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cile, dans l'appréhenfion qu'on n'y donnât atteinte à
leur autorité, mais qu'il n'en penfoit pas ainfi, parce
que JESUS-CHRIST, de qui il tenoit immédiatement
toute fa puiffance, avoit promis que les portes de l'en-
fer ne prévaudroient point contre l'église : de plus,
ajoutoit-il, l'expérience du paffé montre que l'autorité
pontificale n'avoit jamais été diminuée par aucun con-
cile, qu'au contraire elle avoit toujours été reconnuë
pour abfolue & fans bornes, comme elle l'eft vérita-
blement felon les paroles de JESUS-CHRIST. L'empereur
pouvoit lui répondre que ces paroles de JESUS-CHRIST
s'entendoient de toute l'églife, & non du pape, ni de
la cour de Rome en particulier, & qu'ainfi fes rai-
fons tomboient d'elles-mêmes, étant appuyées fur un
faux principe; mais Charles lui laiffant étaler toutes
fes prétentions, il ajouta encore, que quand les pa-
pes s'étoient abftenus, ou par humilité, ou par quel-
que autre motif, d'exercer leur puiffance toute entie-
re, les peres des conciles les avoient toujours portez
à s'en fervir dans toute fon étendue. Que tous les
conciles tenus par les papes, foit contre les héréti-
ques, foit pour d'autres befoins de l'église, avoient
toujours augmenté cette autorité; &
& que
d'ailleurs
laiffant à part la promeffe de JESUS-CHRIST, qui eft l'u-
nique fondement du pontificat, le concile ne pou-
voit manquer d'être utile au pape, étant compofé
d'évêques, dont le véritable intérêt eft de foutenir la
grandeur papale, qui leur fert d'appui contre les en-
treprises des princes & des peuples. Qu'il étoit de l'in-
térêt des rois, & des autres fouverains habiles dans
le gouvernement, de favorifer toujours l'autorité
apoftolique, n'ayant pas d'autre moyen pour répri-

AN. 1529.

mer les prélats, qui paffent les bornes de leur pouvoir. AN. 1519. Qu'enfin il pouvoit prophétifer que le concile produi roit encore de plus grands défordres en Allemagne, parce que ceux qui le demandoient, fe fervoient de cette demande, comme d'un prétexte pour demeurer dans leurs erreurs, jufqu'au tems de la célébration de ce concile, & qu'auffi-tôt qu'elles feroient condamnées, comme il arriveroit infailliblement, ils fe ferviroient d'autres moyens pour éluder fa décision.

Enfin le pape conclut fes remontrances, en affurant qu'il devoit en être crû, d'autant plus qu'il n'étoit anique du feul défir de voir l'Allemagne réunie à l'églife, & entierement foumise à l'empereur. Ce qui ne réuffiroit pas; s'il ne retournoit promptement pour faire exécuter la bulle de Leon X. & l'édit de Wormes, sans se laisser fléchir par tout ce que les Protef tans lui pourroient dire, foit en demandant un concile, pour éclaircir leurs doutes, foit en alléguant leur proteftation, & leur appel au même concile, ou quelque autre prétexte pour couvrir leur impiété. Qu'au premier refus qu'ils feroient d'obéir, il falloit employer la force, ce qui n'étoit pas difficile, l'empereur ayant tous les princes eccléfiaftiques, & la plupart des féculiers à fa dévotion. Qu'il devoit ce fervice à l'égli. fe Romaine, dont il étoit le protecteur comme empereur & roi des Romains ; & qu'il y étoit encore obligé par le ferment qu'il avoit prêté dans la cérémonie de fon couronnement à Aix-la-Chapelle, & par celui qu'il feroit bien-tôt entre fes mains, en recevant la couronne impériale.

XCVI.

Rien n'étoit plus facile que de détruire les raisons L'empereur du pape, dont le peu de folidité se montroit aux

paroît le ren

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AN. 1529.

Guicciard. in

anno n. so.

yeux les moins éclairez. L'empereur le fentoit fans doute comme les autres; mais il étoit foible, avoit dre aux raifons beaucoup de complaifance pour le pape, & craignoit du pape. trop de le chagriner pour infifter plus vivement fur une b. 19. propofition qui paroiffoit lui déplaire fi fortement. Il Raynald. hot fe réduifit donc au deffein de tenir feulement d'abord une assemblée générale des états de l'empire, où il prétendoit faire les derniers efforts pour réunir les Luthériens avec les Catholiques, après quoi, s'il ne réuffiffoit pas, on en viendroit, dit-il, à la convocation d'un concile. C'eft ainfi que les meilleurs projets échoüent souvent manque de fermeté dans ceux qui peuvent les faire exécuter.

Création de

ment

vitis pontif. tom. 3.pag so

Le pape fit cette année trois cardinaux en trois pro- xcvII. motions différentes. La premiere au commencement cardinaux par de l'année, dans laquelle il donna le chapeau à Jerôme le pape CloDoria Genois, comte de Cremolin, & qui étant deve- Ciaconius in nu veuf embrassa l'état eccléfiaftique. Il fut d'abord évêque de Nobio, puis de Jacca & de Huefca, & enfin & Seq. archevêque de Tarragone. Son titre de cardinal fut 1. de faint Thomas in Parione, qu'il changea dans la fuite pour celui de fainte Marie in Porticu. La feconde promotion fe fit le dixiéme de Janvier, en faveur d'Hypolite de Medicis Florentin, adminiftrateur de l'archevêché d'Avignon, fils naturel de Julien de Medicis, & d'une Demoiselle d'Urbin fa maitreffe. Il ne fut que cardinal diacre du titre de faint Laurent in Damafo. Enfin la troifiéme promotion fe fit un Vendredi treiziéme du mois d'Août pour Mercurien de Gattinara Piémontois, chancelier de l'empereur, il eut le titre de faint Jean Porte-Latine.

Ces promotions remplacerent deux cardinaux,

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très-habile & de beaucoup d'expérience dans les affaires, il vouloit fe fervir de fon confeil dans la conduite de fon procès. Il le chargea de faire encore avant fon départ quelque tentative auprès du pape pour obtenir un nouveau bref, par lequel fa fainteté s'interdit toute connoiffance de cette affaire, & donnât un pouvoir si ample à ses légats, qu'on pût juger le procès fans avoir recours à elle. Mais Clement s'apperçut du piége qu'on vouloit lui tendre & l'évita: de forte que Gardiner & Brian, qui fut auffi rappellé dans le même tems, reprirent la route de leur.pa'ïs, peu satisfaits de leur négociation; & le docteur Benet fut envoyé en leur place, seulement pour empêcher, autant qu'il dépendroit de lui, l'évocation de la cause.

1

AN. 1529.

CL. Lettre des

l'envoyé d'An

Les deux légats le chargerent d'une lettre pour deux légats à le pape & les cardinaux, dans laquelle ils difent, gleterre. qu'ils avoient tâché, quoiqu'inutilement, « de por»ter les deux parties à fe céder l'une à l'autre, que fom.1. in quar- » la rèine leur avoit montré le bref, & qu'ils ne man

Burnet réform. d'Angleterre,

20. pag. 107.

du divorce,

tom. 1, in 12. pag. 126, & fujv.

Le Grand, hift." quoient pas de raifons pour le croire faux ; qu'ils trouvoient que c'étoit une chofe au-deffus d'eux, que de prononcer fur la validité des bulles ou des brefs d'un pape, & de décider si les uns & les autres étoient authentiques; que du moins ils ne pouvoient » être juges qu'à regret dans un procès où l'on mertoit en question, fi le pape pouvoit difpenfer dans » de certains cas; qu'ainfi leur opinion étoit que » le pape feroit bien d'évoquer la cause à foi, & de » donner une décrétale conforme à la minute qu'ils lui envoyent; que ce qu'ils lui propofent, n'est point fans exemple, que c'eft le meilleur moyen » pour

10

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»

D

ត pour terminer doucement le procès, & fatisfaire
un grand roi, qui depuis plufieurs années sent sa con-
fcience déchirée par une infinité de remords, au-
"gmentez par les difputes des Théologiens & des Ca-
"nonistes, & qui, quoiqu'il voye de part & d'au-
tre de fortes raisons, nose se déterminer, & est
toujours prêt à fuivre la voye la plus fûre; qu'à
l'intérêt de fa confcience étoient joints l'intérêt de
fes états & la paffion de fe voir des enfans mâles,
qui lui succédant fans difficulté, affureroient le
» bonheur de fes fujets : qu'ainfi il n'étoit pas jufte de
différer la décifion de fon affaire, & que toutes
» ces considérations ne pouvoient être balancées
par
aucune autre que les ennemis de ce prince font
courir le bruit que ces pourfuites font fondées
uniquement fur fon averfion pour la reine, & fur
le défir d'épouser une autre perfonne, qui peut-être
n'eft pas encore connuë; que véritablement la rei-
» ne eft d'une humeur affez fâcheufe, peu agréable
» & hors d'état d'avoir des enfans: mais qu'il n'y a
le roi ayant paffé toute la jeu-
neffe avec elle, & lui ayant témoigné beaucoup
d'amitié durant ce tems-là, change filégérement de
conduite vers la fin de fes jours, & s'expofe à tant
de traverses, à tant de chagrins, & à tant d'in-
» commoditez, simplement pour se défaire d'elle.
Qu'ils font témoins que ce prince a la crainte de
» Dieu dans le cœur, un grand amour pour la justice,
» & que, quoique perfuadé de fon bon droit,
aime mieux attendre la décifion du faint fiége
• que
de fuivre fes propres lumieres, ou les confeils
des jurifconfultes, & des grands de fon royaume.
Tome XXVII.

nulle apparence que

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3

il

39

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AN. IS29.

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