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Jacob. 36.

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8. L'Evangile nous affûre que nous c., rendrons compte à Dieu de la moin

dre parole inutile ; & saint Jaques
nous apprend que fi quelqu'un croit
être religieux & ne retient pas fa
langue comme avec un frein , que fa

religion eft vaine ; & cependant ce Jacob. 3. même Apôtre nous affûre que nul

homme ne peut dompter sa langue';
que la concupiscence qui y réside eft
un feu qu'on ne peut éteindre entie-
rement; que c'est un monde d'iniqui-
té qui nous environne de toute part ;
que

c'est un venin mortel dont on ne
peut arrêter le cours , & une source
d'eaux ameres qui se répand par-tout.
Or qui doute qu'on ne puisse dire de
toutes les autres convoitises , ce que S.
Jaques écrit de celles qui résident
dans la langue ? Notre ame est rem-
plie de mille desirs des choses du
monde , de mille fausses esperances,
de mille affections déreglées ; il fau-
droit étouffer tous ces monstres avant
leur naissance : mais quelque résolu-
tion que nous ayons d'exécuter un fa
bon dessein, nous ne le faisons jamais;
notre amour-propre nous désarme &

nous ête des mains la parole de Dieu, Ephef. qui est la feule épée dont nous pou, , 17.

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vons nous servir , pour mettre à mort cés enfans de Babylone.

CHAPITRE IX.

il y a des pechez qui sont plus de

gnorance que de convoitise, dar il y en a qui font plus de convoitise que, d'ignorance.

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I

L est certain que cout pecheur le

trompe, ou ne sçachant pas que ce qu'il fait est un mal, ou se le diffimulant à soi-même en n'y faisant

pas d'attention, ou n'en faisant

pas

assez. Mais il n'est pas moins certain que tout pecheur se rend coupable en desirant & en aimant quelque chofe qu'il ne lui est pas permis de delirer ni d'aimer ; qu'ainsi notre ignorance & notre cupidité concourent ensemble pour former les pechez ; mais cepenidant il y en a qu'on appelle d'ignorance, parce qu'elle en est la principale cause , & c'est de ceux-là dont nous allons encore parfer.

2. Il y a de certaines personnes simples & grosieres, qui par ignorance

commettent un grand nombre de pe chez, fans prefque prendre garde que ce sont des pechez : leur vie est pleine de defirs des chofes du monde. Ils aiment leurs petites commoditez; ils se réjouïssent des louanges qu'on leur donne ; ils fupportent avec impatiende les contradictions ; ils parlent autant qu'ils en ont envie ; ils tombent én cent fautes femblables, dont jamais on ne les avertit.

3. Il est certain qu'ils suivent dans eette maniere d'agir leur cupidité, & qu'ils ne font ces fautes que parce qu'ils y trouvent quelque fatisfaction & quelque plaifir : mais cette cupidité est beaucoup moindre que leurs tepebres , & ne les tient pas foitement attachez; ce qui paroît si elle ne leur fait pas commettre de grands pechez, fi elle n'empêche point qu'ils ne soient dociles aux veritez dont on les instruit; & fi aufli-tôt qu'on les leur découvre, ils les condamnent, ils en gémissent, & ils travaillent à s'en corTiger.

4. Mais ceux qui pechent plus par convoitise que par ignorance,

font ceux qui étant bien instruits de leurs devoirs

n'ont pas plus de fidelité à s'en

acquitter , que les ignorans dont nous venons de parler. Car quoiqu'ils n'ayent point de passion qui leur faffe faire des crimes, celle qu'ils ont est encore assez forte pour leur fermer les yeux & pour leur dérober en plufieurs rencontres ce qu'ils ont de lumieré. Ils ont l'efprit rempli des plus faintes regles de l'Evangile , & ils font assez fçavans pour en instruire les autres ; mais toute leur science n'empêche pas que leur cæur ne foit aisé à remuer, qu'ils ne s'irritent & ne se fâchent quand on leur en donne les moindres occasions, & alors leur palfioneft comme un nuage qui obfcurcit toute la lumiere de leur raifon.

La science qui nous empêche de faire des fautes, n'est pas celle qui nous rend fçavans , mais celle qui nous vient de l'attention que nous avons à Dieu , & que nos prieres font descen dre du ciel : c'eft ce qui oblige également les sçavans & les ignorans d'avouer qu'ils ont besoin d'être éclairez de Dieu pour faire des euvres de lumiere , & pour n'être pas surpris de cette nuit dans laquelle on ne peut rien Joan. g faire de bien.

Ć H A P I T R E X.

Notre convoitise n'est jamais détruite

entierement pendant que nous vivons, mais elle est seulement affoiblie, comme afoupie dans les veus vitables chrétiens.

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CA

'Est une dangereuse illusion

de nous imaginer que nous avons entierement fait mourir en nous la convoitise &

que nous n'avons plus sujet de la craindre qu'il n'y a plus rien dans notre caur de cette corruption que nous avons heritée de nos premiers peres y

88 que nous pouvons jouir dès ce monde d'une parfaite paix , & accomplir toute' justice. Quiconque croit avoir cette force ne fe défie pas de soimême ; il entre dans une pleine confiance, & il tombe bien-tôt dans les plus grands désordres : ce que Dieu permet pour punir son orgueil & fa présomption.

-2. Demeurons toujours persuadež de notre impuissance & de notre exe

Philips

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