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DES

CATILINAIRES.

JE E fuppofe avec raifon qu'il n'y a perJonne d'affez peu verfé dans la connoiffance de l'hiftoire Romaine, pour ne pas favoir ce que c'est que la Conjuration de Catilina. Je n'entrerai donc ici dans aucun détail, & il doit me fuffire de toucher en peu de mots le fujet des quatre Harangues que Cicéron eut occafion de prononcer.

Il prononça la premiere dans le Sénat. Elle peut fe réduire à deux propofitions, qu'il n'entreprend pas de prouver féparément l'une après l'autre, mais qu'il ne perd jamais de vue.

I. Que Catilina étant convaincu au point qu'il l'eft, d'avoir confpiré contre la République, il doit, & fans délai, s'éloigner de Rome.

II. Que le Conful, quoique bien fondé à décerner peine de mort centre Catilina, fait prudemment de confentir, & même de contribuer à fon évafion.

Catilina, le jour même qu'il eut entendu le difcours précédent, fe déroba fur le foir pour aller joindre les troupes qu'il avoit ramaffées dans l'Etrurie : & le len demain Cicéron, haranguant le Peuple, fit voir.

I. Qu'il étoit avantageux que Catilina fût hors de Rome.

II. Que la République n'avoit point à redouter les forces de Catilina.

III. Que ceux de fes complices, qui étoient reftés à Rome, devoient s'attendre, s'ils ne rentroient dans le devoir, aux peines dont ils étoient dignes.

De la feconde à la troifieme Catilinaire, il s'écoula trois femaines, au bout defquelles Cicéron, ayant eu des preuves évidentes de la Conjuration, affembla le Peuple, pour lui apprendre,

I. Quelles étoient ces preuves, &

comment il les avoit eues.

II. Quelles mefures le Sénat prenoit contre les Conjurés.

III. Que la découverte de ces preuves fe devoit aux Dieux.

La quatrieme Harangue fut prononcée deux jours après la troifieme. Il s'agiffoit

de favoir quelle feroit la peine des Conjurés. Les deux avis qui partageoient le Sénat, alloient, l'un à la mort, l'autre à une prifon perpétuelle. Cicéron, avant que de prendre les voix, infinue

"

I. Que de ces deux avis, le premier eft le plus avantageux.

II. Que l'exécution, quoiqu'elle tire à de fâcheufes conféquences pour lui perfonnellement, ne l'effraye point.

Pour bien prendre l'efprit & le carac tere de ces quatre Harangues, il faut diftinguer celles qui s'adreffent au Sénat, de celles qui s'adreffent au Peuple. Car nonfeulement les réflexions, mais les images, les figures qui étoient bonnes pour l'un de ces auditoires, n'auroient eu devant Pautre ni la même force, ni la même grace.

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Au refte, quelque admirable que foit ici l'Orateur nous devons encore de plus grandes & de plus juftes louanges au bon citoyen, & à l'homme d'Etat, ou plutôt fi nous parlons le langage de fon temps, au Pere de la Patrie. On n'eft point vé ritablement grand par les qualités de l'efprit, fans y joindre celles de l'ame. PerSonne, peut-être, ne les a fi parfaitement

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réunies les unes & les autres que Cicéron: & ce feroit fermer les yeux fur l'effentiel, que de borner notre admiration à l'éloquence incomparable de ce fameux Romain, Jans l'étendre jufqu'aux fentimens vertueux, dont il avoit le cœur pénétré.

Avant que d'en venir aux Harangues, il fera bon de connoître Catilina. En voici deux Portraits, dont l'un eft fait par Sallufte, & l'autre par Cicéron luimême, long-temps après la mort de fon ennemi.

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