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DES

ROMAIN S.

E feroit envain que j'entreprendrois de faire des recherches fur l'état où étoient les Arts à Rome, dans les premiers temps de la fondation de cette ville. On fçait seulement en général que les Romains eurent recours aux Etrufques pour les principales conftructions, & pour les ornemens dont ils embellirent leur Capitale. Cependant il eft à préfumer que fi l'on eût confervé à Rome le Gouvernement Monarchique, le goût pour les Arts s'y feroit formé & foûtenu, Y

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puifqu'il avoit dès-lors fait tant de progrès en Etrurie & dans la grande Gréce. Mais la République qui ne s'occupa que des moyens de s'affermir & d'étendre fa puissance n'écouta que les confeils de l'ambition, & ne jouit prefque jamais de cette heureufe tranquillité, fi favorable & même fi néceffaire à la naissance ou à la perfection des Arts. Comment les pratiques ingénieufes, & les fines opérations de l'efprit & de la main qu'ils exigent, auroient-elles pû convenir à un peuple de foldats qui ne connoiffoit d'autres fentimens que l'amour de la patrie, & d'autre fupériorité que celle des armes? Après la prise de Corinthe par Memmius, après le triomphe de Paul-Emile & celui de Pompée, les richesses de la Gréce & de l'Afie s'étant répandues dans Rome, fes habitans ouvrirent les yeux fur l'utilité des Arts; mais comme ils les aimérent moins par un goût éclairé, que par luxe & par vanité, ils abuférent bientôt de tout ce qui les avoit frappé. Semblables à ces hommes nouveaux qui font eux-mêmes étonnés de se voir riches & comblés d'honneurs, ils voulurent pofféder, fans s'appliquer à connoître ; & incapables de travailler à faire fleurir les Arts, en les étudiant, ils firent briller l'or & l'argent aux yeux des Artiftes étrangers, & les Grecs accoururent en foule. Le jugement que je porte fur les Romains par rapport aux Arts, ne vient pas d'une aveugle prévention; il n'eft que trop juftifié par les monumens qu'ils nous ont laiffés: & la conftitution de leur gouvernement en découvre la véritable cause. Tout Citoyen Romain s'imaginoit être un personnage important, parce qu'il avoit droit de se trouver aux affemblées pour y traiter des plus grandes affaires, & il croyoit que fes décisions étoient d'un poids infini pour le gouvernement de l'Etat. La jeuneffe occupée des exercices du corps, de l'étude des Loix, des brigues & des cabales qui agitoient la ville à chaque élection, négligeoit tout autre objet, ou étoit, pour mieux dire, perfuadée qu'il n'y en avoit point d'autre

capable de la fixer. Les Romains, barbares en ce point, abandonnérent presque toûjours à leurs efclaves la connoiffance & la pratique des Arts libéraux, qui leur venoient des Grecs. Mais que pouvoient-ils attendre d'une foule d'Artiftes mercenaires, en qui la perte de la liberté étouffoit le génie, & qui, loin d'envisager dans le fuccès un adouciffement à leurs peines, n'y voyoient qu'un efclavage éternel, & une gêne qui augmentoit à mesure que leurs talens fe développoient? Ils épargnoient des frais confidérables à leurs Maîtres, qui profitoient affez fouvent de l'habileté & de l'induftrie de ces efclaves, pour les vendre plus cher qu'ils ne leur avoient coûté. Par une efpéce de conféquence le goût Romain eft en général lourd, mou, fans fineffe; il se sent de l'état de fervitude où étoient réduits les Artistes de cette Nation : & prefque tous les ouvrages Romains où l'on apperçoit une forte d'élégance, font dûs aux Grecs dont Rome fe trouva remplie, principalement fous les Empereurs. Quand la fource de ces Artiftes fut tarie, & que la Gréce fe trouva hors d'état d'entretenir les Ecoles d'Italie, on ceffa d'y cultiver les Arts, qui reprirent cependant quelque vigueur fous Trajan, Hadrien, & d'autres Princes dont la protection les rétablit un peu; mais enfin ils s'éteignirent : & le fiége de l'Empire transporté à Conftantinople fit une diverfion qui leur fut auffi fatale, que la prise de cette ville par les Turcs leur fut avantageufe dans la fuite. Les Arts pratiqués dans l'intervalle de ces deux événemens font rangés dans une classe connue fous le nom de bas Empire; & l'on comprend à peine comment des hommes qui étoient environnés de chefs-d'oeuvres dans tous les genres, & qui avoient entre les mains tous les inftrumens néceffaires pour les imiter, ont pû laisser à la Postérité de si mauvaises productions.

Je n'ai pas jugé à propos de faire une claffe particuliére des antiquités trouvées en France: elles appartiennent en

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