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tulus, pour lui avoir dit en face avanthier, qu'il méritoit de perdre la vie; & qu'autrefois, fur de moindres accufations, Fulvius fon aïeul, & un des fils de Fulvius encore à la fleur de l'âge, n'avoient pu éviter le dernier fupplice? Tout le crime (8) de ce jeune homme étoit d'être venu par l'ordre exprès de fon pere, parler au Sénat. Fulvius, dẹ quoi l'accufoit-t-on? D'avoir voulu, comme Lentulus, fapper les fondements de cet Empire? Il ne s'agiffoit que d'une difpute, où l'un des partis vouloit que l'on fit des largeffes au Peuple, l'autre s'y oppofoit.

Alors l'illuftre aïeul de Lentulus, ne pouvant fouffrir que la République perdît de fes droits pourfuivit Gracchus les armes à la main, & reçut une dangereufe bleffure. Aujourd'hui, pour la détruire cette même République, le petit-fils appelle les Gaulois, excite les

texte. Mais je crains, fi je le nommois, qu'un lecteur peu attentif, & qui n'a pas toujours la pa tience de lire une remarque au bas de la page, ne le confondît avec C. Julius Cefar, dont il eft fouvent parlé dans le cours de cette harangue.

(8) Voyez Appien, de Bello Civ. liv. 1.

efclaves à la révolte, commande à Céthégus d'égorger les Sénateurs, charge Gabinius de faire main-baffe fur tous les autres citoyens, ordonne à Caffius de brûler Rome, livre toute l'Italie à la fureur de Catilina. Et vous craindrez, après un attentat fi horrible, qu'on ne vous reproche trop de févérité? Ah! bien plutôt craignez que moins de févérité envers les coupables ne paffe pour une cruauté envers la Patrie.

Mais j'apprends qu'il fe répand un bruit, dont je ne faurois me taire. On paroît avoir peur que je ne manque de force & de fecours, lorfqu'il faudra exécuter ce que vous aurez conclu. Tout eft déja réglé, PERES CONSCRITS, j'ai pourvu à tout: & l'ardeur du peuple Romain à fe défendre lui-même, & à fauver l'Empire, paffe encore mes foins & ma vigilance. Toutes les conditions, tous les âges fe réuniffent. On ne voit que citoyens affemblés, & fur la place, & dans les temples qui font aux environs, & le long de toutes les avenues par où l'on peut aborder où nous fommes. C'eft, depuis que Rome eft fondée, la feule affaire où l'on ait généralement été d'accord: fi vous exceptez

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ces

ceux que je regarde, non pas comme citoyens, mais comme ennemis ; traîtres qui, près de périr, & ne voulant pas périr eux feuls, ont cherché à enfevelir leur Patrie avec eux. Pour tous les autres, quelle unanimité, quel courage, quelle émulation!

·

Parlerai je des Chevaliers Romains? Ils ne vous difputent pas l'autorité; mais pour le zele, ils ne voudroient pas vous céder. Il ne s'agit plus de leurs anciens démêlés avec le Sénat: une cause commune rapproche les deux partis : & fi cette réunion, qui fe fait fous mon Con fulat, eft conftante, j'ofe dire que jamais diffenfion, jamais guerre ne fe rallumera entre les différents corps, dont la Répu blique eft compofée.

Tous les Tribuns du Tréfor nous marquent le même dévouement. Tous les Secrétaires , pour qui c'eft aujourd'hui par hafard jour d'affemblée au Tréfor, ont d'abord (9) accouru où les appeloit le falut commun. Tout ce qu'il y a d'habitans nés libres, même ceux de

(9) Il y a dans le Latin, ab expectatione fortis: Mais cela demanderoit un éclairciffement péu néceffaire ici, & pour lequel je renvoie au Cicéron de M. le Dauphin.

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la condition la plus baffe ont accouru. Hé! qui n'aimeroit à fe maintenir en poffeffion de fa liberté ? Pour qui ces temples, cette ville, ce féjour commun des Romains, ne feroient-ils pas des objets intéreffants? On voit dans les Af franchis, qui ont été affez fages & affez heureux pour obtenir d'avoir part à nos privileges on leur voit, PERES CONSCRITS, une ardeur merveilleufe à défendre Rome, qu'ils regardent comme leur Patrie véritable; tandis que des citoyens, & des citoyens d'une haute naiffance la regardent comme une ville ennemie.

Mais à quoi bon parler des personnes, qui ont leur propre liberté à conferver, & dont la fortune tient par tant d'endroits à celle de la République ? On ne voit pas même un efclave, pour peu que fa condition foit tolérable, qui n'ait les rebelles en horreur, qui ne souhaite le falut de Rome, & qui ne se fasse un devoir de concourir à le procurer, autant qu'il l'ofe, & qu'il le peut. Ainfi ne vous effrayez point du bruit qui court, que Lentulus a envoyé de boutique en boutique un infâme miniftre de fes voluptés, pour tâcher de féduire les artifans pauvres & fimples. Il eft vrai qu'on

leur a offert de l'argent, mais en vain. Rien n'a pu l'emporter fur leur devoir, ni fur l'attachement qu'ils ont à leur cominerce ordinaire, à leur petit logement, à leur vie douce & paifible. Prefque tous, difons mieux abfolument tous les ouvriers, tous les marchands aiment la paix: c'eft de la paix que dépend leur travail, leur gain, la multitude des acheteurs : & fi, leurs boutiques fermées, ils ne gâ gnent rien, que feroit-ce quand le feu y auroit été mis?

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Puis donc que le peuple Romain ne vous manque pas, PERES CONSCRITS, ne donnez pas lieu de croire que vous manquiez au peuple Romain. Vous avez un Conful, qui a déja vu la mort de près, & qui a évité tant de pieges, tant de périls, moins pour allonger fes jours, que pour affurer les vôtres. Toutes les Compagnies penfent, parlent, agiffent de même. Votre Patrie, environnée de torches ardentes, en butte à la rage des Conju rés, vous tend les bras, vous recom mande inftamment la vie de fes citoyens, le feu éternel de Vefta, le Capitole, les Dieux Pénates, fes temples, fes murs, fes maifons. Au jugement que vous allez rendre eft attachée votre vie, la

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