. Nous devons regretter les explications dont M. de Peiresc avoit, sans doute , accompagné ce Recueil de desseins. La perte des plus beaux manuscrits, la ruine des cabinets les plus curieux n'arrivent que trop ordinairement à la mort des particuliers. Ces exemples devroient engager les possesseurs de ces trésors à les laisser dans quelque dépôt public. Il n'y en a point de plus sûr

en a point de plus sûr que celui du Roi. PL A N CH E XXXVI.

No, I. & . On auroit peine à croire qu'un monument orné d'un si grand nombre de parties saillantes, pût être aussi entier que ce vase,où l'on remarque quelques ornemens de ronde bosse, mêlés avec la façon de peindre , ou plûtôt de dessiner, pratiquée par les Etrusques sur leurs ouvrages de terre; & j'avoue que c'est une chose que je n'ai vûe

que

dans le N°. I. de la Planche XXV. & dans celui-ci. Les quatre têtes de femme richement coëffées, dont le couvercle est accompagné, se ressemblent, & ont certainement été jettées dans le même creux. Il présente sur le côté qu'on ne voit point,un Satyre caractérisé par la queue & les pieds de chévre, & qui semble consulter une femme. Cette derniére figure, mille fois répétée sur ces fortes d'ouvrages , reparoît sur le côté que j'ai fait dessiner, & elle y est accompagnée d'une figure à genoux qui la consulte , ou qui lui adresse ses priéres , dans une position qui n'est point ordinaire aux Etrusques , & qui m'a déterminé à la mettre sous les yeux du Leèteur. On voit plus en grand au No. II. une des quatre têtes dont ce monument est orné; & je l'ai fait graver de face & de profil, pour en faire mieux sentir le mérite & la singularité. Le corps

du vase, en comprenant le bouton dont le couvercle est couronné, a sept pouces huit lignes, les anses le surmontent d'un pouce huit lignes , le diamétre est de cinq pouces sept lignes, & chaque tête a un pouce huit lignes depuis l'extrémité de son cou jusqu'au haut de la coëffure. J'ai encore un vase dont la forme est absolument pareille, mais dont la proportion est plus forte. On y voit quatre boutons, à la place des têtes de celui-ci.

No. III.
Ce petit pot de terre cuite, dont la hauteur est de

quatre pouces, & la largeur de deux pouces sept lignes, a trois anses & trois becs. Il y a apparence qu'il étoit destiné à l'usage de la table, & qu'on y mettoit une liqueur dont on avoit fréquemment besoin : car le vase est ce qu'on appelle vulgairement fort à la main. Sa forme n'est pas sans mérite, indépendamment de sa commodité, qui doit être le premier objet de l'ouvrier. Ce petit morceau est tout-à-fait noir : le vernis n'en est pas des plus beaux, & sa conservation n'est pas bien complette.

No. IV.

No. I V. La forme de plusieurs vases Etrusques témoigne qu'ils ne servoient qu'à orner & à décorer les endroits où ils étoient placés. Cependant les fabriques d'Etrurie produisoient aussi des tasses , des écuelles , & des plats de toutes les grandeurs, pour les usages les plus communs. Ces derniers sont en général d'un travail fort grossier, & presque tous de couleur noire, ce qui suffit pour les faire reconnoître. Mais afin que, pour fonder son jugement, on ne soit pas obligé d'être attentif à l'impression qui naît de la fabrique & du vernis , on doit observer qu'ils ont pour la plậpart dans leur fond intérieur des ornemens qui n'ont pû être exécutés qu'avec des instrumens que nous appellons aujourd'hui des fers. On en appliquoit l'empreinte lorsque la terre étoit molle, & par conséquent avant que de la mettre au feu”; & j'ose assurer que ces ornemens qui sont infiniment variés, ont la finesse & l'intelligence de l'orfévrerie. Ce petit plat a sept pouces de diamétre, & son élévation depuis son plan est d'un peu plus de deux pouces. J'en ai au moins trente de cette même espéce; & la plûpart ont dans le milieu les ornemens dont j'ai parlé, & cette tête de face qui paroît dans la gravúre.

PL AN CHE X X XVII. Ce vase de terre & d'un travail ordinaire aux Étrusques, est d'une forme agréable. Il est assez bien conservé à la réserve de l'extrémité supérieure, dont la moitié est rétablie. On voit dans le dessein dont il est orné une figure nûe & debout, à laquelle une femme assise & vêtue semble présenter une offrande. Ce sujet qui , avec peu de différence, revient souvent sur les vases Etrusques, n'en est pas pour cela mieux connu : je dis la même chose du

grouppe qui paroît sur l'autre côté de ce vase. Ce sont deux figures entiérement vêtues de longues robes, & dont l'une s'appuie

O

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