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• j'ai été affûré qu'elles étoient jettées en moule, & ensuite réparées à la main.

J'ai cherché à imiter pour la dureté & pour le trenchant »» une épée Romaine, & je crois n'y avoir pas mal réusli dans » celle que j'ai remise à M. le Comte de Caylus. Elle est » faite avec un mélange de cinq parties de cuivre rouge, &

d'une partie de fer fondus ensemble, puis jettées en moule.

Elle a été réparée , & ensuite affilée sur la meule. Le fer o que j'ai ajoûté au cuivre rouge pur eft du fil de fer; comme » il présente beaucoup de surface au feu, il est plus facile à » fondre : mais il a l'inconvénient de se brûler facilement, b> & de se réduire en scories. Ainsi je crois qu'il seroit fort b> difficile de déterminer la quantité de fer qui est mêlée au i cuivre, attendu qu'on ne doit pas compter celui qui est » changé en scories.

» On sçait qu'il y a beaucoup de mines de cuivre ferrugii neuses. Ces mines fournissent à la fonte un cuivre dur &

aigre qui a besoin d'être raffiné, pour être dépouillé de o toutes les parties de fer & de soufre qu'il contient , & pour » devenir doux & facile à travailler. Je crois que supposant

que les armes de cuivre fussent communément en usage b chez les Anciens, le sentiment le plus naturel est de croire

que le cuivre dont ils les faisoient, étoit ce cuivre aigre w & dur, tel qu'il est dans de certaines mines , & qui est ce » que nous appellons le cuivre noir. Ils s'épargnoient la

peine de le dépurer : ce qui l'auroit rendu moins propre à l'usage auquel il étoit destiné. Comme nous avons encore plusieurs mines de cuivre qui sont dans le même cas, telles

celles du Lyonnois, de la basse-Navarre , & presque os toutes les autres de France, il ne seroit pas imposible de 93 vérifier ce sentiment que j'ose avancer comme le plus

vraisemblable ; mais je n'ai pas eu à Paris les facilités » nécessaires pour les expériences.

» Au reste, je crois avoir simplement indiqué un des moyens qui pouvoient servir à durcir le cuivre ; je dis un

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des

moyens , attendu que je crois qu'il y en a plusieurs , » & même qui produiroient des effets plus sensibles.

Cette opération si clairement rendue est d'autant plus curieuse en elle-même, que l'alliage de ces deux métaux, le fer & le cuivre , étoit regardé comme impossible; cette opération, dis - je , soûmet donc le cuivre à toutes les propriétés du fer : ce qui peut mettre dans la société un métal qui n'éprouve ni la rouille, ni les inconvéniens de la longueur des travaux du fer.Cependant il faut convenir

que ce procédé ne donne guère de ressort au cuivre, & le rend un peu trop cassant; mais il est possible de faire des recherches & d’employer d'autres voies, & M. Geoffroi convient lui-même qu'il imagine d'autres moyens. Rien n'est plus juste & plus naturel que cette idée; & l'examen des bronzes antiques m'a prouvé la variété infinie de leurs alliages; ce qui confirme la vérité de tout ce que pense M. Geoffroi sur cet article.

Cependant la voie de la trempe m'ayant toûjours paru importante pour cette petite découverte , & bien des

gens la regardant comme une chose qui n'avoit jamais existé, j'ai fait travailler un simple Fondeur, qui ne connoît que sa forge & son métal , & que j'emploie depuis long-temps à souder , percer, enfin restaurer des morceaux d'antiquités. Son opération léve toutes les difficultés, & répond, ce me semble, à toutes les objections.

Voici ce que j'ai pû tirer d'une conversation qui bien loin d'être élégante, né’toit pas même fort claire ; mais j'espère que la simple exposition du fait sera reçûe favorablement, à cause de l'utilité qui en résultera. C'est le Fondeur qui va parler.

L'examen que j'ai fait des bronzes antiques , m'a con» Vaincu

que

les Anciens avoient le secret de tremper le » cuivre, & m’a engagé à en faire la recherche. J'ai donc » trouvé que cette matiére étoit aussi susceptible de la trempe que l'acier. J'en ai même assez vû pour être

»

CC

5 persuadé que toutes les trempes ne se sont point ressemmblées , c'est-à-dire, qu'elles n'ont point été uniformes, » & qu'elles ont eu des variétés dépendantes des recherches

particuliéres. Le salpêtre & la corne de cheval purifient les métaux; il faut donc en mêler dans la fusion du cuivre,

pour le rendre plus docile au moule, & le mettre plus w en état de recevoir la trempe.

» Mes ouvrages n'étoient que de cuivre jaune pur, & » consistoient en lames d'épées, en coins, en couteaux, » & même en rasoirs. Je les ai d'abord fondus, travaillés » & terminés; ensuite je les ai mis au feu cerise, & trempés » tout simplement dans une eau du ruisseau des rues ou de on boue, mêlée de suie de cheminée, de sel, d'urine &

d'ail ; & je puis affûrer que ces morceaux ont acquis ► toutes les propriétés que la trempe donne à l'acier. »

Voici la proportion de la trempe que j'ai employée. » » Sur une pinte d'eau du ruisseau, une poignée de fel » marin , deux fortes poignées de luie de cheminée, une chopine d'urine, une tête d'ail pilée.»

Je ne prétends proposer cette dose qu'en général; celui qui m'a fait ces expériences n'étant, comme je l'ai dit, qu’un simple artisan, qui ne sçait qu'estimer les doses, & qui même les varie , selon les remarques qu'il fait à l'oeil sur le cuivre qu'il emploie. D'ailleurs, l'expérience est la preuve la plus sûre, & tous les instrumens qu'il m'a fait ont réussi. Cependant j'avoue que je n'aurois rapporté ces faits qu'avec la défiance que méritent les tours de main, fi communs à ceux qui travaillent dans toutes les parties qui dépendent du feu, ou de la Chymie ; mais la secture que j'ai faite depuis peu du Livre de M. de Réaumur sur la fonte du fer, m'a mis en état de parler plus hardiment: & j'ai trouvé que mon Fondeur étoit arrivé par la pratique aux mêmes effets , & avoit suivi les mêmes principes que le sçavant Académicien. Je vais tirer de cet excellent ouvrage les principaux articles qui concernent l'opération

de la trempe ,

& que j'aurai soin d'abbréger. Je mettrai par

ce moyen toute cette matiére sous les yeux du Lecteur.

De tous les moyens connus des Artistes, pour procurer aux métaux une dureté plus considérable

que

celle qu'ils ont naturellement, la trempe est celui qui leur est le plus familier ; mais comme cette dureté procurée par la seule trempe ne peut être que relative à la dureté naturelle du métal, on a cherché différens moyens pour parvenir à rendre les métaux durs , en changeant le tissu de leurs parties , pour les disposer à recevoir un degré de dureté plus considérable, lorsqu'on leur feroit éprouver la trempe. On peut en effet changer le tissu des métaux

par
deux

moyens. Je n'entrerai point dans le détail de ceux que donne l'alliage , ni du resserrement que procurent les coups de marteau réitérés & donnés à froid. Par le premier le métal devient effectivement plus dur, mais plus cassant , & il est alors presque impossible de le travailler : une chaude un peu vive efface entiérement l'effet du second. Quel est donc un des moyens capables de produire la métamorphose qui donne cette qualité aụ métal, & qui le rend propre à résister aux travaux auxquels on veut l'employer? Le Livre de M. de Réaumur que j'ai cité plus haut, présente la question sur le fer, & la décide absolument.

Il dit, pag.9. lig.7. que ce qui l'a aidé dans la recherche qu'il a faite sur cette matiére, c'est une réflexion sur des procédés fort en usage parmi les ouvriers qui ont besoin de donner une grande dureté à des ouvrages de fer. Ceux

qui font les grosses limes , n'y emploient que du fer ; ils o les rendent néanmoins aussi dures que les limes d'acier. » Les Arquebusiers font prendre une dureté pareille à

quantité de piéces de fusil composées de pur fer, & cela par le moyen des trempes en paquet; « c'est-à-dire, comme il doit l'expliquer ailleurs plus au long , » qu'après que les » ouvriers ont donné à leurs piéces de fer une figure conyenable, ils les renferment dans des boëtes de tôle avec

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o un

3)

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5 un mélange de différentes drogues, & les mettent ensuite

dans un fourneau , où ils leur donnent un feu plus ou » moins long , selon la grosseur des piéces renfermées.

Après avoir retiré ces piéces du feu, ils les trempent » toutes rouges dans l'eau froide : elles s'y endurcissent ») comme l'acier. »

M. de Réaumur dit encore, pag. 3 1. lig. 6. qu'après » toutes les expériences qu'il a faites, les compositions qui

lui ont paru ses meilleures ne demandent que du charbon pilé, de la cendre, de la suie de cheminée, & du sel marin; & plus bas il en détermine les doses. Quant à ce qui regarde le métal en fonte , il dit , pag. 247. lig. 13.

qu'il y a des ouvriers qui jettent dans leurs affineries des » cornes, de la suie & d'autres matiéres pareilles. L'effet

qu'elles produisent n'a pas besoin d'être indiqué; on voit suffisamment ce qu'ils peuvent fournir à la fonte. M. de Réaumur dit encore sur le même sujet, pag. 256. lig.28. que ce qu'il faut sur-tout tenter, c'est de mêler avec ces fontes des matiéres pareilles à celles dont on se sert pour convertir le fer en acier, des suies, des sels, des charbons pilés, &c.»

Ces procédés, quoique proposés pour un autre métal, s'étant trouvés d'accord & dans les mêmes principes, mais plus composés que celui que j'avois fait exécuter, dans la crainte que cette premiére trempe de mon Fondeur ne donnât pas une entiére satisfaction, & qu'elle ne laissât quelque doute à ceux qui ne pourroient juger des morceaux que cette opération m'a produits , j'ai engagé le même ouvrier à travailler cette trempe en paquet, & à suivre tout ce que M. de Réaumur indique. Ces opérations ont nonseulement réussi, mais surpassé mon attente , & m'ont donné un cuivre qui n'a point acquis plus de dureté que par la premiére trempe ; au contraire il est devenu plus ductile', plus souple, enfin plus maniable. Ce qui fournit un autre genre d'acquisition dans la préparation de ce métal.

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