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l'écriture dans le sens naturel , les lettres évuidées avec la saillie suffisante pour leur faire prendre la couleur, sans que le fond puisse marquer ; tout cela n'est-il pas l’Imprimerie? & n'est-il pas singulier qu'étant arrivé à ce point, on n'ait pas d'abord imaginé de prolonger la planche de cuivre jusqu'à la longueur de la ligne de l'écriture ordinaire, & dont la portée n'étoit pas considérable chez les Anciens, puisque l'on sçait par les Auteurs, & mieux encore par les feuilles de papyrus qui sont venues jusqu'à nous, qu'elles n'avoient qu'environ onze pouces dans leur quarré; & cette portée n'auroit pas demandé un prolongement de plus de dix pouces pour le cuivre, à cause des marges qu'il auroit fallu laisser de chaque côté, sur la largeur, ou sur la hauteur de chaque feuille , & qui se trouvoient nécefsaires pour former le rouleau ou le volume. Les Romains devoient être d'autant plus naturellement conduits à cette découverte, que la façon de rouler leurs ouvrages qu'ils écrivoient dans une longueur continue , ne demandoit point ce que nous appellons le verso, ou le revers du papier. Il est aisé de juger que l'on n'auroit exigé d'eux que des Planches travaillées d'un côté, comme celles de nos Graveurs , pareilles enfin à celles que les Chinois sont dans l'habitude d'employer depuis un temps immémorial; car pour les caractères mobiles, je ne leur reproche point de ne les avoir pas trouvés : c'est une des plus heureuses & des plus admirables inventions , & qui fait à l'Europe un honneur immortel. Nous sommes peut-être aussi près de quelque découverte importante, que les Romains l'étoient de l'impression ; & qui nous a dit que la Postérité ne nous fera pas les mêmes reproches que nous faisons aux Anciens? Il faut donc convenir que la plûpart des découvertes dépendent du hazard , d'une combinaison éloignée, & de quelques circonstances qui les font éclore; comme différentes matiéres mises dans un creuset produisent en Chymie des effets que l'on n'avoit pas encore vûs. Si je ne craignois

No.

d'être trop long , j'ajoûterois à tout ceci des réflexions au sujet des noms écrits sur les moules des tuyaux de plomb, & au sujet des Inscriptions elles-mêmes, quoique les lettres s'y voient dans leur sens naturel.

VII.
Les clefs antiques étant communes, je n'aurois pas
rapporté celle-ci , qui est de bronze, & dont le travail est
fort recherché, s'il n'y avoit à son extrémité un sceau ou
cachet. Il est vrai que la gravûre n'en sçauroit être plus
informe. Mais il suffit que ce soit un cachet dont on ait
fait usage, pour que je l'insère dans cette Planche.Casalius,
M. Mariette & plusieurs autres ont parlé de ces fortes de
cachets. Cependant on en a publié fort peu de desseins.
Remarquez à cette occasion que l'ouvrage intérieur des
serrures antiques, de quelque matiére qu'il ait été, s'est
trouvé

trop
délicat

pour être venu jusqu'à nous. On pourroit cependant espérer d'en trouver dans les ruines d'Herculanum; mais si les serrures étoient de cuivre, comme les clefs & toutes les autres choses d'usage semblent l'indiquer, leurs ressorts , fans lesquels il n'y a point de serrures pour les clefs qui portent ce qu'on appelle des gardes , leurs ressorts , dis-je, étoient de ce même métal qui doit avoir été trempé : car le laiton auquel on donne aisément le ressort en frappant à petits coups de marteau , ne pouvoit, ce me semble, dans un aussi petit volume, avoir assez de force, pour servir aux serrures.

N°. VIII. On a fait depuis peu une petite découverte sur le bord de la Seine, au-dessous du village d'Aniéres, vis-à-vis de celui de Clichy-la-Garenne. On a trouvé un nombre considérable de squélétes qui n'étoient qu'à deux ou trois pieds de la superficie du terrein , & dont la plậpart étoient placés le visage contre terre , & sans aucune direction marquée

pour

1

que j'ai

pour le point du Ciel. Un seul de tous ces corps avoit un tombeau, sur lequel iln'y avoit point d'inscription: il étoit bâti de brique, & renfermoit le corps d'un enfant. Lesautres avoient presque tous des vases de terre placés entre les jambes. Plusieurs de ces vases , quant à la forme & à la matiére, étoient tout-à-fait pareils à celui rapporté à la Planche LXXX. No. III. & que l'on a trouvé à Vigneux; mais ces vases ne contenoient rien, & ne peuvent servir à fixer aucune idée. Il paroît seulement que le lieu où étoit cette espéce de cimetiére a été longtemps consacré à cet usage ; car je crois que les vases & les autres bagatelles que l'on a pû ramasser, sont de différens siécles. Il est impossible de déchiffrer le peu de médailles qui se sont présentées. Deux agraffes de bronze ou especes de fibula sont en effet ce qu'il y a de plus considérable & de plus curieux dans cette découverte. Elles sont toutes deux d'une conservation parfaite. Leur forme & leur dimension sont égales ; elles ont deux pouces huit lignes de hauteur, & un pouce huit lignes dans leur plus grande largeur. L'épingle en est mobile, c'est-à-dire , qu'elle roule dans une espéce de charniére; elle n'est point fixe, & n'a point de ressort, comme celle que l'on voit à la Planche LXXIX. No. II. & comme ces deux agraffes se ressemblent, je me suis contenté de rapporter sous le N°. VIII. celle qu'une inscription rend plus recomman: dable ; on lit fur un côté :

DOMINE. MARTI. VIVAS. & sur l'autre :

VTERE FELEX. Cet usage, la forme des lettres, la mauvaise orthographe qui indique une prononciation corrompue , & sur-tout le titre de DOMİNVS, semblent ne convenir qu'aux Romains du quatriéme ou cinquiéme siécle. Voilà toutes

M m

nom du

les conjectures auxquelles cette découverte peut donner lieu. On sçait d'ailleurs que cet endroit a été considérable autrefois ; & je laisse à ceux qui travaillent sur l'Histoire ancienne de France, à nous apprendre s'il est vrai, comme on le dit , qu’un des Dagoberts, Roi de la première race, avoit une maison de campagne dans ce même terrein.

On trouva aussi plusieurs tombeaux sur la fin de l'année derniére à Gourvieux , village qui n'est pas éloigné de Chantilli. Ils sont dans un endroit qui conserve encore le

camp

de César. Ces tombeaux de pierre renfermoient avec des squélétes, des médailles, des poignées d'épées, des lampes, & des vases de terre de différentes formes , mais dont plusieurs étoient encore pareils à celui que j'ai déja cité No. III. Planche LXXX. C'est pourquoi je

n'en ai fait graver aucun ici ; & la seule remarque importante qu'il y ait à faire sur ces tombeaux, c'est qu'à Gourvieux, comme dans le cimetiére d'Aniéres, les vafes étoient entre les jambes des morts. Il me semble que ceux que

l'on a trouvé jusqu'ici , & dont on a fait des descrip tions, étoient toûjours placés à la tête ou aux pieds. PLAN CHE X CV.

N. 1. Ce doigt de bronze qui faisoit autrefois partie d'une figure, est d'un goût & d'un travail dignes des plus célébres Artistes. C'est l'index de la main droite d'un homme dans fa force. Les trois articulations y sont exprimées dans leurs plus justes proportions. Il est doré, & quoique la dorure n'ait point été mise au feu , ce qu'on appelle or moulu, elle subsiste encore dans tout son éclat aux endroits où la rouille ne l'a point détruite , malgré la quantité considérable de fer dont cette fonte est mêlée. Ce morceau a sept pouces & demi de longueur ; & les proportions reçues pous apprennent que la face de la figure a eu onze pouces

dans les quatre

&

six lignes, & le corps dix faces dans toute la hauteur : par conséquent la figure doit avoir eu dans sa totalité neuf pieds neuf pouces, sans y comprendre la chevelure, ou l'ornement de la tête; ce qui donne une statue de dix pieds, & cette grandeur suffit pour la déclarer colossale. Il est donc à présumer qu'elle a tenu son rang vingt huit de cette espéce , soit de marbre , soit de bronze, qui, selon le rapport de Publius Victor, existoient de son temps à Rome, d'où ce doigt m'a été apporté, & où il a été trouvé.

No. II. Ce pied ou cette console formée par une tête & un pied de gryphon , a trois pieds trois pouces & demi de hauteur. Il est de bréche violette ; le travail en est large & gras , ne manque pas d'expression. Les yeux sont creux , & ont été autrefois remplis par quelque pierre fine, ou par quelque composition coloriée, qui, selon l'usage de ces temps, étoient admises dans cette partie du corps, plus brillante

que toutes les autres. J'ai dit plus haut ce que je pensois de ce procédé ; j'ai aussi rapporté les différentes idées que les Anciens attachoient aux gryphons, qui étoient des animaux imaginaires. J'ajoûterai seulement, par rapport à l'usage auquel celui-ci peut avoir été destiné, que l'on en voit deux, à-peu-près de pareille forme, dans le Museum Etrufcum , où l'on remarque qu'ils ont servi à porter des bustes ; & il est vraisemblable que celui-ci a eu la même destination à Rome; mais il est d'un meilleur goût de travail, & d'une proportion plus élégante que les deux que je viens de citer, & la conservation ne peut en être plus complette. Ce pied pourroit encore avoir servi à porter une table. Voyez le Recueil des lampes antiques de Pietro Santi Bartoli : on y trouve un morceau dont la forme est la même , & qui ne diffère que par la tête de l'animal; on y a placé celle d'un lion.

en effet

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