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confeffion leur devient très-pénible &
comme impoffible. Car ils voyent en
eux-mêmes des fautes fans nombre, &
ils ne fe jugent jamais dans d'affez bon-
nes difpofitions pour recevoir la grace
de la reconciliation : d'autres au con-
traire, par impatience voudroient fe
confeffer tous les jours. Ils ne s'ap-
pliquent qu'à reciter leurs pechez, &
ils les auroient repeté cent fois, qu'ils
s'imagineroient encore ne s'en être
jamais bien accufez ; & quoiqu'on
leur puiffe dire pour leur donner quel
que paix, ils ne ceffent pas de fe plain-
dre d'eux-mêmes, & de demeurer da n

le trouble.

31.

Il y en a qui vont jufques à fe croire indignes de prier Dieu, & qui par une fauffe humilité ne l'ofent faire, dans la penfée que Dieu n'écoute point Joan. 9. les pecheurs, Deus non audit peccatores. C'eft une parole de l'aveugle né, qu'il a dite, felon faint Auguftin, dan s un temps où il étoit peu inftruit des principes de la religion chrétienne & qui, prife à la lettre, eft une des plus dangereufes illufions que le demon nous puiffe mettre dans l'efprit. Car au lieu que les plus grands pecheurs fe pourroient convertir, s'ils

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demandoient à Dieu un cœur nouveau, & s'ils ne ceffoient pas de l'en prier avec l'ardeur qu'une fi grande grace merite: ceux au contraire, qu'il a plus comblez de fes faveurs, font en danger de les perdre,s'ils n'ont pas foin de les conferver par la priere, & d'en attirer de nouvelles. Tant s'en faut donc que les pecheurs ne doivent point prier, que nous ne prions que parce que nous nous reconnoiffons pecheurs, & fujets à une infinité de pechez. Nous ne demandons de fecours, que parce que nous fommes pauvres, miferables, aveugles; & plus nous fentons nos miferes, plus nous fommes portez à en chercher le remede dans la H priere.

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Il en eft prefque de même de toutes les autres bonnes œuvres. Ceux qui s'arrêtent trop à eux-mêmes, & à la confidération de leur impuiffance s'abbattent en forte qu'ils n'ont ni le courage ni la force de les entreprendre. Et en effet, où trouveroient-ils le fecours néceffaire pour accomplir les œuvres de Dieu, puifqu'ils ne le cherchent point en Dieu, & que hors de Dieu il n'y a que foibleffe & aveuglement? Ainfi ils ne font rien de ce

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qu'ils devroient faire, & ils gâtent même le peu qu'ils font, en ne l'offrant pas à Dieu de toute la plénitude de leur cœur, & ne le faifant point avec la joïe, la paix & la liberté fainte des enfans de Dieu.

Cette difpofition va quelquefois jufqu'à les rendre incommodes à tout le monde. Leur converfation en devient chagrine & pénible. Ils ont de la féchereffe & de la dureté, de l'impatience & du dégoût pour les autres, comme ils en ont pour eux-mêmes. Ils ne font jamais contens de ce qu'ils font, mais ils le font encore moins de ce qu'ils voyent faire aux autres. En effet, il eft aifé de concevoir, qu'étant fi peu attentifs à Dieu, & fe regardant toujours eux-mêmes avec des difpofitions fi lâches, ils ne doivent pas paroître plus favorables à leurs freres ce qui fait qu'en toute occafion ils fe laiffent aller à les foupçonner, & à les juger témerairement.

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IV.

Combien la fauffe paix des pecheurs,
&les troubles des gens-de-bien
font dangereux.

paroif

5.

a rien de fi peu réglé par la Les pe lumiere de la veritable raifon, que cheurs la paix & le trouble où font la plû-ient vi. part des hommes. Car quoique les vie en grands pecheurs, par la dureté & l'im- paix. penitence de leur cœur, s'amaffent tous les jours des tréfors de colere, Rom. z ils ne craignent point le jugement ter-. rible de Dieu. Leur confcience eft tranquille, l'aveuglement où ils font les met dans une entiere affurance; & quand leur cœur eft venu au comble de l'endurciffement, c'eft ce qu'ils ofent appeller la paix. Quand le fort Luc. u. armé est le maître de la place, il tient 21. tout dans le calme, pour lui obéir fans réfiftance & on ne reconnoît que lui pour fouverain. C'eft pourquoi ceux qui font dans les grands défordres & qui s'y font longtemps accoutumez, ne favent pour l'ordinaiTome 1.

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N

re ce que c'est que trouble; ou s'ils en reffentent quelqu'un, c'eft Dieu qui en eft l'auteur, & qui les avertit par ce langage, qu'il eft jufte que des criminels foient dans l'inquiétude & la terreur, puifqu'il n'y a entre eux & l'enfer, qu'ils ont mérité, qu'une vie très-fragile qui peut finir en un mo

ment.

Mais pour ceux qui, par le fecours de Dieu, ont tâché de fe purifier de leurs pechez par la penitence, le demon fait que s'ils étoient en paix, rien ne les empêcheroit d'accomplir toute justice, & de fuivre Dieu par tout où il les voudroit conduire. Dans le deffein donc de s'oppofer à leur avancement, il fait bien du bruit dans leur cœur, il le remue & y fufcite mille tempêtes, afin qu'ils s'arrêtent à écouter & à voir tout ce qui s'y paffe qu'ils s'en étonnent, qu'ils tombent dans la pufillanimité, & qu'ils perdent le courage de s'adreffer à celui qui d'une feule parole leur rendroit le calme, & leur donneroit le pouvoir de marcher fur les flots, comme il fit autrefois à faint Pierre. Et en effet Matth. pour aller à Jefus-Chrift, ils n'au*4. 28, roient qu'à lui dire avec foi: Jube me

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