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N°. V. Celui-ci est de même hauteur, d'une même qualité de pierre, & s'est trouvé dans le même endroit. L'inscription n'est pas entiére ; & les deux mots qui restent font croire que cet autel avoit été consacré à Onga par Demetria, qui peut-être étoit une Prêtresse de son temple. PLANCHES XXI. XXII. XXIII. XXIV.

XXV. o XXV I.

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Les cinq Planches dont je donne ici l'explication, représentent un morceau de toile qui m'a appartenu autrefois, & qui se trouve aujourd'hui au cabinet de sainte Genevieve. Sa longueur est de deux pieds quatre pouces six lignes, & sa hauteur de six pouces sept lignes ou environ; car les bords sont effilés, & par conséquent inégaux. Il est divisé en plusieurs colomnes, dont l'arrangement se fera mieux sentir au premier coup d'oeil, que par la description la plus détaillée. Il n'est écrit que d'un côté, l'écriture en eft noire, à la réserve des premiers mots de chaque colomne qui sur l'original font tracés en lettres rouges , & qui dans la copie se trouvent soulignés ; le caractère en est ferme, & n'a

pas été fait au pinceau : les lignes de division & de séparation ont été tirées à vûe & sans régle. Les figures simplement dessinées au trait ne font rehaussées par aucune couleur ; mais je puis assûrer qu'elles sont touchées avec un esprit & une légéreté que ne desavoueroient pas des Nations plus vives

que

les Egyptiens. Cette bande de toile est terminée par une espéce de compartiment, qui , outre plusieurs mots, contient des vases & des quarrés peints en rouge, couleur qui a été placée sans aucun soin, & qui désignoit peut-être que ces corps étoient de terre cuite. Les figures dessinées au-dessus des colomnes vont de

Planche LIV.

gauche à droite, tandis que l'écriture va en un sens contraire. Ceux qui desireront de plus grands détails sur ce monument, pourront consulter le 2°. tome du Supplément de l'Antiquité expliquée, où il est gravé; mais on ne doit pas fe fier entiérement à la copie que l'Auteur en a donnée. En l'examinant avec attention, l'on s'est apperçu qu'il s'y est glissé bien des fautes : & cette raison m'a engagé à le publier de nouveau, & le plus exactement qu'il m'a été possible. Il a fallu pour cela l’étudier avec soin , détacher toutes les lettres bien marquées, les arranger

dans un certain ordre, & s'en servir pour discerner celles qui ne sont pas lisibles. Quand des efforts réitérés n'ont pû restituer des mots dont il ne restoit plus que de foibles traces, j'ai mieux aimé les négliger , & les remplacer par des points, que de les présenter sous une forme étrangère; c'est ce qui a augmenté dans ma copie le nombre des lacunes

que l'on voit dans l'original : mais j'ai tâché de rapporter

les différentes sortes de lettres que l'on y voit, & c'est ce qui doit suffire.

Suivant le P. de Montfaucon, ce morceau de toile fervoit à couvrir une mumie. L'on voit en effet qu'il avoit été enduit de bitume. La couleur brune que cette préparation lui avoit donnée, paroît moins aujourd'hui qu'elle ne paroissoit quand il étoit à moi; parce que dans la vûe de le conserver, on l'a collé depuis peu sur une toile ; mais sans la premiére préparation, il ne seroit pas vraisemblablement venu jusqu'à nous.

Les Egyptiens traçoient quelquefois sur les bandelettes des mumies, des hiéroglyphes ou des lettres proprement dites.LeP.Kircher a fait graver plusieurs morceaux de toile chargés de symboles, qu'il a expliqués avec le même succès que ceux des obélisques ; & au commencement de ce siécle M. Maillet, Consul de France au Caire, dit avoir vû une mumie, autour de laquelle on trouva une bande de toile ornée de figures & de caractères. Cette bande

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ayant été mise en lambeaux, M. Maillet en ramassa fix ou sept aunes en huit piéces, qu'il envoya en France à M. le Chancelier de Pontchartrain ; elles ont été ensuite dispersées ; mais je suis très-porté à croire que le morceau gravé dans ces Planches en faisoit partie. Je vais maintenant rapporter quelques réflexions qu'on m'a communiquées sur ce monument.

Le P. de Montfaucon a été persuadé que cette bande de toile représentoit un calendrier Egyptien, 1°. parce que les douze principales colomnes font furmontées de figures dont quelques-unes ont une espéce de rapport avec celles du Zodiaque des Grecs. 2°. parce que les premiers mots de chaque colomne semblent n'être écrits en rouge que pour faire distinguer les noms de chaque mois. Examinons ces preuves en peu de mots.

Il faut se rappeller que ce morceau de toile avoit servi à couvrir une mumie: ce qui forme un assez grand préjugé contre le sentiment du P. de Montfaucon. En effet on ne feroit pas surpris que le peuple du monde le plus superstitieux eût tracé sur ces fortes de toiles ou des imprécations contre les mauvais Génies, ou des væux adressés aux douze grands Dieux qu'il adoroit. Mais pourquoi y auroit-il reprélenté un calendrier , destiné plûtôt à régler les usages de la vie civile, qu'à produire quelque soulagement aux morts ? D'ailleurs cette bande n'étant qu'un fragment, ne doit contenir qu'une petite partie de la composition totale, & l'on doit présumer que parmi les autres piéces qui se sont perdues, il y en avoit qui contenoient un nombre plus ou moins grand de colomnes & de divisions. Nous ignorons fous quelle forme les Egyptiens représentoient les signes du Zodiaque ; mais les figures placées au-dessus des colomnes ne sçauroient les désigner. Quelques-unes ont les mêmes attributs , & la plậpart se trouvent sur des monumens Egyptiens, fans qu'elles aient la moindre correspondance entr'elles, ni aucun rapport avec le cours du

tom. 3. p. 424.

Soleil, ou avec la division du Zodiaque. Sur des bandeOedip. Ægypt lettes de mumies publiées par le P.Kircher, on en yoit de

semblables au milieu d'une foule de symboles hiéroglys

phiques, qui semblent indiquer une cérémonie religieuse. Tom. 2. pag.161. Sur un abraxas rapporté par ce sçavant Jésuite, il y en a

une suite de onze à douze , dont quelques - unes sont
debout, & d'autres assises sur les replis d'un serpent, &
presque toutes avec des dépouilles d'animaux sur la tête.
Il est vrai que le P. Kircher les a prises pour les signes du
Zodiaque; mais comme ces prétendus lignes diffèrent en
plusieurs choses de ceux qui, suivant le P. de Montfaucon,
sont tracés sur notre bande, il est visible que les sentimens
de ces deux Antiquaires se détruisent mutuellement, &
que toutes ces figures désignoient simplement quelques-uns
de ces Génies dont la théologie Egyptienne peuploit
l'Univers , & qu’on représentoit sous les formes les plus
bizarres. On en voit une autre suite au-dessus d'une inscrip-
tion Egyptienne que le P. de Montfaucon a publiée. Elles
font au nombre de douze , & je m'étonne qu'après les
avoir comptées, on n'ait pas dit que l'inscription étoit un
calendrier.
En vain , pour donner ce nom au fragment de toile

que nous avons sous les yeux , diroit-on que le nom de chaque mois est écrit en lettres rouges au commencement de chaque colomne. Il seroit aisé de se convaincre du conraire : les noms des mois Egyptiens sont dans les Auteurs Grecs , & nous ont été conservés par les Cophtes ; & quoique nous ignorions comment les Egyptiens les figuroient, nous sçavons cependant qu'ils ne les écrivoient pas tous de la même maniére; par exemple, le nom du mois Thoth, & celui du mois Epiphi n'ont aucune lettre qui leur soit commune ; & les mots Pharmuti & Choiac, qui désignent deux autres mois de l'année Egyptienne, diffèrent sensiblement l'un & l'autre. Or les mots tracés en rouge dans la bande de toile, ou sont composés des mêmes lettres,

ou n'en contiennent qu'un nombre égal. Je m'en suis affûré par le plus fcrupuleux examen, & j'ai fait toutes les combinaisons possibles pour justifier la conjecture du P. de Montfaucon : elle méritoit d'être suivie ; la lecture de douze mots de la langue Egyptienne nous auroit procuré une partie de son alphabet; mais des tentatives réitérées m'ont simplement acquis le droit d'avouer mon ignorance, tant sur le sujet de l'inscription, que sur les figures qui l'accompagnent.

Il me semble qu'on tireroit de plus grands avantages de ce monument, si au lieu de s'obstiner à percer ces ténébres, on tâchoit de remonter par son moyen à l'origine de l'écriture , & d'en suivre le développement & les progrès : si l'on cherchoit enfin à connoître la forme des anciennes lettres , & le pays où l'on a commencé à les employer. Ces questions & tant d'autres semblables ne pourront jamais être éclaircies

par

les témoignages des Auteurs Grecs & Latins. Souvent peu instruits des antiquités de leur pays, ils n'ont fait que recueillir des traditions incertaines, & multiplier des doutes auxquels on préféreroit volontiers l'ignorance la plus profonde : c'est aux monumens qu'on doit recourir. Quand ils parleront clairement, il faudra bien que les anciens Auteurs s'accordent avec eux.

Avant le commencement de ce siécle on ne connoissoit point l'écriture courante des Egyptiens, & plusieurs Critiques la confondoient tantôt avec celle des anciens Hébreux, & tantôt avec les hiéroglyphes ; mais depuis cette époque il nous est venu plusieurs fragmens, qui ont fixé nos idées ; & il faut espérer que de nouvelles recherches nous en procureront un plus grand nombre. Conservons avec soin des restes si précieux, & tâchons de les mettre en æuvre , en suivant l'exemple de celui des Modernes qui a répandu les plus grandes lumiéres sur la

The div. Legar. question de l'antiquité des lettres. M.Warburton a détruit

of Mofes, hav l'erreur où l'on étoit que les Prêtres Egyptiens avoient jet. .

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