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XIV.
Henri VIII. con.

coup par son crédit, & étant devenu pape sous le
nom de Clement VII. il rétablit Pucci dans son an- An. 1531.
cienne autorité : ce cardinal mourut âgé de soixante
& treize ans.

Depuis que le roi Henri VIII. avoit pris la réso-
lution de faire juger l'affaire de son divorce par son voque son parie-
parlement & le clergé de son royaume, le premier du divorce.
avoit été plusieurs fois convoqué, & la convoca- Milord Herber dans
tion prorogée sans oser prendre de parti. Enfin il la vie Phißoire
se raisembla le seiziéme de Janvier de cette année, Bumnes hist. de la
avec dessein de statuer quelque chose sur cette affaire. 2.p. 160.
L'ouverture s'en fit par un discours du chancelier ,
dans lequel il exposa le desir que le roi avoit de faire
dissoudre son mariage, uniquement pour la tran-
quillité de la conscience, & pour le bien de son écat,
ne voulant pas laisser la succession de son royaume
en danger d'être disputée. Le roi pour avancer l'affai-
re, présenta à la chambre haute tout ce qu'on avoit
écrit sur cette matiere , & n'oublia pas les décifions
des universitez de France, d'Italie, d'Angleterre, &
le tout fut laissé sur le bureau pour être examiné :
il n'y eut rien de décidé fur cela dans cette premiere
séance, parce que l'on s'y occupa davantage des
moyens de faire de la peine au clergé, en l'envelop-
pant dans le procès commencé contre le cardinal
Wolsey , que

le procureur général avoit accusé
d'avoir exercé en Angleterre le pouvoir de légar du
pape sans une permisfion spéciale du roi, & d'avoir
en cette qualité dispose de plusieurs bénéfices, contre
la loi pramunire facies.
Cette loi ainsi nommée , parce qu'elle commen-

Explication du oie par ces mots, avoit été faite sous le regne de ftatut pramu xiro.

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XV.

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Richard II. qui avoit succedé à son ayeul Edouard An. 1531. III. en 1377. Elle défendoit aux Anglois d'obtenir

en cour de Rome des sentences d'excommunication, des bulles', ou d'autres expéditions contraires aux droits du royaume,sur peine de confiscation de biens & de prison. On prétend qu'Edouard III. & Richard II. son petit-fils avoient établi cette loi, pour empêcher l'abus que les papes faisoient de leur pouvoir, en disposant presque toûjours des évêchez en faveur des cardinaux , qui ne rélidoient jamais, & tiroient de très-grandes sommes d’Angleterre. Plusieurs papes avoient tenté inutilement de la faire révoquer ; elle fut plusieurs fois confirmée , mais néanmoins elle n'avoit point eu d'execution jusqu'au tems du divorce. Les papes avoient toûjours continué d'envoyer en Angleterre des légats, d'y exercer les mêmes pouvoirs, & de donner des bulles, des sentences & d'autres expéditions, comme auparavant.

Le cardinal Wolsey 'ayant été accusé d'avoir contrevenu à cette loi pramunire, on fit tomber également cette accusation sur ceux qui avoient eu recours à lui, ou qui avoient reconnu son autorité, Par là tous les membres du clergé se trouverent cou. pables & criminels. En vain l'on représenta que Wolsey ayant une si grande autorité, il y auroit eu trop de danger à ne lui pas obéir, & avoit obtenu des lettres patentes du roi pour exercer sa commission ; on ne reçut point cette excuse, ces lettres ne paroissoient plus, & il n'y avoit point d'autre parti à prendre que de se soumettre. Le roi se proposoit en cela deux fins , la premiere de tirer beaucoup d'argent de son clergé ; la seconde de l'humi

XVI. Le clergé d'Angleterre accusé d'avoir violé ce ftatut,

que d'ailleurs il

lier & de diminuer par là le crédit qu'il avoit parmi le peuple. Ce prince n'ignoroit pas que les eccléfiafti- A N. 1531. ques étoient les plus opposez à son divorce ; il vouloit les mettre hors d'état de lui nuire, en les opprimant & les obligeant d'avoir recours à la protection, & par ce moyen montrer moins d'ardeur pour la cour de Rome;ce qui lui réuslit comme il avoit esperé.

Le clergé voyant qu'on ne recevoit point ses excuses , quelque légitimes qu'elles parussent , qu'on le torberi s'allemile condamnoit comme coupable , qu'il étoit déchu de mille lideg la protection du roi, & que les laïcs, loin de le soûtenir , l'abandonnoient & devenoient ses ennemis, il crur qu'il lui étoit plus avantageux de se soûmettre que de résister. Le clergé de la province de Cantorberi s'assembla pour déliberer sur ce qui étoit à faire. dans cette occalion. L'assemblée fut affez nombreuse. On y vit neuf évêques, cinquante-deux abbez & la plus grande partie des dépurez qui composoient la chambre-balle. La nécessité pressante où ils se trouverent, fit qu'ils ne balancerent pas long tems à conclure qu'ils devoient offrir quelque fomme considé- ni Grandi tetda rable au roi, pour ce qu'il pouvoit prétendre des ec- ta. publ. Ang'. clésiastiques , à cause des infractions qu'on les accufoit d'avoir faites aux ordonnances , & l'on convint d'offrir cent mille livres sterling. On chargea plusieurs membres de l'assemblée d'en dresser un acte en forme de lettres parentes , par lequel on accordoit cette somme au roi: mais comme ceux qui le dresserent étoient d'intelligence avec la cour, ils y donnerent au roi un titre qui fut le sujet de bien des contestations : ce ti. tre écoit celui de chef souverain de l'église @ des eccléfiaftiques d'Angleterre.

XVII. Le clergé de Can

Mylord Herber ut fupra

Burnet p. 18.

tom. 14. 8.413:

royaume,

que

Une prérogative si nouvelle & fi inusitée révolta An. 1531. le plus grand nombre des députez, qui précendirent

On accorde a qu’on avoit voulu les surprendre en insérant ces paHenri le titre de roles dans le corps d'un acte , où il ne s'agissoit que églises de son de donner de l'argent au roi,& la plûpart concluoient

à les effacer. D'autres prétendoient qu'on ne pouvoit effacer ces mots par une déliberation en forme, sans offenser sa majesté : ce qui causa de si grandes contestations, que l'assemblée se sépara , en remettanc la décision au lendemain. Ce jour-là Thomas Cromwel accompagné de quelques seigneurs du conseil, s'étant rendu à l'assemblée, y fit entendre que le titre qu'on donnoit au roi lui étoit très-agréable , & sans cela il refuseroit absolument leurs offres. Ce qui mit tous ceux qui composoient cette assemblée dans un si grand embarras , qu'aucun ne pur répondre un seul mot. Warham archevêque de Cantorbery ayant déclaré qu'un silence universel seroit pris pour un consentement, les députez crierent, nous nous taisons tous, & après cette déclaration l'acte passa comme il avoit été dressé. Quelques-uns seulement proposerent qu'on y ajoûtât cette restriction,

la loi de Dieu le peut permettre , mais on n'admit pas leur restriction. L'acte fut donc présenté au roi, tel qu'il avoit été dressé le vingt-deuxiéme de Mars, & Henri témoigna en être autant satisfait que du présent qui l'accompagnoit.

Le clergé d'Yorc s'étant aussi assemblé dans le donne au roid An- même tems , résolut de même de donner au roi la

somme de dix-huit mille hụit cens quarante livres sterling ; mais comme dans l'acte qui fut dressé de cettę donațion , on n'avoit point parlé de la qualité

de

autant que

XIX.
Le clergé d'Yorck

glcterre le même titre,

XX.
Les communca

de chef suprême de l'église Anglicane, on lui fit
entendre que

son présent ne seroit point accepté , AN. 15313
s'il ne donnoit au roi le même titre que le clergé de
Cancorberi. Il y eut quelques contestations là-dessus,
qui se terminerent enfin à accorder le même titre
dans l'acte. C'est de cette maniere que Henri extor-
qua du clergé d'Angleterre, la qualité de chef suprê-
me de l'église de son royaume, pour

lui accorder un pardon aussi imaginaire , que la faute pour laquelle on l'accordoit. Comme plusieurs députez de la chambre des communes se trouvoient enveloppez dans la même prétenduë faute que le clergé, & qu'ils pourroient être poursuivis , ils refuserent de passer l'acte, à moins

que les laïques qui pouvoient être coupables veulent qu'on de même, ne fuflent compris dans le pardon , & laiques dans la en firent porter leurs plaintes au roi. Henri cho- pardon, qué de cette opposition, fit réponse , qu'étant maltre de ses graces, il pouvoit les accorder ou les refuser, selon qu'il le jugeoit à propos. Cette fermeté fit peur à la chambre , qui pour ne pas s'attirer la colere du roi , palla l'acte , remettant à sa clemence ce qui regardoit les laïques , & le roi content de cette soumission leur accorda une amnistie semblable à celle du clergé.

Quand le pape eut appris ce qu'on venoit de faire en Angleterre , il le trouva fort embarrassé. Il voyoit Henri continuer à prendre des mesures qui , selon les apparences', devoient 'avoir de fåcheuses suites , & il avoit' raison de craindre que ce prince n'allât plus loin , & ne fit juger son affaire en Angleterre , en se séparant de l'église Romaine. Effrayede Bref du pape fur ce parti, il fit expédier un bref par lequel il défen- csa

Tome XXVII.

: !

XXI.

l'affaire du diyor,

Рp

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