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AN, 1922

maison si ancienne, qui avoit si bien mérité de leur
yille, & qu'ils avoient cependant si indignement mala
traitée & outragée : que s'ils ne se soumettoient , il n'a-
bandonneroit jamais les juftes prétentions de la sainte-
té & de la maison, & qu'il étoit résolu de leur faire faire
par force, ce qu'ils ne voudroient pas faire de bon
cæur; mais les Florentins refulerent ces offres.

Pendant ce tems-là le pape envoya le cardinal de LxxvII.
Medicis à Genes, pour sçavoir de l'empereur , quand il vous page cena
défiroit qu'on fit la cérémonie de son couronnement. Le cardinal de
Ce prince répondit ; que si cela étoit agréable à sa fain- neveu.
teté , il fouhaitoit que ce fût le vingt-quatrieme de Fé,
yrier, parce que c'étoit le jour auquel il étoit né. Le
pape accepta volontiers ce jour, & se hâta de faire pré-
parer tout ce qui étoit nécessaire pour son voyage de
Boulogne, où cette cérémonie devoit se faire. L'em-
pereur Charles voulane répondre à la conduite hon-
nête du pape à son égard, lui envoģa dom Diego de
Cordoüe , marquis de Los-Fanos pour le visiter : ce
feigneur évoir accompagné de vingt-quatre jeunes
gentilshommes, qui avoient suivi l'empereur pour
yoir l'Italie, & affifter à la soleinnité du couronnement.
Dom Diego fut très bien reçu du pape , & s'en' retour-
na peu de tems après à Genes; il y trouva le duc de Fer-
rare , qui étoit aussi venu faluer l'empereur , done il fuc
reçu avec beaucoup de bonté, quoique la majesté im-
périale n'eût pas sujer d'être contente de ses services,
ni de la conduite ; mais il n'étoit pas tems, ou du moins
il n'eût pas écé convenable alors de faire paroître son
ressentiment.

Charles V. avant que de se rendre à Boulogne, de- , LXXVIII. meura quelque tems á Plaisance , à Parme & à Mode-rive a Plaitan

ز

AN. 1529.

Charles V. p. 176.

LXXIX. Députez des.

pereur. coroment, lib. 202.

ne; étant à Plaisance, trois envoyez du pape vinrent le D. Anton. de trouver pour lui demander qu'il jurât de ne violer javera hift. de mais la liberté de l'église. Charles répondit, qu'il pro

mettoit de ne faire aucun tort aux droits de l'église; mais il ne laissa pas de faire connoître le droit qu'il avoit sur les villes de Parme & de Plaisance.

Dans le même tems arriverent les dépurez des prinprin es procés ces Protestans de la diére de Spire ; l'empereur leur sans vers l'em. accorda audience le douziéme de Septembre, dans Sucidan, laquelle ils l'assurerent , que leurs maîtres ne refufoient de se soumettre au decret de cette diéte,

que pour empêcher les troubles qui en naîtroient infáilliblement: ils prierent sa majesté, de ne point pren: dre leur opposition en mauvaise part, & lui proresterent, qu'ils ne vouloient rien faire qui pât lui déplaire ; mais que rien ne paroissoit plus juste que d'ac. corder à toutes sortes de personnes, dans tout l'empire , la liberté d'embraller les opinions de Luther, jusqu'à la tenuë d'un concile libre en Allemagne, qu'on faisoit espérer , & qu'à ces conditions leur maîtres ne manqueroient

pas

de répondre à tous ses désirs, soit touchant la guerre contre les Turcs , soit à l'égard des autres charges de l'empire. Ces députez étoient, Jean Ehinger, Alexis Fraventrale, & Michel Cadene de Nuremberg

L'empereur leur ayant fait dire par son interpréte, qu'il avoit entendu leurs demandes, & qu'il agréoit les services qu'ils lui offroient au nom de leurs maîtres, ajouta qu'il ne pouvoir répondre précisément à leurs demandes, qu'après en avoir communiqué avec son conseil , & les remit au treiziéme d'Octobre. Ce fut donc ce jour-là qu'il leur donna sa réponse par écrit.

و

An. 1529,

ment

Il y déclaroit qu'avant leur arrivée , il étoit informé de tout ce qui s'étoit passé dans la diéte de Spire, Lxxx. & du decret de Ferdinand son frere; qu'il ne falloit, Réponse de: nullement douter, que la discorde qui divisoit les prin-ces députez. ces ne le touchât sensiblement , eu égard aux maux ut fuprà, dont on étoit menacé ; mais que, comme il étoit de son devoir d'arrêter tous ces maux ou de les corriger s'ils arrivoient , il avoit pour cela long-tems délibéré sur cette affaire avec son conseil , & qu'il avoit connu que le decret avoit été fait très – sage

, pour appaiser les troubles de l'empire , & pour réprimer cette scandaleuse licence qu'on prenoit d'introduire tous les jours des nouveautez trèsdangereuses dans la religion. Qu'il souhaitoit autant que les princes un concile pour réünir tous les esa prits dans une seule créance : mais que si l'on eût obo servé ses édits , & principalement celui de Wormes, on ne seroit pas maintenant en peine d'en convoquer un. Que ce qui avoit été une fois résolu par le plus grand nombre des membres de la diéte, ne pouvoit être cassé par l'opposition de quelques – uns ; qu'il avoit écrit à l'électeur de Saxe & aux autres, cevoir & d'exécuter le decret de la diéte ; qu'il espéroit qu'ils obéïroient à cet ordre, d'autant plus volontiers, que l’union & la paix étoient très-nécessaires dans un tems où le Turc étoit entré en Allemagne. Qu'après avoir conféré sur ce point avec le pape, & réglé les affaires de l'Italie, il ne manqueroit pas d'aller avec toutes ses forces donner ordre à celles de l'empire.

Les députez ayant reçu cette réponse, voulurent LXXXI. faire une nouvelle protestation, & dresserent en effet proteitent corTome XXVII.

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de re

An. 1529.

Sleidan. ut su

un acte d'appel, qu'ils mirent en présence de témoins,

entre les mains d'Alexandre Schweisse , qui d'abord le tré la réponse de l'empercur. refusa, & le prit ensuite pour le présenter à l'empeprà. p. 204.

reur. Cette démarche choqua tellement ce prince, qu'il leur fit faire défenses de fortir de la maison où ils étoient logez, jusqu'à nouvel ordre, & d'écrire en Allemagne, sur peine de prison & de confiscation de leurs biens. Michel Cadene un des députez , qui étoit absent lorsque cet ordre fut signifié aux autres, en ayant été averti par son valer, écrivit auffi-tôt au sénat de Nuremberg tour ce qui venoir de se passer , prétendant qu'il n'étoit pas compris dans la défense faite à ses collegues.

La détention des dépucez ne fur pas longue; car fempereur étant allé

peu de tems après de Plaisance à Parine, il leur envoya dire le trente-uriéme d'Octobre, presque auffi-tôt après son arrivée, qu'ils pouvoient s'en retourner. Celui qui fue chargé de cet ordre, étoit Nicolas Granvelle secretaire de Gattinara, homme expérimenté dans les négociations. L'ordre exceptoit néanmoins Cadene , auquel l'empereur commanda de demeurer sur peine de la vie, apparemment parce que contre la défense du prince, il avoit écrit en Allemagne. On rapporte cependant une autre cause de fa détention, mais qui ne paroît pas fi plaufible. Le landgrave l'avoit chargé de présenter à l'empereur un petit livre proprement relié, contenant un abrégé de doctrine. Cadene fidéle à la commiffion l'avoit donné ou fait donner à l'empereur, lorfque ce prince alloit à la messe. Charles remit aussitôt ce livre à un évêque Espagnol qui l'accompagnoit, le priantde l'examiner. L'évêque l'ayant fait, fit remar

AN. 1529

quer à l'empereur , que l'auteur de ce petit livre attaquoit vivement les magistrats Chrétiens sur leur jurisdiction, prétendant qu'ils ne pouvoient jamais user du glaive, & qu'un tel pouvoir n'étoit accordé qu'aux infidéles. Si ce fut là la cause de l'ordre donné à Cadene, apparemment que l'empereur vouloit s'éclaircir avec lui sur l'auteur de cet écrit, & les raisons qu'avoit le Landgrave de le lui faire présenter. Quoi qu'il en soir, Cadene ne jugea pas à propos d'obéir à l'ordre de l'empereur, mais étant monté secretement à cheval, il prit la route de Ferrare, d'où il se rendic à Venise pour s'en retourner chez lui.

Le sénat du Nuremberg ayant reçu sa lettre , ne LXXXII. manqua pas de faire sçavoir à l'électeur de Saxe, au Lüthe finds des landgrave de Hesse, & aux autres confédérez, la ré. des Zuinsolution de l'empereur pour faire observer le décret Cochleus in de Spire, & c'est ce qui donna occasion à la fameuse Lutheri me ligue de Smalkalde , pour laquelle ils commencerent à s'assembler sur la fin de Novembre. Mais avant que d'en venir là, le landgrave de Hesse tenta encore de vide fuprà lib. concilier les Lutheriens avec les Zuingliens fur le $6.87.6 89. fait de la céne du Seigneur , & de la présence réelle. On sçait que Luther & Zuingle s'étoient accordez sur tous les chefs de leur doctrine jusqu'en 1525. & que venant à expliquer le mystere de l'eucharistie, ils ne furent pas du même sentiment. Car quoiqu'ils convinssent tous deux que le corps & le sang du Seigneur sont dans le sacrement seulement dans l'usage, c'est-à-dire, lorsque le communiant qui croit , reçoit actuellement l'eucharistie, & non pas auparavant ni après ; néanmoins Lucher enseignoit que ces paroles , ceci est mon Corps, devoient s'entendre à la

L ij

anno pag. 199.

Sleidan. in comment. lib. 6. p. 201.

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