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No. II.

CE bronze eft précisément de la même hauteur que celui du numéro précédent. Il eft incontestablement antique, & excellent dans toutes fes parties. L'ensemble en eft beau, le caractère admirable, & ce qui fubfifte des détails prouve qu'ils étoient précieux. Le bronze a jetté une efpéce de rouille ou de verd-de-gris, qui a fait difparoître la plus grande partie de ces détails. Voilà tout ce qu'on peut reprocher à ce petit bronze; & dans un fens cet air de vétufté ne lui meffied pas, il conftate fon antiquité. Au refte le front chauve, la barbe, la peau de bouc dont il est ceint, la bandelette qui relie les pampres autour de sa tête, enfin l'air joyeux & content répandu fur la phyfionomie ne permettent pas de douter que ce ne soit un Silène avec tous les attributs qui fervent à le caractériser. Il est déja gravé dans le cabinet de Girardon à qui il a appartenu avant que de paffer dans le cabinet de M. Crozat, de qui je l'ai acheté; & il eft aujourd'hui confervé chez M. Mariette, ainsi que le buste du numéro précédent.

No. III.

LE camée que l'on voit au bas de cette Planche est travaillé fur une des plus belles agathes de deux couleurs, & la confervation en eft parfaite. L'Amour eft la figure dominante de cette compofition; cependant le Graveur l'a très-mal deffiné. Les gryphons qui traînent le char font au contraire fi bien exécutés, qu'on a peine à fe perfuader qu'ils foient de la même main. Perfonne n'ignore que parmi les Etrufques, les gryphons étoient confacrés à Apollon. Ils ont été regardés dans la fuite comme l'image de la Poëfie elle-même. Ce fait nous donne naturellement l'explication de ce beau camée, & préfente en même temps des idées agréables. Je crois qu'il faut toujours préférer celles de ce genre; & c'eft ce qui m'empêche d'attribuer

ces animaux imaginaires à Néméfis, quoiqu'ils lui étoient auffi confacrés. Si l'on admettoit ce dernier fentiment, le fujet du camée deviendroit moral & des plus férieux : on pourroit l'expliquer en difant qu'il représente les fureurs & les malheurs où l'amour expofe ordinairement. Le Lecteur peut choifir de la galanterie ou de la morale, felon l'humeur où il fe trouvera. Je fçai que la Poëfie peut autorifer toutes les licences de l'imagination; mais ces fortes de fujets font d'une fi médiocre importance, qu'on peut les expliquer à fon choix; pour moi je ne regarde ici que la main de l'Artiste, & je trouve dans ce morceau des parties qui m'étonnent, parce que je le foupçonne Romain.

PLANCHE

LXVI.

N°. I.

Tout le monde fçait que Télefphore eft fils d'Efculape, & le Dieu de la convalefcence. Le manteau, le capuchon, la petite taille, font les attributs de cette Divinité. Elle eft d'ailleurs connue par des médailles, fur lefquelles elle est très-exactement représentée. Les Auteurs anciens en Tom. 1. pl. cxcI. ont laiffé de fidéles defcriptions, & le P. de Montfaucon

a fait fuffisamment connoître ce petit Dieu, à l'occasion du Télefphore de marbre blanc qui eft au cabinet des antiques du Roi, afin donc d'éviter les mêmes détails, je me renfermerai dans ce qui concerne l'art, & je dirai du Télefphore que je préfente qu'il eft de bronze, & que fon principal mérite confifte dans la finesse de son travail, & dans fa parfaite confervation. Sa hauteur n'eft que de deux pouces & parce qu'il eft complet en fon genre, j'ai jugé à propos de le faire graver fous deux afpects.

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No.II.

No. II.

CETTE pierre gravée eft une très-belle prime d'émeraude dont la couleur eft fort claire, & elle prouve bien que les Romains réuniffoient quelquefois fur un même monument les différens objets de leur culte. Jupiter étoit fans doute la Divinité tutélaire du Romain à qui la pierre fut deftinée. Le bufte de ce Dieu accompagné du foudre & de la corne d'abondance, est placé dans un cercle décrit par un ferpent qui se mord la queue, & qui eft un symbole de l'éternité. Au-deffous eft un crocodile, & aux côtés on voit les bustes de Caftor & de Pollux cafqués, & défignés chacun par une étoile ; ils font placés au-deffus, l'un d'un autel, l'autre d'une palme & d'un œuf, à ce qu'il me Temble; ce qui rappelle le fouvenir de leur naissance, de leurs victoires, & de leur confécration. Le ferpent eft furmonté de la tête de Janus, de celle d'une femme qui pourroit représenter une ville, ou plûtôt Cybéle; enfin de celle d'un épervier. Ces deux derniéres femblent environnées de quelques étoiles, mais plus petites & moins formées que celles qui fervent de fymboles à Caftor & à Pollux. Après cette jufte & vraie exposition du fujet, on me pardonnera facilement de ne pas entreprendre l'explication de cette pierre. Cependant je pourrois dire que c'eft le travail de quelque Romain dont le culte étoit mêlé d'idolatrie Egyptienne.

No. III.

L'ENLACEMENT de ces deux ferpens dont on a vraisem blablement profité autrefois pour former l'anse d'un vase, m'a paru mériter d'autant plus de recommandation, que le travail en eft beau, & que l'imitation de la nature s'y trouve dans le détail le plus fin, & fans aucune féchereffe. D'ailleurs la compofition en eft ingénieuse; & j'avoue que cette belle anfe de bronze me fait beaucoup regretter le

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vafe dont elle faifoit partie, mais il faut jouir de ce que l'on a. La hauteur de ce morceau eft de fept pouces, & dans l'endroit où il s'élargit davantage il a trois pouces trois lignes.

PLANCHE

LXVII.

JE rapporte cette tête de marbre blanc dans l'état où le hazard me l'a fait trouver dans Paris. Elle eft coupée à plat fur le derriére, & la grande inscription que l'on voit exactement copiée au-deffous dans la Planche en occupe toute la furface. Les quatre vers Latins placés fur le côté de la même Planche, font gravés au-deffous du cou, & la plus grande hauteur de ce fragment eft de quatorze pouces.

Si je voulois faire valoir mon petit cabinet, il n'est pas poffible qu'il fe rencontre jamais une plus belle occafion de le parer de ce qu'il ne renferme pas. Je pourrois, fans craindre la critique, me donner une tête de Pompée. Le lieu où l'on dit que cette tête a été trouvée, le nom de l'Antiquaire, enfin celui du Prince à qui elle a été offerte, ce font là des autorités qui me paroiffent fuffifantes pour donner place à ce morceau dans mon Recueil; mais elles ne font capables ni de me perfuader, ni de m'engager à en impofer. Je ne crois donc avoir en ma poffeffion qu'une tête de Goliath, tenue autrefois par le jeune David. Voici les raisons sur lesquelles je m'appuie; le Lecteur jugera si je m'abuse, & fi je fuis plus riche qu'il ne me semble

l'être.

Je ne puis croire qu'une ftatue repréfentant Achillas offrant à Céfar la tête du grand Pompée, ait jamais été exécutée & élevée à Rome, ni en aucun autre lieu du monde. La mort de cet illuftre malheureux & la façon dont elle arriva, cauférent une fi grande affliction dans tout l'Empire, qu'il n'y a point d'apparence qu'on en ait ainsi confacré le fouvenir. Céfar & Augufte étoient trop habiles

politiques, & connoiffoient trop les hommes, pour rappeller de femblables idées au Peuple Romain. Quel intérêt les Empereurs qui leur fuccédérent auroient-ils eu à retracer dans la fuite ce funefte événement? Mais ce qui léve toute difficulté, la main qui tient la tête par les cheveux ne lui eft point du tout proportionnée, & ne fçauroit être regardée comme celle du Guerrier qui la présenta à Céfar. Pompée d'ailleurs n'avoit rien de gigantefque & de difproportionné dans la figure. On fçait au contraire qu'il étoit bien fait, & qu'il n'avoit rien que d'agréable dans les traits du vifage.

A l'égard du travail de ce morceau, je conviens qu'il eft d'une affez grande maniére, & c'eft ce que l'on apperçoit aifément, quoique la tête ait été altérée dans quelquesunes de fes parties: mais il eft fec, & n'est pas d'un goût vraîment antique. Ainfi, malgré la pompe & l'étalage des difcours du Seigneur Mondelli, je foûtiens qu'il n'a jamais poffédé qu'une tête de Goliath faite par quelques-uns des Sculpteurs Florentins qui travaillérent en Italie au commencement du feiziéme fiécle. Je ne doute même pas que fi l'on voyoit le grouppe dont cette tête faifoit partie, on ne le trouvât fort inférieur, quant à l'art, à la tête même que nous venons d'examiner.

PLANCHE LXVIII.

N°. I.

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L'HISTOIRE d'Antinoüs & les raifons de fon Apothéofe font trop connues, pour ne me pas difpenfer de les rapporter; & je ne veux examiner dans ce beau monument que co qui concerne l'art. Il eft de bronze, & fa hauteur eft de fept pouces fept lignes. La conservation n'en eft point parfaite; le temps a détruit l'extrémité de fon pied droit, & emporté un morceau de la cuiffe du même côté. Le derriére de la figure a encore un peu plus fouffert. Je n'ai

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