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cité! Il n'en conviendroit pas encore, fût-il dans le cœur de l'Attique, & juf que dans le Pirée. Jugeons-en par la conduite qu'il a tenue avec d'autres peuples.

Quand il fe vit (2) à quarante ftades d'Olynthe Il faut, dit-il aux Olynthiens, de deux chofes l'une; que vous me cédiez Olynthe, ou que je vous céde la Macédoine. Jufqu'alors, s'il apprenoit qu'ils euffent le moindre foupçon, il fe juftifioit auprès d'eux par fes Ambaffadeurs, & fe plaignoit amèrement de ce qu'il leur étoit fufpect. Comment a-il furpris les Phocéens? Il alloit en apparence les voir comme fes alliés & fes amis : il étoit accompagné de leurs propres ambaffadeurs nos politiques foutenoient que ce voyage menaçoit Thèbes. Tout récemment encore fous ce même prétexte d'alliance & d'amitié il est entré dans la Theffalie & y a pris la ville de Phéres. Enfin à l'égard de ces malheureux Oritains, comment en a-t-il ufé? Il leur fit dire, que fur le rapport qu'on lui avoit fait, des factions qui troubloient leur ville, il avoit bien voulu , par un effet de fa bienveillance pour eux, leur envoyer des Troupes :

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?

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(2) Quarante stades font cinq mille pas.

& qu'il étoit d'un bon allié, d'un véri. table ami, de ne point les abandonner en de telles conjonctures.

"

Penfez-vous donc, ATHÉNIENS, qu'un homme qui a mieux aimé employer l'artifice que la force ouverte, avec des peuples dont le pouvoir feroit allé non à former des entreprises contre lui, mais peut-être à fe précautionner contre les fiennes , penfez-vous, dis-je, qu'avec vous, & fur- tout lorfqu'il vous fait volontairement dans l'erreur, il en viendra jamais à une déclaration de guerre dans les formes? Affurément non. Il feroit le plus imbécile de tous les hommes fi " pendant que vous fermez les yeux fur lui, & que vous êtes occupés à vous accufer, à vous détruire les uns les autres, il alloit lui-même terminer vos querelles, en vous avertiffant de tourner vos armes contre lui feul & ôtant à ces mercenaires, qui tâchent ici de vous prouver l'innocence de fes deffeins, tout moyen de vous tromper plus long-temps.

"

Mais pour décider fi l'on eft, ou en paix, ou en guerre, fut-il jamais perfonne de fenfé, qui eût plus d'égard aux paroles qu'aux faits? Perfonne. Or nous venions feulement de traiter avec Philip

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pe, notre Général (3) ne marchoit pas
encore, nos gens n'étoient pas encore
arrivés dans la Cherfonèse : & déja
Philippe s'emparoit de Serrie, & de Do-
rifque; déja il chaffoit nos garnisons
& du fort de Serrie, & du Mont-Sacré.
Tout cela, quand ? Aprés nous avoir
juré la paix.

On me dira: Qu'étoit-ce que ces places, & par où devoient-elles nous intéreffer? Une autre fois nous examinerons cette queftion. Mais ce que j'ai préfentement à dire là-deffus c'eft qu'en matière de ferment les petites chofes n'obligent pas moins que les grandes. Pourfuivons.

?

Aujourd'hui qu'il envoie des troupes dans la Cherfonèfe dont le Roi de Perfe & tous les Grecs nous ont reconnus pour maîtres légitimes, & qu'à ce fujet il nous écrit des lettres où il prend Ouvertement (4) le parti des rebelles

"

(3) Diopithe, Chef de la Colonie que les Athéniens avoient envoyée dans la Cherfo nèfe , depuis que cette Prefqu'ile leur avoit été cédée par Cherfoblepte comme nous le verrons dans la Remarque fuivante. Il étoit pere du fameux Ménandre, Poéte comique, qui a été l'Original de Térence.

(4) Cherfoblepte, Roi de Thrace, dans la

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que fait-il? Selon lui, , ce n'eft pas rom. pre la paix. Pour moi non-feulement je regarde ce qu'il fait actuellement dans la Cherfonèfe, comme un acte d'hoftilité ; mais quand je vois qu'il a voulu furprendre Mégare, qu'il n'oublie rien pour établir la tyrannie dans l'Eubée, qu'il fe jette fur la Thrace, qu'il trame de fourdes pratiques dans le Péloponnèse, & que tout ce qu'il entreprend, c'eft toujours à main armée je foutiens qu'il nous fait la guerre.

,

Peut-être direz-vous que ceux qui approchent des batteries d'une place, n'ont point rompu la paix, tant qu'ils ne les ont pas encore dreffées au pied du mur. Mais non. Car qui prépare tout ce qu'il faut pour me faire périr, je le crois dèslors mon ennemi, quoiqu'il n'ait encore lancé ni flèche, ni dard.

ceffion qu'il avoit faite de la Cherfonèse aux Athéniens, s'étoit réfervé la ville de Cardie, la plus confidérable de cette Prefqu'île. Mais quand Philippe eut dépouillé Cherfoblepte de fon Royaume, ce qui arriva la feconde année de l'Olympiade 109, les habitants de Cardi , pour ne point tomber comme le refte de la Cherfonèfe, entre les mains des Athéniens eurent recours à Philippe ne manqua pas de les prendre fous fa protection.

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qui

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Que ne rifquez-vous donc pas, lorf que Philippe vous aura enlevé l'Hellef pont, lorfqu'il fera maître de Mégare & de l'Eubée, lorfqu'il aura tout le Pé loponnèse dans fes intérêts. Hé comment pourrois-je vous dire qu'un homme qui difpofe une femblable batterie contre vous, n'eft pas votre ennemi ?

Oui, à compter du jour même qu'il extermina les Phocéens, je prétends qu'il vous a fait la guerre.

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Traverfez donc fes deffeins, fi vous êtes fages. Pour peu que vous différiez vous le voudrez trop tard. Je pense fi différemment des autres, que mon avis eft de ne pas perdre un moment à déli bérer, ni fur la Cherfonèfe, ni fur By, zance; mais qu'il faut voler à leur fe les mettre à couvert de tout acci dent, & pourvoir à ce que les troupes que nous y avons, ne manquent de rien, Après quoi nous chercherons les moyens de fauver la Grece entière, menacée du plus grand péril.

cours,

?

Voici, ATHENIENS, ce qui me fait prendre l'alarme. Pefez, je vous prie mes raifons, afin que fi elles vous paroiffent folides, vos propres intérêts vous faffent agir, quand ceux d'autrui

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