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l'a&tion à prendre, a représenté le sanglier déja blessé, & se jettant avec fureur sur Méléagre qui l'attend de pied ferme. On pourroit aussi, fans remonter à des temps fabuleux , regarder le sujet gravé sur ce vase comme la simple représentation d'une de ces chasses si fort en usage parmi les Etrusques. Quoi qu'il en soit, la figure du chasseur est très-mal exécutée ; & par la comparaison qu'on en fera avec plusieurs de celles que l'on trouve dans ce Recueil, on se convaincra que les Etrusques ont plus d'une fois changé de maniéres.

N'. II. Cet autre vase également de terre cuite, est de la même proportion que le précédent , & a dû servir aux mêmes usages. Cependant il est encore plus extraordinaire, à cause de l'espace vuide qui se trouve dans le milieu de sa capacité, & dont le diamétre est d'un pouce huit lignes. Par conséquent il contenoit encore moins de liqueur que le précédent. Il n'a d'ailleurs aucune espéce d'ornement, & la couleur est simplement noire.

No. III. Je regarde cette cornaline comme un des beaux monumens qui nous restent des Etrusques. M. Gori l'a déja fait Mus. Etruf. t.10

Pl. cxix. No. II. graver; mais l'empreinte qu'il en a publiée n'est pas exacte. Elle représente Achille, dont le nom est écrit sur la pierre en caractères Etrusques. Il tient d'une main son bouclier, & de l'autre une espéce de bottine qui servoit à couvrir le devant de la jambe. Il paroît que cette piéce entroit dans l'armure des Anciens, & qu'Homère l'a souvent désignée par un terme que les Traducteurs rendent ordinairement par celui de cuiffart. On verra la preuve de ce que j'avance dans un passage d'Homère. Ce grand Poëte voulant pein- Iliad. I. 15 dre Achille qui se prépare à venger la mort de Patrocle,

que ce héros prit la belle chaussure , & l'attacha sur ses

dit

Iliad. liv. 19. Traduc. de Mad. Dacies,

jambes avec des agraffes d'argent. Si l'on veut jetter les yeux

sur la Planche XXVIII. de ce Recueil, No. I. on y remarquera que les bottines dont je parle étoient effectivement retenues par des courroies , & sans doute par

des agraffes. Ces bottines étoient communément de cuir de boeuf, & quelquefois de cuivre. Voici le passage d'Homère.

Achille plein de rage & d'impatience prend les armes que Vulcain lui a faites. Il met les cuissars, couvre sa

poitrine de la cuirasse étincelante : prend le baudrier so d'où pend sa redoutable épée, & charge fon bras de ce w bouclier impénétrable , qui jette une clarté pareille à

celle de l'astre de la nuit..... Achille s'essaye sous ces « armes pour voir si elles lui sont propres, & si son corps

souple conserve toute sa liberté.

Je ne doute point que le Graveur en composant son sujet n'ait eu la description d'Homère en vûe; mais content d'en saisir l'esprit & les détails principaux, il s'est donné des licences pour ne point charger son sujet. Il a rejetté la cuirasse & le baudrier, parce qu'ils l'auroient empêché de delliner le nud de la figure, & de lui donner une attitude élégante. C'est ainsi que les grands Artistes doivent rendre les sujets que fournissent les Poëtes, en les présentant du côté le plus avantageux pour leur Art, & fçachant à propos indiquer le tout par une partie. L'Artiste à qui nous devons cette pierre, a prouvé dans cette occasion que les Etrufques ont poussé la gravûre en creux à la plus grande perfection , & qu'ils ont connu toutes les finesses de ce genre de travail. La cornaline ne peut être mieux conservée, ni plus belle ; elle est en forme de scarabée : & comme cet animal étoit sacré chez les Egyptiens, qui le représentoient. fort souvent, il en résulte que les Etrusques avoient emprunté u’eux quelques-uns de leurs usages. Du reste les pierres de cette forme avoient trop d'épaisseur pour être portées au doigt, & elles sont ordinairement percées dans le milieu de leur longueur. Je crois que les Etrusques

les regardoient comme des amulettes, & qu'en les sufpendant au cou, ils avoient encore la liberté d'en tirer des empreintes, quand ils vouloient apposer leur cachet.

Je donnaicette belle pierre à M. le Comte de Thoms, lorsqu'il fit son dernier voyage de Paris : elle a, sans doute, eu le même sort que les autres antiques qui composoient son cabinet.

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No. I. Parmi les différentes danses en usage chez les Etrusques, il y en avoit une où l'on étoit armé de toutes piéces, & qui entroit dans les cérémonies de la Religion. M". Buonarotti & Gori en ont rapporté plusieurs preuves tirées des monuinens; & celui

& celui que je produis en fournit une nouvelle. C'est une figure de bronze dont la tête est couverte d'un calque, la poitrine d'une cuirasse, & les jambes de bottines. Cette armure semble ne convenir que pour le combat: mais l'attitude de la figure annonce des dispositions plus pacifiques. Si l'on fait attention que son visage frais & riant ne respire que la joie, & qu'en général son âge ne répond guère à la façon dont elle est armée, on ne doutera plus que ce ne soit un danseur. Les armes & les ornemens dont elles sont enrichies ont beaucoup de relief; ce qui me persuade qu'elles n'étoient que de toile , ou d'autres matiéres dont le poids n'étoit pas incommode. Le casque est surmonté d'un animal qui me paroît être une lionne, mais dont la tête est cassée: le petit doigt de la main droite mangue aussi à la figure : les prunelles de ses yeux sont creuses , & n'ont pû recevoir que de fort petites pierreries. . Les deux mains ont certainement tenu des attributs qui ne fubfiftent plus: & javoue que plus je lis le Dialogue de Lucien sur la danse, & plus cette figure me rappelle les pantomimes dont cet Auteur nous a laissé une defcription

assez détaillée. Ce genre de danse, selon lui, étoit venu d'Italie ; & l'on pourroit présumer , sans pousser trop loin les conjectures, qu'il a pris naissance en Etrurie. Le goût du dessein de cette figure n'est pas des meilleurs, & le genre du travail n'est pas ordinaire. Il me paroît seulement que

l'un & l'autre sont d'un temps bien postérieur à celui plusieurs morceaux que j'ai rapportés , & qui précédent celui-ci. Je parlerai plus bas des bottines dont les jambes de ce danseur sont couvertes & j'ajoûterai seulement qu'il est posé juste & à plomb sur le pied gauche, dans l'action de sauter & de courir , & que toute la figure est disposée à ce mouvement. Elle a huit pouces six lignes de hauteur , & a été fondue sans plinte ni socle, , pour

être apparemment placée sur un piedestal à volonté. Elle est d'ailleurs réparée avec beaucoup de soin.

No. II. Cette danseuse aussi de bronze, & présentée des deux côtés, a cinq pouces sept lignes de haut avec sa plinte ou son piedestal fondu en même temps que la figure. Ce morceau n'est point antique : mais, soit par

la fonte, soit par le goût de la gravûre de ses ornemens, il a un rapport assez juste avec les monumens Etrusques ; & il est si aisé d'y remarquer la plupart des conditions, qu'un grand nombre d'Antiquaires établissent comme des moyens de reconnoître cette forte d'antiques, que je me suis déterminé à le faire graver.Il y en a même beaucoup de ce genre dans plusieurs cabinets de l'Europe. Je ne m'excuserai point d'y avoir été trompé, sur le lieu où j'ai trouvé ce bronze , non plus que sur le cas que l'on en faisoit ; mais j'avouerai que le hazard m'ayant mis sous les yeux une quantité considérable de figures du Japon, j'ai reconnu sans peine qu'elles avoient le même goût de dessein ; que la fonte étoit pareille ; & qu'enfin le travail en étoit absolument semblable. J'en avertis ici , afin que ceux qui

s'appliquent à l'étude de l'Antiquité, ne s'accoûtument point à décider avant que d'avoir fait toutes les recherches possibles.

No. III. Ce vase, ou cette espéce de burette , est haut de neuf pouces, & son diamétre en a un peu plus de quatre. J'en posséde treize pareils, qui ont depuis trois jusqu'à onze pouces de hauteur. Il n'y en a qu'un qui soit noir : les autres sont ornés & travaillés dans tous les genres que les Etrusques ont employés dans leurs ouvrages de terre cuite. J'ai préféré celui-ci, non à cause de la forme, car elles sont toutes également agréables dans leurs différentes proportions ; mais parce que les figures que l'on voit sur ce vase m'ont paru remarquables

. N'auroit-on pas voulu y rappeller le souvenir d'un athléte qui avoit remporté le prix dans quelque jeu de la Gréce, ou dans ceux que l'on célébroit en Etrurie ? Le cheval , la palme, la Buonarotti , & nudité de la figure, le chapeau dont sa tête est couverte, Gori, Muj. Erus.

Dempster, p. 70. tout cela ne suffit-il pas pour donner à cette explication tom. 2. p. 374. quelque probabilité ? Il est vrai que le chapeau semble avoir des aîles : mais les Artistes Etrusques accoûtumés à en donner à plusieurs de leurs Divinités, ont peut-être fait graver avec cet ornement un de leurs citoyens qui s'étoit diftingué par sa légéreté. J'ajoûte que M. Baudelot en expliquant un bas-relief antique , où se trouvoit un sujet Mém. de l'Acad.

des Belles-Lettres, à-peu-près semblable, a cru de même qu'il représentoit un

tom. 1. hift. p.193. athléte.

Le dessein de ce morceau est d'un très-bon goût. Il y a même des finesses dans le trait. Ce qui me fait croire qu'il ne remonte pas à la plus haute antiquité; & que

les Etrufques avoient vû d'excellens ouvrages Grecs en ce genre, lorsque celui-ci a été fait dans leur pays.

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