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I.

Ils exagerent le nombre & la grandeur de leurs pechez; mais ils fe diffimulent à eux-mêmes les défauts de leur efprit, ils ne le fauroient croire foible & aifé à fe renverfer. Ils ne font pas affez humbles pour fe perfuader qu'ils prennent des illufions & des fonges pour des veritez. De forte, qu'on leur peut appliquer juftement ce que notre Seigneur dit aux PhariJoan 9 fiens: Si cæci effetis, non haberetis peccatum : nunc vero dicitis: Quia videmus, peccatum veftrum manet. Il feroit à defirer que vous fuffiez tellement aveugles que l'on pût vous conDeut. vaincre de l'être. Mais parce que malJob.s.gré votre aveuglement vous vous glo19. & rifiez de votre lumiere, & que vous сар. 12. N. 25. prenez la nuit pour le jour, vous demeurez dans la nuit & dans le trouble, & rien ne vous en fera fortir tant que vous ferez dans cette bonne opinion de vous-même.

28. 29.

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XI.

i.

JHIC

Neceffité de devenir enfant pour
guérir de nos troubles.

Ette

fervir à nous,

faire comprendre cette autre pa
role de Jefus-Chrift: Si vous ne deve-
nez semblables à de petits enfans,
vous n'entrerez point dans le royau-
me des cieux. Pour entrer dans le
royaume des cieux, & pour recevoir
l'efprit de Jefus-Chrift, il faut renon-
cer au nôtre. Car il refte aux hommes
fi peu de droite raifon depuis qu'elle
a été corrompue par le peché, que
ce qu'ils en ont ne peut les conduire.
à la verité de l'Evangile. Elle ne peut
que les
tromper, les égarer & les faire
tomber en des précipices. Mais ce
qui rend notre mal encore plus grand,
& prefque fans remede, c'est que nous
nous diffimulons à nous-mêmes cette
corruption de notre raifon, & que
nous nous confions toujours à un fi
mauvais guide. Il eft vrai qu'en gene-
ral nous avouons affez la foibleffe de

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Matth.

18.3.

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notre efprit, & le danger qu'il y a
de le fuivre; mais cependant quand
on en vient à la pratique, nous avons
une peine étrange à y renoncer,& nous
ne nous fouvenons plus qu'il eft foi-
ble & aveugle. Nous préferons pref-
que toujours notre propre jugement
à celui des autres : & quoique nous.
reconnoiffions très-fincerement, que
bien des perfonnes ont infiniment plus
de lumiere que nous, nous en excep-
tons tacitement ce qui concerne notre
conduite. Car à cet égard notre veri
table pensée, quoique nous nous la
diffimulions à nous-mêmes, eft que.
nous en avons plus que nos conduc-
teurs: & quelque proteftation que
nous faffions de leur vouloir obéir,
nous ne le faifons ordinairement que
quand ils nous ordonnent de faire ce
que nous avons déja dans l'efprie.
Mais de quoi nous peut fervir cette
obéiffance l'Ecriture attribue aux-
foux & aux infenfez? Non recipit ftul-
tus verba prudentiæ, nifi ea dixeris ques
verfantur in corde ejus. L'infenfé ne re-
çoit point les paroles de prudence, fi
vous ne lui parlez felon ce qu'il a dang
le cœur,

que

Prov .18.

2.

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XII.

La plus grande maladie de ceux qui font dans le trouble, c'eft d'être attachez à leur propre Sens.

O

N ne fauroit nier que ceux dont nous parlons ne fachent très

bien qu'ils font malades. Les peines dont ils font continuellement tour

mentez ne leur permettent pas d'en douter, & c'est même une partie de leur mal d'y être trop fenfibles. Mais ce qu'ils ne connoiffent point, c'eft que leur plus dangereufe maladie vient de l'attache à leur propre fens. Car elle eft telle qu'ils fouffrent avec peine qu'on leur dife qu'ils ne fauroient guérir, qu'en fe foumettant aux avis de quelque perfonne éclairée, ou au moins s'ils fouffrent ce langage avec quelque forte de patience, ils n'en confervent pas moins dans leur cœur uns amour fecret de leur propre opinion, & une difpofition de réfifter aux avis qu'on leur donne ; ce qui les éloigne entierement de faire les efforts necef

faires pour les pratiquer. Ils voyent peut-être un grand nombre de raifons qui les contraignent de reconnoître qu'ils n'ont pas fujet de fe préferer aux autres, & qu'ils en ont beaucoup de fe mettre à la derniere place. Mais nonobftant tout cela, s'ils ne fe préferent aux autres, ils préferent au moins le jugement qu'ils font d'euxmêmes, à celui que les autres en portent; ce qui fuffit pour les rendre coupables d'orgueil, & pour rendre l'état où ils font très-dangereux, parce qu'ils s'y tiennent volontaire

ment.

XIII.

Ils defirent d'être delivrez, mais felon leur volonté, & non felon Pordre de Dieu.

CE

E n'eft pas qu'ils ne voulussent

mais ils voudroient que ce fût en leur maniere, & que Dieu s'accommodat à leur defir & à leur inclination, & qu'il les guérît de même; qu'il ne

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