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riage & le prier de se désister de fon affaire auprès
du pape & de n'en plus parler. Cette propofition fur-
prit fort François I. qui dit nettement à Rochefort,
qu'ayant demandé à sa sainteté une entrevûë du con-
fentement de Henri, ayant même déja envoyé vers le
pape les cardinaux de Tournon & de Grammont,
pour convenir du tems & du lieu, il ne vouloit pas
fournir à Clement VII. un prétexte de ne point ac-
complir fes promeffes, & de fe lier plus étroitement
avec l'empereur. Qu'ainfi il ne pouvoit accorder au
roi d'Angleterre ce qu'il demandoit, ni présenter de
fa
part à
à fa fainteté aucun mémoire conforme à fes
demandes; au contraire ce prince avoit fait dreffer
un autre mémoire qu'il fit lire à Rochefort, en le
priant de le porter à son maître ; mais l'ambassadeur
le refufa, difant qu'il n'en avoit point d'ordre; ainfi
l'affaire en demeura là, parce qu'Henri étoit réfolu à
faire juger le divorce dans fon royaume, fans fe met-
tre davantage en peine de ce que le pape pourroit
faire contre lui, & pour cela il avoit befoin d'un
homme qui fût foumis à ses volontez.

E

Il le trouva dans le docteur Thomas Cranmer, qu'il nomma archevêque de Cantorbery, en la place de Warham, dont on a rapporté la mort. Cranmer étoit né à Nottingam le deuxième de Juillet 1489. mais on ne fçait de quelle famille : les Proteftans le font noble,& difent que fes ancêtres avoient paffé de Normandie en Angleterre à la fuite de Guillaume le conquérant; mais les auteurs catholiques n'en conviennent pas ; tout ce qu'il y a d'affuré là-dessus eft, que dès fon jeune âge il fit quelques progrès dans les lettres; qu'il embraffa l'état eccléfiaftique, qu'il

AN. 1533.

XCII. Hiftoire de Thomas Cranmer.

ref. l. 2. p. 189.

Burnet hift. de la
Sander. de fchifm.
Angl. l. 1. p. 77,

fut profeffeur dans l'univerfité de Cambridge, dont AN. 1533. on le chaffa pour s'être marié, qu'il vint à Londres dans le tems qu'Henri VIII. étoit amoureux d'Anne de Boulen; qu'il entra au service du comte de Wilskirk pere de cette maîtreffe du roi, en qualité de chapelain ; qu'il fut un des premiers qui écrivit pour foutenir la nullité du mariage avec Čatherine ; qu'il s'étoit laiffé féduire par les livres de Luther, & que que fans ofer fe déclarer en faveur de fa doctrine, il entretenoit de grandes liaisons avec les Luthériens d'Allemagne. Ce fut lui qui, comme on a dit ailleurs, confeilla à Henri de faire rouler la queftion de la validité de fon mariage fur la défense faite dans le Lévitique, & de confulter là-deffus les univerfitez. Il fut employé en Angleterre, en France & en Allemagne pour tirer des univerfitez & des théologiens des avis favorables au roi ; & Henri l'envoya à Rome pour folliciter la diffolution de fon mariage.

Pour fes bonnes & mauvaises qualitez, les auteurs en conviennent encore moins que de fa nobleffe. A entendre parler les Proteftans, Cranmer étoit comparable aux premiers peres de l'églife; c'étoit un homme judicieux, éclairé, qui ne manquoit ni de vigueur, ni de courage: ils difent qu'il étoit en Allemagne, lorfque Henri le nomma archevêque, & que quand il fçut à quoi on le deftinoit, il fit tous fes efforts pour porter le roi à changer de sentiment, qu'il laiffa même paffer plus de fix mois avant que d'accepter cette dignité, efperant que l'affection du roi pour lui se rallentiroit, & que d'autres eccléfiaftiques briguant la place vacante, quelqu'un d'eux l'emporteroit. A écouter les auteurs catholiques ja

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verra par

mais homme n'eut moins de religion que Cranmer,
& il eut une fin telle qu'il la méritoit : dans le voya-
ge qu'il fit en Allemagne pour avoir les avis des uni-
verfitez, il abufa d'une parente d'Ofiander, qu'il
épousa ensuite. Bien loin d'être ferme & fincere, on
les actions que jamais homme ne fut plus
lâche & plus diffimulé, & que fon veritable caractere
étoit d'avoir l'ame baffe & de s'accommoder à tout.
Le cardinal Polus dans la lettre qu'il lui écrivit, lui
reprocha qu'il étoit entré dans le bercail de Jefus
Christ par la fenêtre pour contenter une paffion hon-
teuse, & qu'il s'étoit gliffé par des chemins couverts
comme un voleur & un larron.

AN. 1532

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Pitsaus de feript. Grand bist. du divorce to. 1. pag.

Le

253.& fuiv.

XCIII. Cranmer deman

pape qui les ac

reform. liv. 2.

P.

Le pape qui étoit aufli informé des mauvaises qualitez de Cranmer, n'étoit pas content de fa nomi- de des bulles au nation; il voyoit bien que c'étoit un appui pour corde. l'héréfie & un ennemi de la cour de Rome qu'on in- Burnet biff. de la troduifoit en Angleterre, & à qui l'on s'efforçoit de 189. donner une autorité qui feroit un jour très- préjudiciable à la vraie religion. Cranmer lui-même ne se déguifoit pas, & quoiqu'il n'ignorât point que l'ufage étoit de demander des bulles au pape, il ne vouloit point en faire la démarche, ni qu'on la fit pour lui, & il refufoit encore plus de prêter ferment d'obéiffance à Clement, prétendant qu'il ne lui étoit point dû. Mais le roi qui ne vouloit pas encore de rupture bien ouverte, l'engagea à fe prêter à ce qu'on lui demandoit, & lui-même écrivit à Rome pour avoir les bulles qui étoient néceffaires. Le pape les accorda fans exiger les annates & les envoya en Angleterre ; elles font datées du vingt-deuxième de Février, & elles furent les dernieres bulles qui parurent Z z iij

7

dans ce royaume. Elles permettoient à Cranmer de AN. 1533. fe mettre en poffeffion de l'archevêché de Cantorbery fur la nomination du roi, le déclaroient archevêque, l'abfolvoient de toutes cenfures, & exigeoient de lui le ferment felon le pontifical. Le pape lui envoya auffi le Pallium, avec ordre à l'archevêque d'York & à l'évêque de Londres de l'en re

vêtir.

Le facre fe fit le quinziéme de Mars par les évêques de Lincoln, d'Excester & de faint Afaph. Mais ce ne fut qu'avec ce tempérament par lequel il crut pouvoir contenter le pape & le roi tout ensemble. Comme il ne pouvoit être facré fans faire le ferment porté par les canons de ne se séparer jamais de la communion de l'église Romaine, & que d'ailleurs il sçavoit que Henri renonceroit plûtôt à la religion de fes peres qu'au mariage d'Anne de Boulen, le parti qu'il prit fut de protefter avant fon facre contre le ferment qu'il alloit faire, & de prendre acte de sa proteftation. Il déclara donc devant des notaires Proteftations de & des témoins: »Qué par force & contre fa volonté

XCIV.

"

il alloit promettre obéiffance au faint fiége, mais que ce n'étoit que pour fatisfaire à la coûtume, & que fon intention n'étoit pas de faire un ferment qui préjudiciât à l'obéiffance qu'il devoit à fon » fouverain.

>>

Cranmer touchant le ferment qu'il devoit faire

au pape.

در

در

دو

XCV.

La premiere chofe que fit Cranmer après la cé

du

fur le divorce.

Burnet hift. de la

gé d'Angleterre rémonie de fon facre, fut d'aller prendre fa place dans la chambre haute de l'affemblée du clergé, où l'on reform. 1. 2. p. 191-examinoit ces deux questions tant de fois agitées. rem. 14. p. 471. I. Si la difpenfe du pape Jules II. pour le mariage du roi avec Catherine étoit fuffifante, & pouvoit le

Act. publ. Angl.

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rendre valide. La II. fi la consommation du premier
mariage de Catherine avec Arthus, étoit fuffifam-
ment prouvée. La premiere de ces questions fut d'a-
bord agitée dans la chambre baffe compofée des dé-
putez des eccléfiaftiques du dernier rang qui n'é-
toient que vingt-trois; & quatorze foûtinrent que
de semblables mariages étoient défendus par le droit
divin. Mais dans la chambre haute beaucoup plus
nombreuse, après de longues conteftations entre
Stockefty évêque de Londres, & Fischer évêque de
Rochester, deux cens dix-fept voix condamnerent
le mariage dont il s'agiffoit, fur le principe que la
difpenfe de Jules II. étoit contraire au droit divin,
& n'avoit pas dû être accordée. Pour ce qui eft de
la feconde queftion, il n'y eut que cinq ou fix per-
fonnes qui ne convinrent pas qu'on eût fuffifam-
ment prouvé qu'Arthus avoit confommé fon ma-
riage, & on en renvoya la décision aux Canoniftes
qui donnerent une fentence pour l'affirmative, qui
fut enfuite confirmée par la chambre haute du cler-
gé. Il y eut fur cela une déclaration du cinquième
d'Avril, qui portoit que le pape n'avoit pas eû le
droit de difpenfer contre la loi de Dieu, & que la
confommation du premier mariage étoit prouvée
autant qu'une chofe de cette nature pouvoit l'être, &
le treiziéme de May suivant l'affemblée du clergé
d'Yorck donna une pareille décifion.
Pendant le clergé étoit occupé à déliberer
que
für cette matiere, Henri écrivit à François I. qu'il
le prioit de lui envoyer un homme de confiance
à qui il pût découvrir certaines chofes qu'il ne ne vou-
loit pas rendre publiques. Sur cette lettre le roi de

AN. 1533.

XCVI. Guillaume du Bel

lay

envoyé à Lon

dres par François I.

Mem. du Bellay

liv. 4. p. 150. ←

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