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RECUEIL D'ANTIQUITÉS E'GYPTIENNES, E'TRUSQUES,

GRECQUES ET ROMAINES.

SECONDE PARTIE

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J

DES E'T RUS QU E S.

E commencerois cette seconde partie de mon Ouvrage par des recherches sur l'origine des Etrusques , si l'Antiquité me fournissoit les secours nécessaires. Mais aucun de leurs Historiens n'est venu jusqu'à

nous ; & la plớpart de leurs inscriptions que le temps a épargnées, sont inexplicables , ou peuvent tout au plus nous donner une idée imparfaite de la langue qu'ils parloient, & nous apprendre certains usages qui leur

Küj

P. 316.

joug

P. 103.

étoient

propres. Quelques traits répandus dans les Auteurs que nous avons , prouvent que ce peuple étoit courageux,

qu'il étoit puissant, & qu'il eut pendant un temps l'empire Diod. Sic. I. 5. de la mer. Le luxe dans la suite diminua considérablement

ses forces , l'énerva même , & le prepara par dégrés au Athen. l. 4.

des Gaulois & des Romains. Il étoit superstitieux à l'excès , toûjours occupé à tirer des présages du vol des

oiseaux, ou à étudier la volonté des Dieux dans les entrailTite-Live, lib.7. les des victimes. Il se livroit avec passion aux jeux, & aux Tert. de spect. c. 2. spectacles , qui faisoient partie de la Religion , & qu'il Ath. l. 4. p. 153. ensanglanta le premier par les combats de Gladiateurs. id. c. 15.p.700. Cependant il aima les Arts , & les cultiva avec succès. Supl. à Dempster, M. Buonarotti a cru qu'il en devoit la connoissance aux

Egyptiens , & a conječturé de-là que les Etrusques descendoient de cet ancien peuple. Quoique cela soit incer

tain , il faut avouer qu'il n'est pas difficile de sçavoir quel L. 18. p.806. pays a été la source & le berceau des Arts. Strabon dit que

les murs des temples Egyptiens étoient ornés d'ouvrages de sculpture, semblables aux plus anciens ouvrages des Grecs & à ceux des Etrusques. Ajoûtez à ce témoignage que ces deux Nations ont également été dans l'usage de représenter sur leurs monumens des gryphons & des lions

aîlés, & de graver des inscriptions sur les statues mêmes; & Pline, '. 36.0.13. que les pyramides élevées sur le tombeau de Porsenna ne

permettent pas de douter qu'il y ait eû un commerce réciproque entre les Egyptiens & les Etrusques. On ne peut en fixer l'époque : mais il remonte sans doute à des temps fort reculés. Ce qu'il y a de sûr, c'est que les Etrusques s'écartérent du goût & des usages qu'ils avoient d'abord reçûs. Ils eurent dans leur Religion des cérémonies particuliéres, & dans leurs Arts des pratiques que les Egyptiens n'avoient pas connues; aussi leurs monumens qui se trouvent postérieurs à ce changement, n'ont rien conservé de la maniére Egyptienne. Le goût & les usages des Grecs ont aussi yarié : & fi nous ne lisions dans l'histoire l'origine

& les progrès des connoissances qui les font admirer de la
postérité, leur commerce avec les Egyptiens seroit encore
plus douteux que celui des Etrusques avec ce même
peuple. Mais comment chez les Etrusques , qui ont
emprunté tant d'usages des Egyptiens, ne trouve-t-on
aucune trace des embaumemens & des cérémonies intro-
duites pour honorer la mémoire des morts ? Elles n'ont
pas apparemment été reçûes en Etrurie. Ce qui semble
condamner l'opinion de ceux qui croient que les Etrusques
ont été une Colonie Egyptienne : car les nouveaux peu..
ples ont toûjours conservé les principaux usages de ceux à
qui ils devoient leur origine.

Après ces réflexions générales, je vais dire quelque chose
de chacun des Arts cultivés

par les Etrusques, & dont il
nous reste de belles productions sur des monumens sans nom-
bre.Un Ordre d'Architecture fut inventé en Etrurie dans le
même temps que les Grecs convinrent de s'assujettir aux
quatre Ordres qu'ils nous ont laissés. Une pareille invention
est le fruit d'un talent décidé pour l'Architecture ; elle ne
peut
s'établir

que par une longue succession de temps ; &
pour
la mettre en vogue,

il faut construire beaucoup
d'édifices superbes , où elle soit heureusement exécutée.
Quelque brillante qu’ait donc été la réputation de celui
qui inventa l'Ordre dont je parle , il est à présumer qu'il
n'a été reçu de toute la Nation qu'après qu'on en a eû
remarqué l'effet. D'où il est aisé de conclure

que

les Etrusques avoient l'intelligence nécessaire pour perfectionner l'Architecture, & que leur goût les portoit à élever des bâtimens réguliers.

Tous les monumens rapportés par les Auteurs modernes qui ont écrit sur cette Nation, tels que Dempster , Buonarotti, Gori, & l'Académie de Cortone, prouvent que Etrusques connoissoient toutes les parties de la Sculpture, & même la gravûre des pierres. Rien n'est plus capable de confirmer ce qu'ils ont ayancé, qu'un passage de Pline, où L. 34. 6. 7.

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les

cet Historien affûre qu'il y avoit deux mille statues à Bolsena : & dans le même chapitre il parle d'une statue d'Apollon haute de cinquante pieds. Enfin les Anciens & les Modernes font mention d'une quantité considérable d'ouvrages de sculpture qu'on voyoit

dans l'Etrurie : & je ne doute

pas que les uns & les autres n'aient été frappés de la beauté de ces monumens. Cependant ils ont négligé le détail de ce qui en fait le mérite. Ils auroient dû, par exemple , passer moins légérement sur le travail exquis des vafes, en relever l'élégance & la variété, & faire sentir les agrémens de la manière dont ils sont traités. En effet, quelle pureté ne remarque-t-on pas dans leurs formes ? quelle sagesse dans quelques-uns de leurs ornemens courans ! quelle légéreté dans le travail de la terre! quelle justesse dans la position de leurs anses ! Toutes ces parties où regne un goût formé

par

le vrai, sont trop sous vent répétées, pour qu'on puisle les attribuer au hazard. Les Etrusques n'auroient pas produit tant de morceaux inimitables, sans une connoissance parfaite de l’Art, jointe aux plus heureuses dispositions naturelles; en sorte que tout ce qui est sorti de leurs mains a un caractère original qu'on ne sçauroit confondre avec aucun autre.

Quoiqu'il ne nous reste point de monumens de leur peinture, il est certain que cet Art leur fut connu, & qu'ils le mirent fréquemment en pratique. Les opérations les plus simples préparent ordinairement aux plus composées; & puisqu'il y avoit parmi eux d'habiles Graveurs, & de célébres Sculpteurs, on doit croire qu'ils excelloient aussi dans la peinture. Les desseins que nous voyons

fur leurs vases & sur la plus grande partie de leur poterie de Voyez l'expli- terre , sont exécutés de maniére à être en quelque sorte cation de ce tra- inaltérables. Il est vrai qu'ils ne nous offrent tout au plus vail, Pl. XXIX.

que trois ou quatre couleurs, & qu'ils ne nous font naître que l'idée d'une peinture mise à plat, & sans aucune dégradation; mais ils prouvent que la peinture étoit pratiquée

.

N. 1.

en

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