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No. III. Ce beau camée des mieux conservés est sur une agathe de deux couleurs , & prouve combien les Artistes célébres dans l'antiquité ont répété les mêmes sujets sans aucun scrupule. En effet, Solon a représenté dans ce bas-relief, sans aucune différence considérable, le sujet de l'enlévement du Palladium si bien traité en creux par Dioscoride. Nous ne sçavons lequel des deux travailla le premier ; mais il faut convenir qu'ils ne se sont nullement copiés. Les noms de ces grands Artistes gravés sur leur ouvrage nous empêchent de confondre leur maniére; mais l'exacte conformité de leur sujet peut faire conjecturer que les fameux Artistes travailloient alors d'après les statues & les bas-reliefs admirés dans la Gréce. La tête de ce monument magnifique est un peu grosse : & c'est une singularité que l'on remarque dans presque tous les camées antiques. Le nom du Graveur Solon est déja connu. Nous avons plusieurs pierres gravées qui portent son nom. On croit qu'il vint à Rome dans le même temps que Dioscoride. Il se pourroit en ce cas qu'ils eussent voulu exécuter le même sujet, pour mettre les Connoisseurs plus à portée de comparer leurs talens ; & nous sommes fort heureux que le hazard en conservant ces monumens, nous ait procuré le plaisir de la comparaison. Ils ont retranché l'un & l'autre Ulysse de leur composition, & se sont contentés de donner la figure de l'homme armé & mort aux pieds de Dioméde; ce qui est en effet toute l'action du sujet. Pline nous apprend Liv. 33. chi, rži comment ce Héros étoit représenté pour l'ordinaire,& nous fournit peut-être l'origine des morceaux dont il est question. Après avoir parlé de la ciselure, il dit que Pytheas fit dans ce genre un petit vase de deux pouces de haut , qui fut acheté dix (a) mille petits sesterces, & sur lequel Dioméde

(a) Ce qui vaut de notre monnoie, environ 1000. liv, selon la plus commune

opinion.

& Ulysse étoient gravés enlevant le Palladium. Je viens de m'appercevoir que M. Stoch & M. Mariette ont déja fait les mêmes remarques. Ce Pytheas paroît avoir été contemporain de Dioscoride. J'ai vû plusieurs pierres gravées qui représentoient Ulysse avec Dioméde , & qui pouvoient avoir été faites d'après le dessein de Pytheas. Quoi qu'il en soit, nous voyons par le témoignage de Pline, & plus encore par les ouvrages de Dioscoride & de Solon, combien ce sujet étoit répété dans la Gréce. Je ne regarde pas cette répétition comme un défaut des Grecs , attachés par préférence à la beauté des détails. Ils étoient

peu

sensibles à la variété de la composition dont nous sommes occupés aujourd hui, aux dépens peut-être de ces mêmes détails. Les beaux caractères qui forment le nom de Solon en relief sur ce camée, sont l'écueil de la gravûre au touret , rien n'est si difficile à bien traiter; & la difficulté consiste à espacer également ces caractères, & sur le même à plomb. Mais les Artistes Grecs ont encore excellé dans cette partie. Les talens supérieurs qu'ils avoient en naissant leur rendoient toutes les pratiques aisées , & il est constant qu'ils exerçoient très-souvent celle de l'écriture sur leurs pierres. Nous trouvons encore aujourd'hui beaucoup d'agathes - onyces , principalement en grandeur de bagues, qui sont remplies des noms des personnes pour lesquelles on faisoit des væux. C'est le fréquent exercice de cette pratique qui l'a rendue familiére aux Grecs.

M. Baudelot avoit déja fait graver dans nos Mémoires (a) le camée dont je viens de parler ; mais il n'est entré dans aucun détail sur son mérite & sur sa beauté. Il

appartient aujourd'hui à M. le Comte de Maurepas.

(a) Vol. 3. p. 268.

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on y

Ce buste de marbre blanc de grandeur naturelle est de la plus grande beauté pour la distribution des masses , & la finesse de l'ensemble. C'est un fragment , & l'on pourroit croire que

c'est la tête d'une statue qui représentoit Vénus; découvre le caractère que l'antique donne à cette Divinité. Mais sans insister sur cette conjecture, je me contenterai de dire que ce monument, peu capable de piquer la curiosité de ceux qui ne font que sçavans , peut ètre d'un très-grand secours aux Artistes. Les injures de l'air ont altéré la superficie, & abattu les vives-arêtes qui donnent la vie à un ouvrage de sculpture. Il ne faut donc pas regarder cette belle tête de trop près. L'effet en est grand, & pour en être frappé, il faut s'en tenir un peu éloigné.

No. II. CETTE pierre gravée sur une très-belle cornaline est recommandable par l'élégance de son travail, &

par

la grandeur qu'il indique , malgré la petitesse de l'espace occupé par le sujet. Ces raisons m'ont convaincu nonseulement que c'étoit l'ouvrage d'un homme qui excelloit dans son Art , mais qu'il avoit servi d'original à toutes les copies antiques, & faites en creux ; car ce sujet est un des plus répétés. L'examen de ces copies n'a pû m'apprendre d'après laquelle des statues de Jupiter cette pierre elleméme a été gravée. La description que Pausanias nous a Voyag. de l'Elide, laissée de la statue de Phidias ne s'accorde point avec la liv. v. ch. XI. pierre que nous voyons ici. La beauté de sa composition & le nombre de ses copies ne permettent pas de douter que cette figure en particulier ne fût célébre dans la Gréce; & M. Mariette a suffisamment prouvé dans son

Traité des pierres gravées, que les Graveurs en ce genre copioient ordinairement les meilleures statues. Ainsi je n'en dirai pas davantage. Mais quand cette pierre n'auroit pas été copiée d'après un monument fameux, je ne la regarderois pas moins comme un des plus beaux ouvrages qui nous soit parvenu, malgré le peu d'étendue dont j'ai parlé, & dont on peut juger par la mesure de la pierre. Il est un des plus terminés dans tous ses détails. Il exprime enfin toute la majesté convenable à son sujet, par la position générale de la figure, & par toute la finesse de l'outil pour l'agencement des cheveux & de la barbe.

No. III. Cette pierre gravée est d'un travail tendre & léger , ce qu'en terme de l'art on nomme flou, d'une maniére coulante & très-peu enfoncée sur un cabochon de la plus brillante couleur que la cornaline puisse avoir. Son éclat est si grand, que je n'en ai jamais vû de pareil dans cette espéce de pierre. Je crois que cette belle figure de femme núe qui tient un oiseau sur sa main , représente la Piété; mais l'essentiel & le plus intéressant pour les Curieux, c'est la noblesse & la simplicité de son attitude. L'une & l'autre ne peuvent aller plus loin, elles égalent la justesse, précision & la légéreté du travail

. Toutes ces parties sont de fürs garans du profond sçavoir de l’Artiste. En un mot, cet ouvrage est dans son genre un des plus recommandables que la Gréce nous ait laissé. PLANCHE XLVII.

No. I. Ce buste d'homme eft de marbre blanc, & de grandeur naturelle. Le travail en est grand & beau, & ne peut être que l'ouvrage d'un Grec. J'ai assez parlé ci-dessus du mérite de ces Artistes fameux, & je veux éviter les redites. Il faut mettre cette tête au rang des inconnues.

la

No. II. La pierre de ce numéro représente Hercule Musagétes, ou ce Dieu jouant de la lyre. Elle est gravée en creux sur un très-beau cabochon d'améthyste , dont la couleur est d'une grande beauté & extrêmement foncée. M. Mariette a rapporté une pierre du cabinet du Roi où le même sujet se trouve traité & l'a si bien expliqué, que l'on ne peut rien ajoûter à ce qu'il en a dit. Celle que je présente diffère assez de celle du Roi , pour que

l'une ne soit

pas la copie de l'autre; & ces variétés confirment le sentiment de M. Mariette sur la façon dont ce sujet étoit répandu dans la Gréce. Je renvoie le Lecteur à l'excellent Traité des pierres gravées.

No. III. Le sujet de cette magnifique cornaline gravée en creux est très-difficile à expliquer. Je vais rapporter quelques conjeêtures , & je dirai ensuite ce que son travail me fait penser , mais sans aucune prévention; car je voudrois que l'on fût persuadé de la disposition où je suis de n’être attaché à mon sentiment, qu'autant que des Critiques éclairés ne me feront pas connoître les erreurs où je pourrois être tombé.

Malgré la petitesse des objets, on croit démêler dans la tête de la femme, qui s'entretient avec un beau jeune homme, les mêmes traits que dans une tête que nous présentent quelques pierres gravées, & qu'on dit être celle de Sapho. Celle-ci est du moins coëffée de la même Voyez Gem. Anmaniére; un bonnet uni en forme de casque rassemble ses tom. 1. pl. 10. cheveux, & couvre tout le derriére de la tête; & si l'on peut fonder là-dessus quelque chose de certain, le sujet de cette gravûre fera la malheureuse Sapho, qui fait l'aveu de sa pallion à l'insensible Phaon. Elle est allise vis-à-vis de lui. Ses gestes expriment son envie de persuader : on voit

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