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AN. 1529

CXIII.

. On reçoit nouvelle en Angle

cution du procès.

Ad. public. pag. 346.

me sage , & un homme d'honneur devoit faire , il falloit qu'il se tûr, & qu'il ménageât un peu plus ses amis.

Le duc de Suffolk se retira sans rien repliquer. Le roi

ne fut pas long tems à connoître quel avoit été le but terre de l'évo de ces délais affectez, car il apprit bien-tôt que le pa

pe avoit évoqué la cause à Rome, où il écoit cité Angl. tom. 14. avec la reine, Sur cette nouvelle , Henri chargea

Gardiner de dire au cardinal Wolsey qu'il ne vouloit pas qu'on lui signifiàe l'évocation, ni rien qui pût porter quelque préjudice à son autorité souveraine, de peur que les peuples ne crussent qu'il reconnoissoit au-dessus de lui quelque puissance étrangere. Comme la bulle, par laquelle le roi & la reine étoient sommez de comparoître à Rome dans quarante jours,renfermoit encore quelques censures en cas de désobéissance, le pape craignant que cette condui. te n'irritât le prince , lui adresa un bref datté du neuviéme d'Août, où il déclaroit qu'il ne prétendoit point user de menace, ni employer contre lui des cenlures qu’on avoit insérées dans la bulle contre fon intention; mais quant à la citation, il se contenta de prolonger le delai jusqu'à Noël. Le roi de fon côté après avoir engagé les légats à déclarer sur le bref du pape que leur commission étoit expirée , & qu'ils n'avoient plus de pouvoir , se retira à Grafton avec Anne de Boulen, & donna ordre à la reine de se retirer. Ce fut là où les deux légats l’allerent trouver , & ils en furent très bien reçus , contre l'attente de tout le monde, chacun croyant que Wolsey alloit être disgracié. Henri s'entretint long-tems avec lui, avec la mê. me affabilité dont il uloit auparavant ; il lui ordonna

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CXIV.

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la reforw. io m 2. in 4. pag.

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même de revenir Campege à dîner , avec quelques au- An. 1529.
tres seigneurs; mais le roi mangea feul avec sa mai-
treffe.
Anne de Boulen seule avec Henri VIII. n'oublia

Disgrace du
rien pour aigrir l'esprit du prince contre Wolsey , cardinal Wol-
qu'elle ne regardoit plus que comme un ennemi Bumer bist. de
qui méritoit toute fa vengeance ; elle empoisonna
toutes ses actions, & dit au roi avec une espéce d'em- 124
portement, que si les ducs de Suffolk ou de Nor.
folk, ou le vicomte de Rochefort son pere en avoient
fait autant que Wolley., il y a long.tems qu'ils n'au-
roient plus la tête sur les épaules. Henri dissimula
l'impression que ce discours venoit de faire sur son
esprit, il vit encore le cardinal, s'entretint avec lui
jusqu'à la nuit, lui témoigna en le quittant qu'il vou.
loit encore lui parler le lendemain. Mais toute cet.
te conduite n'étoit que feinte ; .car Wolsey , exact
aux ordres du prince, s'étant présenté pour entrer, on
lui

annonça que la majesté ne vouloit pas le voir, & qu'il pouvoit s'en retourner avec Campege. Il n'en fallut pas davantage pour éloigner de lui tous ceux qui lui avoient paru atrachez auparavant : les courti. sans parurent les plus animez contre lui, & ses créa. tures mêmes vouloient qu'il fût coupable, parce qu'il étoit malheureux.

Le roi ne traita pas ainfi Campege : après lui cxv. avoir donné son audience de congé, il le combla Campege part de présens, & le cardinal partit de Londres au commencement d'Octobre pour s'en retourner à Rome.courner à RoMais dans le tems qu'il étoit prêt à s'embarquer, il Le Grand biff. vit entrer dans la chambre une troupe d'archers , qui 1.pag. 150.000 lui demanderent les trésors de Wolsey. Campege's7

de Londres

pour s'en re.

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intimidé craignant qu'on ne voulût l'assassiner , fc
jetta' dans sa frayeur aux pieds de son aumônier , &
lui demanda l’ablolution, pendant que les officiers de
la douanne foüilloient tout fon bagage, sous prétex-
te de chercher s'il n'y avoit rien de contrebande. On
a crû que le roi avoit donné ces ordres, dans l'espé-
rance de trouver dans les papiers de Campege, la
bulle décrecale qu'il avoit vûë entre ses mains, ne
fçachant pas qu'elle eût été brûlée. Le cardinal reve-
nu de la premiere frayeur fic grand bruit de cette
insulte, & écrivit au roi pour lui en demander répa-
ration, comme d'un affront fait à un legat du saint
fiége. Henri lui répondit séchement, que les officiers
de la douanne avoient fait leur devoir, en exécutant
des ordres établis depuis long - tems à l'égard des
gens qui sortoient du royaume : qu'il s'éronnoit qu'il
fîc valoir sa qualité de légat, après avoir été révo.
quée, & encore plus de ce qu'étant évêque de Salisbu-
ri, il fût si ignorant des loix du royaume, qu'il olac
prendre cette qualité sans sa permision. Campege
comprenant par cette réponse , que le roi n'avoit pas
intention de le satisfaire , se trouva trop heureux
qu'on voulût bien le laisser partir, & aborda en France,
où le cardinal du Prat le reçut avec beaucoup de ma-
gnificence.

Wolsey moins heureux, se vie exposé à bien des a faire Nempre disgraces. Dès le neuviéme d'Octobre le procureur cès au cardinal du roi l'avoit accusé juridiquement d'avoir violé le Mit. publ. an- statut Premunire. Ce statut fait en l'an 16. du regne s'ic. tom. 14. de Richard 11. défendoit à toutes sortes de personnes,

de tirer aucunes bulles , ni provisions de Rome , lur
peine de perdre leurs bénéfices s'ils en avoienr , &

d'être

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CXVI.

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d'être mis hors de la protection du roi. Le dix-leptiéme An. 1529.
du même mois, le roi chargea les ducs de Norfolk &
de Suffolk, qui étoient alors chefs du conseil, de lui
aller redemander le grand sceau , quoiqu'il lui eût été
donné pour toute sa vie. Wolsey ne voulut pas le leur
rendre sans un ordre exprès du roi, mais cet ordre
ayant été obtenu aussi-tôt, il fut contraint d'obéir à
une seconde juffion. On voulut remettre le sceau à
Varham, archevêque de Cancorbery, qui l'avoit déjà
eu, mais il le refula sans doute à cause de son grand
âge; ensorte qu'il fut remis par le roi entre les mains
de Thomas Morus, homme généralement estimé, tant
pour fa doctrine , que pour la parfaite intégrité. Wol-
sey n'eut pas plutôt rendu le sceau, que le procureùr
général presenta encore d'autres chefs d'accusation
contre lui, & le vingt-deuxiéme d'Octobre, il reçut
ordre de sortir de son palais d’York, & de se retirer à
une maison de campagne qui lui appartenoit comme
évêque de Winchester.

On s'empara aussi-tôt de ce palais , & des beaux
ameublemens dont il étoit ocné, on fit faire un in-
ventaire de tous ses biens, qui comprenoir des richel-
ses immenses. Mais comme le roi n'avoit pas encore
intencion de le dépoüiller entierement, il lui fit re-
mettre de l'argenterie & des meubles pour huit à
neuf mille pistoles, & lui laissa l'archevêché d'York
& l'évêché de Winchester. Il lui permit aussi de choi.
sir des procurcurs pour agir en son nom & défendre
sa cause. Wolsey profitant de cette permission, & de
la promesse que le roi lui avoit faite que la personne
seroit en sureté, choisit des procureurs & les fit agir.
s'étant donc présentez, ils protesterent en son nom
Tome XXVII.

Q

AN. 1529.

&

CXVII.

qu'il avoit ignoré que l'impétration des bulles, dont 'il étoit accusé, fûc contraire aux loix du royaume & préjudiciable à l'état. Quant aux faits qu'on metroit en avant contre lui, ils dirent qu'il les avoüoit, qu'il se remettoit entierement à la clémence du roi, en déclarant toutefois qu'il n'avoit rien fait que de son confentement, qu'il avoit obtenu des lettres patentes de sa majesté, & qu'il pourroit les montrer , fi ses ennemis ne les avoient enlevées avec tous ses papiers ; mais qu'il ne vouloit point chicaner avec son maître. On ne laissa pas de prononcer l'arrêt; Wolsey fur déclaré déchu de la protection du roi, tous ses biens furent confisquez, & Henri abandonna sa personne à lon parlement.

Ce parlement s'assembla à Londres le troisiéme Singles over de Novembre, & fut transféré dans le même tems à pailement. Westminster. Aussi - tôt les ennemis du cardinal mi. bers, vie to rent tout en usage pour achever de le perdre. La cham

vism. bre haute fit dreifer quarante-quatre articles d'accusa. Burnet bif. de tion contre lui, & l'on remarque que dans tous ces 1. par. 167.a chefs, on ne l'accuse point d'avoir violé le statut Pradu div. tom. 1. munire , & d'avoir exercé la fonction de légal à Latere ,

fans une permisfion expresse du roi , parce que personne ne pouvoir ignorer que ce prince n'y eût confenti. Le cardinal fut principalement-accufé par

la chambre haute d'avoir abafé du pouvoir de légar contre le ferment qu'il avoit prêté, lorsqu'il avoit été admis à exercer sa légation ; d'avoir usé tyranniquement de l'aytorité que fa charge de grand chancelier lui donnoit ; de s'être en plusieurs occasions rendu égal au roi; d'avoir donné différens ordres importans sans lui en avoir rien communiqué; d'avoir

d'Henri VII.

pag. 126.

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