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COPIE de la Lettre écrite au nom de L'UNIVERSITÉ, par M. le Recteur, à M. RIGOLEY DE JUVIGNY, au fujet de fon Ouvrage intitulé: DE LA DÉCADENCE DES LETTRES et des MEURS, &c.

MONSIEUR,

C'EST avec les fentimens de la plus vive reconnoiffance que l'UNIVERSITÉ a reçu l'excellent Ouvrage que vous avez bien voulu lui offrir. Il eft bien glorieux pour elle, de voir un de fes anciens Elèves défendre avec autant de goût & d'éloquence, les vrais principes de la Morale & de la Littérature, & devenir lui-même un modèle précieux, en combattant pour les grands modèles de l'Antiquité. Votre Livre, Monsieur, eft la meilleure réponse que l'UNIVERSITÉ puiffe faire aux Détrac

teurs de fes études. Il nous venge des clameurs de l'ignorance & du charlatanisme; & il eft fait pour ramener au goût du vrai & à la faine raifon, tous ceux qu'auroient pu égarer les fauffes lueurs d'une vaine philofophie. Puiffiez-vous, Monfieur, être vousmême le témoin de cette heureuse révolution, & jouir long-temps du fruit de vos travaux & de toute votre gloire!

J'ai l'honneur d'être avec toute la confidération qu'infpirent vos vertus & vos talens,

MONSIEUR,

Votre très-humble &
très - obéiffant ferviteur,
DUMOUCHET,
Recteur de l'UNIVERSITÉ.

A Paris ce 19 Janvier 1787.

DE LA

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DE LA DÉCADENCE

DES

LETTRES

ET DES MŒURS,

DEPUIS LES GRECS ET LES ROMAINS JUSQU'A NOS JOURS.

MALGRÉ le titre fuperbe de SIECLE DE LUMIÈRES, dont notre Siécle fe décore, nous n'avons jamais été plus fondés à nous plaindre non-feulement de la décadence des Lettres & du Goût, mais même de la corruption des Mours. A quoi devons-nous en attribuer la cause, fi ce n'eft au vice de notre Éducation, à la foibleffe de nos Études, à l'oubli des modèles de l'Antiquité fa

A

vante, aux écarts enfin dans lesquels le Bel-Esprit & une Philofophie infenfée & trompeufe ont entraîné la génération préfente? En vain voudroit-on foutenir le contraire; comparez les productions de notre temps à ces Modèles antiques & fublimes, vous reconnoîtrez aisément que tous ces vices ont infecté notre Littérature. Rappelons donc, s'il en eft temps encore, le fouvenir des vrais principes. Ils ont guidé le nombre d'Écrivains illuftres, Grecs & Romains, dont les Ouvrages confacrés d'âge en âge par le goût, font devenus la fource féconde où tous les grands Hommes des Siècles fuivans ont puisé l'Immortalité.

Cependant infenfible aux Beautés ou pour mieux dire, incapable de juger du prix des Chefs-d'œuvre d'Athènes & de Rome, l'ignorance, dès le Siècle dernier, au moment même où plufieurs grands Écrivains égaloient les Anciens, en les imitant, n'inspira-t-elle pas à nos Beaux-Efprits l'orgueil de croire que les

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Modernes furpaffoient de beaucoup les Anciens? Aujourd'hui plus vains & plus ignorans encore, n'avancent ils pas har diment que notre Jeuneffe, au fortir de fes études, réunit plus de connoiffances réelles, que les plus grands Génies, les plus grands Philofophes de l'antiquité n'ont pu en acquérir par les plus longs travaux? Mais fans nous arrêter à cette ridicule & fauffe affertion, examinons en remontant jufqu'à la plus haute antiquité, & redefcendant jufqu'à nos jours, les caufes des révolutions que le Goût & les Lettres ont éprouvées, & nous verrons que fi elles ont été les mêmes dans tous les temps, les effets en font aujourd'hui bien plus funeftes & plus multipliés.

Nous n'avons point de monumens qui puiffent nous faire connoître quel fut dans la Grèce, avant Homère, l'état des Sciences & des Lettres, & par quelle fucceffion de circonftances heureufes elles étoient parvenues de fon temps,

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