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ne vous ébranleroient pas : & au contraire fi ce ne font que des terreurs paniques, regardez-moi comme un homme en délire, indigne, dès-à-préfent, & pour toujours, d'être écouté.

Je ne vous représenterai point que Philippe originairement petit & foible, alla toujours en s'agrandiffant; qu'au jourd'hui les Grecs font en proie à la défiance, à la difcorde; & qu'après ce qu'il a conquis, on auroit moins à s'étonner de lui voir fubjuguer tout le refte de la Grèce, que de voir ce qu'il eft devenu du peu qu'il étoit. Je laiffe à part ces fortes de réflexions, pour ne m'attacher qu'à un feul point, qui eft que tous les Grecs, à commencer par vous, lui ont accordé un droit, de tout temps la fource de toutes nos guerres, Et ce droit, quel eft-il? De faire tout ce qu'il lui plaît, ruiner, piller, ufurper tyrannifer,

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Vous fûtes (5) les arbitres de la Grèce pendant foixante & treize ans : les Lacédémoniens (6) après vous la gouver

(5) Depuis la dernière année de l'Olym piade 75, jufqu'à la dernière de la 93.

(6) Depuis la dernière année de l'Olymp. 93, jufqu'à la dernière de la centième,

nêrent pendant vingt-neuf : dans ces derniers temps, & depuis la bataille (7) de Leutres, les Thébains y ont eu auffi quelque fupériorité. Mais la Grèce ne vous donna jamais, ni à vous, ni à d'autres, un pouvoir fans bornes. Quelqu'un avoit-il à fe plaindre des Athèniens ? Tous les autres Grecs, fans nul mécontentement perfonnel, fe joignoient à l'offenfé, & le vengeoient. On traita de même les Lacédémoniens devenus les dépofitaires de l'autorité. Toutes les fois qu'ils voulurent abufer de leur pouvoir, & introduire des nouveautés, le refte de la Grèce prit les armes contre eux. Jufque-là même & cet exemple fuffit qu'Athènes & Sparte en font venues aux mains l'une contre l'autre fans avoir d'ailleurs nulle raifon d'être mal" enfemble, mais uniquement pour obliger celle des deux qui avoit tort, à rendre juftice.

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Tout ce qu'il y eut cependant de fautes commifes, foit par les Lacédémoniens, foit par nos aïeux, durant un fiecle qu'ils ont commandé, tout cela

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(7) Donnée la feconde année de l'Olymp, 102: & les Thébains, huit ans après, eurent encore l'avantage fur les Lacédémoniens dans le combat de Mantinée,

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enfemble n'approche pas de ce qu'a fait Philippe, depuis moins de treize ans qu'il a commencé à être quelque chofe. Tout cela, dis-je, n'eft rien au prix de fes attentats; comme il eft aifé de le faire voir en peu de mots.

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Je ne citerai, ni Olynthe, ni Mé thone, ni Appollonie, ni trente-deux vil les de Thrace qu'il a toutes détruites avec tant de fureur, qu'à les voir on douteroit fi elles furent jamais habitées. Je ne dis rien des Phocéens, ce peuple fi puiffant, dont à peine refte-t-il quel que veftige. Mais où en font les Theffa liens? Philippe n'a-t-il pas ufurpé leurs places, & aboli leurs Républiques, en foumettant tout le pays à des (8) Té trarques, pour impofer le joug de la fervitude, non à quelque canton en parti culier, mais à la nation entière? Toute l'Eubée, cette île qui a Thèbes & Athè nes pour voifins, ne l'a-t-il pas livrée à des Tyrans? Ses lettres portent en ter mes formels Je fais vivre en paix avec ceux qui veulent m'obéir. Et non-content de l'écrire, il agit conféquemment. Il fe jète fur l'Hellefpont. Il tomba peu au paravant fur Ambracie. Il est maître d'Elis, (8) Voyez ci-dessus, pag. 74,

pag. 74, Rem. 8.

cette

cette grande & importante ville du Péloponnèfe. Il a voulu furprendre Mégare. En un mot, ni la Grèce, ni les terres habitées par les Barbares rien ne peut affouvir fon avidité.

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Tout ce que nous fommes de Grecs, nous le favons, nous le voyons, & fans indignation! Au-lieu de nous envoyer des ambaffadeurs les uns aux autres 2 nous nous enterrons chacun dans nos villes ne prenant aucune résolution , ne travaillant point à nous réunir contre l'ennemi commun, fpectateurs tranquiles de fes progrès. On diroit que chacun regarde comme un temps gagné pour foi le temps que Philippe met à la deftruction d'un autre. Perfonne cependant n’ignore, que femblable à une fièvre contagieufe, il viendra tôt ou tard fondre fur celui-là-même, qui préfentement se croit le plus éloigné du péril.

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Au refte, fi les Grecs ont eu quelquefois à fouffrir de vous ou des Lacédémoniens; ils avoient du moins l'agrément d'avoir des maîtres, qui étoient Grecs auffi-bien qu'eux, & dont les fautes pouvoient être comparées à celles d'un fils de famille. On blâme ce jeune homme opulent; fa conduite lui attire de E

juftes reproches; mais elle ne fait pas qu'on lui difpute les droits de fa naiffance. Que fi un efclave au contraire, fi un enfant fuppofé diffipoit le bien d'autrui; avec quelle indignation, avec quels murmures le verroit-on ? Où font-ils donc vos murmures? Où eft l'indignation que vous faites éclater au fujet de Philippe, qui, loin d'être Grec, loin de tenir aux Grecs par aucun endroit loin même d'avoir une origine illuftre parmi les Barbares eft un miférable Macédonien, forti d'un lieu d'où il ne vint jamais un bon esclave.

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Hé! quel outrage vous épargne-t-il ? Après avoir faccagé nos villes, il préfi, de au Jeux (9) Pythiques où les Grecs ont droit eux feuls de paroître : & lui abfent, il envoie fes efclaves (1) y préfider. Tous les paffages de la Grèce lui font ouverts, puifque la garnison des Thermopyles eft à lui. Il s'eft arrogé (2) les honneurs du Temple, honneurs qui

(9) Jeux célébrés à l'honneur d'Apollon. (1) Tout fujet d'un Roi n'étoit qu'un ef❤ clave aux yeux de ces anciens Républicains. (2) Philippe après avoir terminé cette guerre facrée, dont j'ai parlé ci-deffus, pag. 70. Rem, 5, fe fit tranfporter le droit qu'avoient

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