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Le faux zele de la perfe&ion, & la

défiance des Directeurs.

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Ly a des chrétiens qui n'ayant que

la Dieu demande d'eux, le tourmentenç beaucoup, lorsqu'ils considerent d'un côté combien ils en font éloignez ; & de l'autre, que la sainteté de Dieu est la regle de celle où tous les chrétiens doivent tendre. Il est vrai que nous devons combattre en nous les moindres fautes ; que nous devons tendre à être parfaits, comme notre Pere qui eft Matth. dans le ciel est parfait; & ne rien omet., 41

Colorf. tre pour nous remplir de la connoissance & de l'amour de Dieu. Mais quand nous employons trop de temps à faire ces réflexions, fans travailler serieusement à notre conversion; nos forces s'épuisent, & il ne nous en reste plus Tome I.

M

1.90

pour corriger nos véritables défauts, Nous cherchons par ces retours sur nous-mêmes, non d'être plus à Dieu & nous avancer dans la vertu , mais de pouvoir nous assurer que notre vertu eft ferme & inébranlable. Nous vou

drions pouvoir dire avec une entiere Rom. 8. assurance, qu'il n'y a rien qui nous puis35. 39. fe féparer de Jesus-Christ; & que non

seulement nous aimons Dieu, mais que

nous sommes assurez que nous l'aiS. Aug. mons. Mais c'est inutilement que nous

cherchons quelque chose de fixe & d'immobile dans un cœur, dont la nature est d'être mobile & inconstant. il fera donc toujours sujet au changement, tant qu'il sera environné du corps de peche , & qu'il ne sera point parfaitement uni à Dieu qui est fon centre. Et tandis qu'il sera en cet état , plus nous le penetrerons, plus nous trouverons de raisons d'inquiétudes & de troubles ; & nous ne pourrons les arrêter,qu'autant que nous nous tournerons vers Dieu.

Ce n'est pas feulement la vûë des maux réels qui åAlige ces perfonnes. Leurs yeux érant toujours attachez à de tristes objets , ils en conçoivent une extrême frayeur ; & à mesure que leur attache croît, leur frayeur augmente à proportion , & en croissant elle remplit leur imagination de toutes les idées capables d'étendre leur mal. De. là naissent mille fcrupules qui leur font transformer en crimes les moindres pechez, & condamner les actions les plus innocentes. Ils ont dans l'esprit un fonds inépuisable d'illusions. Ils y sont toujours attentifs, & ne cessent pas de s'en épouvanter. Le zéle même qu'ils semblent avoir de se corriger, n'étant

pas

selon la science, ne fert qu'à les jetter dans de plus profondes tenebres. Il leur fait employer & user toutes leurs forces contre de certains défauts , qui n'étant que des infirmitez de la nature , ne se corrigent presque jamais en cette vie. Ils s'amusent sans fruit à coinbattre des foiblefies

peu

considerables ; & ils s'aveuglent pour ne pas voir les maux où ils se jettent volontairement; & il arrive de-là que ne voyant aucun succès dans ce qu'ils s'efforcent de faire pour leur perfection, ils en prennent un nouveau sujet de s'abbatre, de le décou ager & de se tourmenter inutilement. Quelque pénible que soit cet état , ils y sont tellement attachez qu'ils n'entendent qu'avec peine , & quelquefois avec mépris tout ce qu'on leur peut dire , pour les en faire sortir: ce qui est un nouveau mal plus dangereux qu'aucun autre.

Cette vûë si inquiete de notre caur nous met souvent dans l'esprit quc personne ne nous connoît à fonds; qu'on n'entre pas assez dans le discernement particulier de nos fautes ; que ne connoissant pas ce qui se passe en nous , on nous trompe ; & que nos besoins sont tels, qu'on ne les peut comprendre , & encore moins nous en foulager. Par ces pensées fi peu raisonnables, nous nous mettons en danger de demeurer toute notre vie dans l'irrésolution & l'incertitude. Car fous pré

les hommes ne nous connoissent pas , nous nous défions de tous leurs conseils ; & d'aillcurs, au lieu de regarder Dieu , qui pourroit en un moment disliper tous les nuages de notre esprit , nous n'avons d'attention qu'à nous-mêmes ; & plus les yeux de fefprit font d'efforts pour pénetrer le fonds de notre cæur

plus ils s'ébloüiffent, & fc couvrent de nuages.

texte que

III.

MAUVAIS

EFFETS

DES TROUBLES

Ils nous empêchent de travailler à notre falut, & nous rendent à

charge au prochain.

I

L est impossible d'expliquer en par

qui sont en cet état. Il ne leur arrive rien qui ne soit capable de les porter au découragement, au dégoût, à l'impaticnce. Ils ne trouvent en euxmêmes , quand ils y demeurent si attachez, que des craintes, des tri. stesses, des défianccs & d'autres paffions semblables qui les mettent dans l'impuissance de travailler autant qu'ils devroient à leur falut, & tous ces divers mouvemens ne fervent qu'à les rendre plus négligens & plus lâches pour les exercices de pieté : de forte que quelques-uns n'ont pas le courage de s'approcher des Sacremens ; la

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