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Je ne dois pas oublier que ce dernier a plus de ressort, & qu'il fait feu sur la meule comme l'acier.

Tous ces procédés prouvent la certitude de l'opération. Il est même constant que l'usage ne peut que la conduire à une plus grande perfection ; & ces moyens fourniront un nouveau métal dans certains ouvrages où le fer est détruit par l'humidité ; & le cuivre trempé a du moins l'avantage d'épargner trois ou quatre mains d'homme, & par

conféquent beaucoup de feu, &c.

Au reste fi les ouvrages que j'ai fait faire par les deux procédés de l'alliage du cuivre rouge avec le fer & du cuivre jaune trempé, sont plus durs & plus forts, si même ils ont plus de ressort, il ne faut point oublier que les morceaux antiques sur lesquels les miens ont été copiés, ont souvent reçû une très-grande alteration par les fels & les nitres de la terre dans laquelle ils ont été renfermés pens dant l'espace d'un si grand nombre de siécles. La hache que j'ai dit plus haut être la même que

celle qui avoit été envoyée autrefois en France par M. Godin, & qu'il a reconnu pour telle , est très bien fabriquée, & très bien trempée; cependant elle est inférieure en dureté au fer de la lance rapportée au No. III. Pl. XCVI. de ce Recueil ; mais la hache donne occasion à quelques réflexions solides, que j'ose exposer avec confiance, parce que j'ai pour garant un homme prudent & connoisseur en ce genre. Les Espagnols d'aujourd'hui étant, suivant M. Godin, incapables de travailler le cuivre de cette façon, il faut nécessairement, ou que

les Arts aient été plus connus par les Yncas, que Garcilasso & les autres Auteurs Espagnols ne l'ont écrit , ou que ces sortes de monumens que

l'on trouve fréquemment au Pérou dans la terre & dans les ruines , soient l'ouvrage d'une nation plus éclairée , & qui a habité ce pays avant l'arrivée des ïncas. Il est même fait mention de cet ancien peuple dans des Auteurs Espagnols, dont le témoignage est confirmé par des monumens

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d'un goût différent de celui qui regne aujourd'hui dans ce pays. Il résulte de-là que si des nations aussi éloignées de tout secours sont parvenues à travailler & à

tremper le cuivre avec tant d'adresse, nous devons croire sans peine que les Egyptiens, les Etrusques, les Grecs & les Romains, qui sans contredit avoient plus de lumiéres, faisoient aisément sur ce métal la même opération. Comment pourroit-on enfin douter que les célébres Fondeurs de l'antiquité aient eu des connoissances simples, & que j'ai retrouvées avec tant de facilité ? La justice que j'ai toûjours rendue aux Anciens m’a seule engagé à rechercher une pratique dont je leur attribuois l'invention ; & c'est ainsi qu'il ne faut point écouter l'amour-propre des Modernes, qui les empêche quelquefois de convenir des talens supérieurs de ceux qui les ont précédés. Il est constant que dans quelques Arts libéraux nous n'avons jamais égalé les Anciens du côté de l'élégance, de la grandeur & du goût; comment se pourroit-il qu'ils n'eussent pas une profonde connoiffance des Arts utiles? plus on étudie leurs ouvrages & leurs monumens, & plus on est disposé à admirer l'étendue de leurs lumiéres.

PLAN CHE XCIV.

N. I.

Cette petite aigle qui n'a que quatorze lignes de hauteur , & autant d'une extrémité de l'aîle à l'autre, est trèsbien conservée, & d'assez bon goût. Elle est percée entre les deux pieds, pour former le couronnement de quelque corps: car les Romains employoient ces sortes de bronzes à toutes sortes d'usages.

No. II. & III.

Ces deux morceaux de verre bleu solltenu d'une couche de matiére blanche, l'un & l'autre très-peu épais, sont incrustés d'or. Leur travail n'est pas tout-à-fait le même. Le No. II. et d'un genre d'ornement plus épais, & l'or y est d'une seule piéce. Je ne crois pas que ce morceau ait été fabriqué autrement qu'en appliquant la feuille d'or toute découpée avec un emporte-piéce sur le verre encore chaud & presqu'en susion. Cette feuille doit avoir toûjours été d'une certaine épaisseur, pour recevoir le poliment, quand les matiéres ont été refroidies. L'or du No. III. a dû être appliqué de la même façon : mais la finesse des filets, & l'espéce d'émail colorié que l'on voit encore dans les côtes des feuilles , sont des objets dignes des Curieux. On trouvera plus bas, à la derniére Planche de ce Recueil, des preuves de l'adresse infinie & du génie varié des Anciens dans le travail du verre, qu'ils ont employé à des usages sans nombre. La grandeur & la véritable forme de ceux-ci sont exactement rapportées dans la Planche. Quant à leur destination, je ne crois pas qu'ils puissent en avoir eu d'autre que celle d'être enchassés dans des anneaux ou dans des parures apparentes , & fort près de la vûe.

N°. I V. & V. J'ai fait

graver ces deux sceaux ou cachets antiques, de la grandeur dont ils sont, & même sans rapporter les gravûres en creux dont on a prétendu les orner, car elles sont très-informes. On voit cependant que le N°.V. représente l'Amour en pied qui tient une fleur ; & quoique je n'ignore point que l'on attribue avec raison ces sortes de cachets aux peuples qui habitoient autrefois l'Orient, je crois m'appercevoir que cet ouvrage est de l'enfance de l'art chez les Romains. Le No. IV. présente un animal une fleur, enfin tout ce que l'on voudra. Il n'est pas possible

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de déchiffrer cette gravûre , & l'on ne doit pas s'en prendre aux injures du temps qui auroient pû en gâter le travail, mais à l'ignorance de l'Artiste. Aucun trait de ce monument ne m'indique le pays où il a été fabriqué ; & si je n'avois eû que ces réflexions à écrire, je n'aurois pas rapporté les cachets. C'est leur forme qui m'a paru mériter quelque considération. Il est constant que jamais ils n'ont pû servir de bagues : leur ouverture, dont on voit la dimenfion exacte sur la Planche, prouve qu'ils étoient enfilés dans un cordon que lon portoit au cou ou ailleurs. Il est fait mention de cet usage dans plusieurs Auteurs modernes, & notamment dans le Traité des pierres gravées de M. Mariette. Le No.V. est coupé dans un très-beau morceau de fardoine brune: ce qui me fait conje&urer que l'ouvrage a été fait pour un homme confidérable, & par un des bons ouvriers du pays ; & l'on jugera par-là des connoissances que

l'on avoit alors. Le No. IV. est taillé dans une agathe noire,

No. V I. On trouve par-tout de ces cachets ou sceaux de cuivre avec les noms de ceux à qui ils ont servi. En rapportant celui-ci, je n'ai pas dessein d'en expliquer les abbreviations; & je me contenterai d'exposer les réflexions qu'il m'a donné lieu de faire.

Cette petite plaque quarrée & de bronze eft gravée de la grandeur de l'original. Elle a toûjours été attachée à l'anneau extérieurement quarré & de la grandeur d'une bague, auquel elle a été fondue. On le voit de profil sous le même N°.VI. Ces plaques étoient sans doute toûjours jointes à des anneaux par précaution, afin qu'elles ne fussent pas si fujetres à être perdues, & qu'on les portât plus facilement, lorsque l'on prévoyoit le besoin qu'on pouvoit en avoir. Les sceaux de bronze ne remontent pas, ce me semble, à une antiquité fort reculée; du moins je n'en connois point

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qui soient Egyptiens , ni même Grecs. Avant qu'ils fussent connus, un fymbole gravé sur une pierre, la tête ou la figure entiére d’une Divinité ou d'un Héros , suffisoient sans doute aux Romains, suivant l'usage qu'ils en avoient emprunté des Grecs & des Etrusques ; & ces mêmes Romains le pratiquérent constamment, mais ils y ajoûtérent les noms en creux ; & c'est-là le principal objet de cet article. Il est à présumer que l'on reconnue dans la suite les inconvéniens d'un cachet qui pouvoit se trouver dans les mains de tout le monde : ce qui devenoit sans doute d'une conséquence infinie pour les personnes chargées de quelques détails qui interessoient le Public. Il

у donc grande apparence que les Magistrats furent les seuls qui pratiquérent cette façon de sceller, &

que tous les noms qui sont écrits de cette maniere , sont ceux des Ædiles, des Questeurs, & autres qui présidoient à quelque distribution, & dont les ordres devoient se répandre, Il seroit néanmoins très-difficile, pour ne pas dire impofsible, de justifier cette conjecture , parce que ces sortes d'anneaux ne présentent aucune époque, & ne rapportent aucune qualité, & que même, selon moi , ils n'ont été faits que pour un usage commun & momentané.D'ailleurs, les remarques que l'on feroit sur la signification de ces caractères qui sont assez grossiers, & la différence qu'il est aisé d'appercevoir dans la forme des points, ne seroient d'aucune utilité dans un ouvrage de la nature de celui-ci. Mais les observations sur les Arts entrant sur-tout dans le plan que je me suis proposé, je ne puis me dispenser de témoigner mon étonnement sur la marche de l'esprit humain , qui rencontre en certains temps des bornes où il s'arrête, sans qu'il lui soit possible de passer outre, lors même qu'il est le plus près des découvertes utiles à la société; ce que l'on doit appliquer à l'Impression, dont les cachets sont assûrément un abbrégé , s'ils ne sont la chose même. Le caractère disposé en contre-partie pour rendre

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