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l'un & l'autre de cuivre, de zinck, d'étain, & de plomb calciné, en portions égales. Mais ce qui me perfuade encore plus que cet alliage eft celui de ces morceaux antiques, c'eft que la même matiére fondue dans des moules que j'en avois tirés, m'a donné un poids égal. Voilà donc un examen qui favorise ce que j'ai dit plus haut fur le cuivre, car ce métal se trouve ici employé à une des chofes qui exigent le plus de réfiftance : & je conclus de-là que du temps d'Augufte, & dans un fiécle où les Arts étoient dans une grande perfection, l'on préféroit fouvent le cuivre au fer. Il paroît que dans la fuite on fit plus ufage de ce dernier métal, foit qu'il fût devenu plus commun, foit qu'on eût appris à le travailler avec plus de facilité : car l'on conferve dans le cabinet de fainte Geneviève deux coins de fer qui font véritablement antiques, & que le P. du Moulinet a auffi fait graver, mais fans nous apprendre de quel métal ils font. L'un repréfente, fuivant cet Antiquaire, la tête de Conftantius Chlorus avec ces mots autour FL. VAL. CONSTANTIVS NOB. C. & l'autre un revers de médaille, fur lequel on voit un Empereur couronné la Victoire dans un char à quatre chevaux, avec ces mots : PONTIF. MAX. TR. P. II. COS. II. P. P. légende & type qui paroiffent fur une médaille d'or de l'Empereur Macrin. Le premier de ces coins n'est pas parfaitement rond. Il a quinze lignes de large dans un fens, & dix-fept lignes dans un autre. Le fecond a neuf lignes de diamétre. Leur forme n'eft point conique, mais ils font coupés à plat; celui qui repréfente une tête, a trois lignes de hauteur, & l'autre en a quatre. Ils n'avoient par conféquent l'un & l'autre que l'épaiffeur néceffaire pour être retenus dans un mandrin d'une forme pareille, & fans lequel il n'auroit pas été trop facile de frapper les médailles au marteau. Cette précaution les empêchoit de gliffer, & l'on fçait qu'il n'y a guère plus de deux cents ans que l'usage du balancier eft introduit.

par

N°. II.

Au commencement de ce fiécle il se fit à Lyon des 'découvertes confidérables, dont le P. Meneftrier, Jéfuite, 1704. page 1213. fait mention dans une Lettre inférée dans les Mémoires de Trévoux. Mais elles n'ont été ni deffinées ni décrites exactement, peut-être même en a-t-on diffipé la plus grande partie. Quoiqu'on dife à tout propos, dans un fiécle auffi éclairé le nôtre, on peut affûrer que la race des Barbares n'eft pas encore éteinte. Parmi ces reftes d'antiquité étoient les moules représentés fous ce numéro. Je vais tâcher d'en donner une légère idée.

que

Si l'on paîtrit deux morceaux de terre, fi on leur donne à chacun la forme d'une tablette applatie de chaque côté, épaiffe de quelques lignes & arrondie par les bords; fi l'on applique enfuite fur l'une & fur l'autre une pièce de monnoie il est visible que chacune de ces tablettes repréfentera en creux fur une de fes faces, un des deux types que la pièce de monnoie repréfentoit en relief. Qu'on joigne les deux tablettes en les luttant par les bords, & en ménageant fur ces bords rapprochés un trou, une entaille par où quelque matiére fufible puiffe s'introduire, on aura un vrai moule qu'on fera cuire, & dans lequel on jettera en fonte des monnoies en quelque métal que ce foit. Dans l'opération que je viens de décrire, chaque tablette n'eft imprimée que d'un côté, mais fi fur l'autre côté on avoit appliqué d'autres piéces de monnoie, & qu'on eût fait correfpondre ces nouveaux types gravés en creux à d'autres tablettes également imprimées, on auroit une fuite & un rouleau de moules liés ensemble, dans lesquels on couleroit à la fois plufieurs médailles ; & tel eft celui qui eft gravé dans cette Planche. C'est un cylindre dont la hauteur eft d'un pouce & demi, & la largeur d'environ un demi-pouce. Il n'eft pas entier, car le côté fupérieur offre un revers de médaille qui eft développé au N°. 8. &

qui étoit relatif à une tête imprimée fur une tablette qui a été féparée du rouleau. Dans l'état où il fe trouve, il eft compofé de huit tablettes, qui forment autant de moules entiers qu'on apperçoit de petits trous dans la hauteur du cylindre.

Dès que j'eus ces moules, j'effayai d'y faire couler de l'étain, pour voir quel en feroit l'effet. Quand je le crus fuffisamment refroidi, je féparai tous les moules avec une fcie très-fine. Mais ils ne me donnérent que des piéces informes, parce que leur capacité fe trouvoit à demi remplie par de la terre qui s'y étoit introduite. Je nettoyai chaque tablette en particulier. Je les remis chacune en leur place, les luttai de nouveau, & y ayant fait couler de l'étain, j'en retirai les fept médailles qui font représentées dans cette Planche. Je répétai fouvent la même expérience, le fuccès en fut toûjours le même, & j'en conclus que les mêmes moules avoient pû fervir plus d'une fois. Ceux-ci confervent l'empreinte de quelques médailles déja connues, & ils paroiffent avoir été fabriqués dans l'intervalle de temps où Caracalla & Géta regnoient enfemble. Ils offrent des médailles de ces Princes, de Julia Domna leur mere, & de Julia Mafa qui y eft nommée Augufte. Ce qui feroit penfer que ce n'eft pas fous l'Empereur Hélagabale que Julia Mafa a reçû ce titre, comme on le croit communément, mais qu'elle l'avoit déja obtenu de Septime Sévère par le crédit de Julia Domna, dont elle étoit fœur. Hérodien, 1. 5. Il eft du moins conftant qu'elle fut particuliérement refpectée de ce Prince, & que pendant fon regne & celui de Caracalla fon fils, elle eut un appartement dans le Palais de l'Empereur. Mais fans infifter davantage fur cette conjecture, je vais examiner l'ufage auquel ces moules étoient deftinés.

Le Pois, Savot & d'autres Antiquaires ont imaginé que Le Pois, fol. 1o. les Anciens fe fervoient de coins & de moules pour fabriquer les médailles; qu'ils jettoient d'abord les matiéres

Sav. Difcours for les Méd. p. 31.

dans des moules où elles recevoient le contour, l'épaiffeur & une premiére ébauche du type; qu'après avoir recuit ces piéces au feu, ils les ajuftoient & les rengrenoient à des coins gravés plus profondément que ne l'étoient les moules, & que par le moyen du marteau ils leur donnoient un relief plus confidérable & une plus grande perfection. Ces procédés font poffibles, mais le temps qu'ils auroient exigé dans des circonftances où il étoit nécelfaire de multiplier au plûtôt l'efpéce, les auroit rendus impraticables. Hift. de l'Acad. Auffi M. Mahudel, qui a réfuté le fentiment dont je viens de rendre compte, a-t-il penfé que les moules que l'on a découverts, avoient fervi à de faux Monnoyeurs. Quelque probable que foit fon opinion, je crois qu'il me fera permis de m'en écarter pour en embraffer une autre, qui, ce me semble, n'a jamais été bien approfondie.

des Infcript. tom. 3. pag. 221.

Je penfe donc que les Romains avoient des monnoies frappées au marteau, & d'autres fimplement jettées en moule; que dans certaines fabriques, & dans certains temps, on a préféré l'une de ces deux maniéres à l'autre, & que ce double ufage ne leur étoit pas particulier, puisque nous avons des médailles des Rois d'Egypte, de Syrie & de Judée, dont les unes font gravées avec des coins, & les autres fimplement moulées, & qu'on apperçoit la même différence fur les médailles que quelques villes Grecques ont fait du temps des Empereurs. Mais pour donner plus de jour à cette idée, obfervons, 1°. que parmi les moules qui font venus jufqu'à nous, du moins parmi ceux dont il eft fait mention dans les Auteurs, ou que j'ai vûs en différens cabinets, il n'en eft point qui foit antérieur au regne de Septime Sévère; 2°. que ces moules paroiffent avoir été deftinés aux médailles d'argent; 3°. enfin que c'eft vers le temps de Septime Sévère que le titre des médailles d'argent commence à baiffer, & que cet affoibliffement va toûjours en augmentant jufqu'à l'Empire de Dioclétien. Ces changemens fucceflifs dûrent produire

deux

deux effets; le premier fut d'empêcher la contrefaction des espéces en argent. En effet, fi l'on confidère que les médailles de plusieurs des fucceffeurs de Septime Sévère font d'un très-mauvais billon, on aura de la peine à croire que les faux Monnoyeurs euffent voulu rifquer leur vie pour l'appas d'un gain qui ne pouvoit les faire fubfifter.

Le fecond effet que dut produire le changement arrivé dans le titre de la monnoie d'argent, fut d'engager les Officiers de la monnoie à ne pas donner à cette efpéce la même attention qu'ils donnoient à celle d'or ; à chercher les voies les plus courtes & les moins difpendieuses les fabriquer, & par conféquent à préférer plus fouvent à l'usage du coin celui du moule, qui étoit peut-être déja reçû dans certaines fabriques d'Italie, des Gaules, &c.

pour

Les réflexions que je viens de faire m'enhardiffent à en propofer quelques autres. On eft étonné de voir qu'il nous refte une fi grande quantité de médailles de Princes qui n'ont regné que peu d'années, ou peu de jours. On demande comment on a pû graver tant de coins dans des intervalles de temps fi limités. Je répondrois volontiers que la plupart de ces médailles étoient moulées, & dans cette fuppofition rien n'eft plus facile à concevoir, qu'une pareille diligence. Un ouvrier pouvoit graver très-promptement fur un poinçon une tête de relief avec la légende qui devoit l'accompagner, pendant qu'un autre ouvrier préparoit le revers. Il n'importe de quel métal ou de quelle matiére étoit ce poinçon. Il fuffifoit qu'il eût affez de confiftence pour imprimer en creux fur de la terre molle les types qu'il avoit reçûs en relief, & le moule étoit auffitôt fait. Peut-être même que pour abbréger cette opération, on ne mettoit pas les lettres fur le poinçon, & qu'on fe contentoit de les imprimer dans le moule avec des carac tères mobiles. Les tranfpofitions & les renversemens de lettres qu'on voit fur plusieurs médailles antiques, autoriferoient affez cette conjecture; mais je n'en ai pas befoin Qq

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