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Après Codrus furent élûs des Magiftrats perpetuels qu'on nomma Archontes. L'hiftoire des premiers Rois d'Athenes jufqu'à Demophoon, eft remplie de fables, comme on le verra dans la fuite; mais il n'y en a aucun dont la Chronologie ne foit füre; puifque les Marbres de Paros en marquent exactement les principaux évenemens, & en fixent les époques.

Le Royaume de Laconie fut fondé pendant le regne du même Cecrops par Lelex, qui lui donna le nom de Lelegie." Mais comme ces Rois n'entrent pas fouvent dans nos fables, nous ne nous étendrons pas davantage fur ce fujet. Il fuffit de dire ici que la premiere Dynaftie, qui répond aux temps dont nous parlons, renferme douze Rois; fçavoir, Eurotas, qui donna fon nom au fleuve qui coule dans le pays; Lacedemon fon frere, qui fit appeller comme lui la capitale & le Royaume; Amyclas, qui bâtit une ville de fon nom; Argalus, Cynortas, Ebalus, Hippocoon, Tyndare, fils d'Ebalus & frere d'Hippocoon; Caftor & Pollux, fils de Tyndare & freres d'Helene; Menelas fils d'Atrée, à qui Helene porta la couronne; Orefte fils d'Agamemnon, par fon mariage avec Hermione fille de Menelas & d'Helene; Tifamene fils d'Orefte. Ce fut fous le regne de celui-ci que les Heraclides entrerent dans le Peloponnefe, & fe rendirent maîtres, non-feulement du Royaume d'Argos & de Mycenes, mais auffi de celui de Lacedemone. Euriftene fils d'Ariftodeme monta fur le trône, & commença la feconde Dynastie des Rois de Sparte, dite des Agides, à cause d'Agis fon fils.

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Liv. 1.

Nous avons dit dans l'hiftoire des Princes Titans (1), (1) Tom. II. que Promethée avoit été relegué dans la Scythie, aux environs du Caucase. Son fils Deucalion, qui avoit épousé Pyrrha fa coufine, fille de fon oncle Epimethée, s'ennuyant de ce trifte féjour, & ayant trouvé apparemment quelque occafion favorable, vint s'établir (2) dans la Theffalie, aux envi- (2)Apoll. 1. 1. rons de Phtie, ou plutôt, fi on s'en rapporte à la Chronique de Paros, dans la Lycorie près du Parnaffe. C'eft ainsi que.

Tome III.

F

s'expliquent les Auteurs de cette Chronique, contre le fenti(1) In Phoc. ment de Paufanias (1), qui prétend que Lycorie étoit non une province, mais une ville, fituée fur le penchant de cette montagne. Dans le fond ces deux autorités n'ont rien qui se contredife, puifque la ville & le canton qui en dépendoit, pouvoient avoir le même nom.

L'époque de l'arrivée de ce Prince eft bien marquée dans la même Chronique, & ce fut la neuvième année du regne de Cecrops à Athenes; c'est-à-dire vers l'an 215. ou 220. avant la guerre de Troye, & environ 1400 ans avant l'Ere chrétienne. Tout concourt d'ailleurs à juftifier l'époque de ces Marbres, puifque 1o, depuis Cecrops jufqu'à Thesée, qui mourut peu de temps avant le fiege de Troye, il y a dix regnes, dont le premier même étoit avancé à l'arrivée de Deucalion. Or en mettant 22. ou 23. ans pour chacun, on aura la date qu'établit la chronique. 2°. A confidérer les defcendans ou les générations depuis ce Prince jufqu'à la prise de Troye, qui font rapportées par les Anciens, la chofe devient encore plus certaine, puifqu'on n'en trouve ordinairement que fix ou fept, qui font 200. ou 230. ans. Il eft vrai que dans quelques-unes des familles de ces descendans il s'en rencontre quelquefois jufqu'à dix; mais outre que le nombre de fix ou fept feulement y eft plus frequent, on fçait qu'au bout de deux cens ans, les générations de deux familles collaterales, ne font pas toujours égales.

Rien n'eft plus célebre au refte dans l'hiftoire Grecque que Deucalion, qui a été regardé comme le reparateur du genre humain, puifque ce fut fous fon regne qu'arriva le Déluge qui porte fon nom, & qu'il eut une nombreuse pofterité qui regna dans plufieurs parties de la Grece: deux points fur lefquels il eft néceffaire de s'étendre.

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COMMENÇONS par rapporter les fables touchant ce fameux évenement. Jupiter, dit-on, voyant croître de jour en jour la malice des hommes, réfolut de les exterminer entiere

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(1) Voyez

ment (1). Il fit pour cela tomber une fi grande quantité de pluye que la furface de la terre en fut inondée : les monta- Ovide. Met. gnes même les plus élevées furent couvertes d'eau, & devinrent un afyle inutile à ceux qui s'y étoient refugiés. Le mont Parnaffe, dont le fommet ne fut pas inondé, fauva le pieux Deucalion & fa femme Pyrrha. Après que les eaux fe furent retirées, ils allerent confulter la Déeffe Themis, qui rendoit ses oracles au pied de la montagne (a), & c'eft-là qu'ils apprirent que pour repeupler le monde, ils devoienr déterrer les os de leur grand'-mere. Leur pieté fut allarmée d'un oracle fi cruel ; mais Deucalion s'étant avifé de dire que la terre étant leur mere commune, fes os pouvoient bien être les pierres qu'elle renfermoit dans fon fein; ils en prirent quelques-unes, & les jetterent derriere eux, ayant les yeux fermés: celles que Deucalion jetta, formerent les hommes, & celles de Pyrrha des femmes. Devoilons ce myftere.

Il est aifé de voir que cette narration contient bien des fables; mais comme le fond en eft véritable,il faut l'expliquer. La neuvième année du regne de Cecrops, Deucalion vint dans la Grece, & s'empara de la Lycorie vers le Parnaffe, où il regna; mais ne fe contentant pas du petit Etat dont il s'étoit faifi, il fit la guerre à fes voifins, & fe rendit maître d'une partie de la baffe Theffalie, près du fleuve Penée; on nommoit alors cette Province la Phtidide, de Phtius venu d'Arcadie, lequel s'en étoit emparé 160. ans auparavant, ainsi qu'on l'a rapporté sur l'autorité de Paufanias (1). Com- (1) In Arc. me avant Phtius le pays s'appelloit l'Hellade, Deucalion crut que pour s'attirer la bienveillance de fes fujets, il devoit donner à un de fes fils le nom d'Hellen ; & celui-ci étant monté fur le trône, après la mort de fon pere, & ayant fait plu fieurs conquêtes, voulut que fes fujets priffent le nom d'Helleniens, qui leur fut particulier jufqu'au temps où tous les autres Grecs le prirent ; ce qui arriva vers le commencement

(a) Ovide fuit en cela la meilleure tradition; car les Sçavans conviennent que P'Oracle de Delphes n'étoit pas encore établi en cet endroit, & Themis y rendoit alors des Oracles. I.es Mythologues conviennent qu'il y eut toujours un Oracle

en cet endroit d'abord la Terre y prédi-
foit l'avenir, enfuite Themis fa fille, puis
Apollon.

Voyez l'Article de la Ville de Delphes,
& ce que nous avons dit des Oracles dans
le premier Tome.

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(1) Liv. VII.

des Olympiades, c'eft-à-dire, environ 775. ans avant l'Ere chrétienne. On fçait que du temps d'Homere, il n'y avoit que les defcendans de Deucalion qui fuffent appellés Hel

leniens.

La plupart des Auteurs croyent que le Déluge qui arriva fous le regne de ce Prince fut caufé par le fleuve Penée, dont le cours fut arrêté apparamment par quelque tremblement de terre, entre le mont Offa & l'Olympe, où eft l'embouchure par où ce fleuve, groffi des eaux de cinq autres, fe jette dans la mer: cela joint, difent-ils, à une grande quantité de pluye qui tomba cette année, toute la Theffalie qui eft un pays plat, fut inondée.

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Ce que dit Herodote (1) dans la defcription qu'il fait de cette Province, prouve bien que c'est ainsi qu'arriva l'inondation. « On dit que la Theffalie n'étoit autrefois qu'un Lac, » comme étant environnée de tous côtés de hautes monta» gnes. Le pays qui eft entre ces montagnes eft ce qu'on appelle laTheffalie, qui eft arrofée de quantité de fleuves, dont les principaux font le Penée, l'Apidane, l'Onfchone, l'Eripée & le Panito. Ces cinq fleuves defcendans des mon> tagnes voisines, après avoir coulé par le plat pays, vont fe jetter dans la mer par un canal fort étroit, où ils fe joi» gnent tous, & ne font plus qu'un grand fleuve, qui retint le » nom de Penée. On ajoute qu'avant que le canal fut fait, ces fleuves inondoient toute la campagne, & n'en faifoient qu'un grand Lac; mais que Neptune ayant fait ce grand canal, toutes les eaux s'écoulerent.

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Cependant comme les Marbres de Paros ne font pas res Deucalion dans la Theffalie, mais à Lycorée, aux engner virons du Parnaffe, il faut ajouter à la narration d'Herodote, que partie de l'inondation fut caufée par la rupture de la chauffée du lac qui étoit dans un enfoncement du Parnaffe, & que Deucalion pour s'en mettre à couvert, alla fur le plus haut fommet de cette montagne : fur quoi on doit confulter les Voyages de Spon & de Woler, qui ont vû ce Lac.

Quelque temps après les eaux s'étant écoulées, le pays fut bien-tôt repeuplé. Les enfans de ceux qui s'étoient fauvés, font les pierres myfterieufes dont les Poëtes parlent tant;

Bochart.

(2) Voyez

Cette fable n'ayant d'autre fondement qu'une fimple équivoque; le mot Phenicien Eben ou Aben, signifiant également une pierre ou un enfant (1), & le mot Laos en grec une pier- (1) Voyez re ou un peuple, comme le dit le fçavant Scholiaste de Pindare (2). Ainfi ceux qui ont parlé de cet ancien événement Grant-Menil, ont pris une fignification pour l'autre, & ont débité une fable myfterieuse. On peut même dire que la ferocité & la durée de ces premiers hommes, ne démentoit nullement leur origine.

Inde

genus durum fumus, experienfque laborum, Et documenta damus quâ fimus origine nati (3).

Au refte, la maniere dont Saumaise lit un paffage d'Hefiode dans fes fragmens, donne une grande lumiere au dénouement de cette fable. Les Locriens étoient appellés anciennement Leleges, & ils habitoient la Phocide. Ce Poëte dit que Jupiter les donna à Deucalion pour repeupler le monde; & l'expreffion dont il fe fert, fuivant la correction de ce Critique, fignifie que ce Dieu lui donna, non des hommes de pierre, mais fortis d'une terre pierreuse: Erutos è terra lapidum dedit Deucalioni. En un mot, au lieu de dire que les hommes qui n'avoient pas été fubmergés par l'inondation, étoient defcendus d'une montagne pierreufe, on publia qu'ils étoient fortis des pierres mêmes de cette montagne.

Paufanias dans fes Phociques, dit que les loups par les hurlemens que le danger d'être noyés leur faifoit faire, avertirent ceux qui couroient le même danger, de monter avec eux fur le Parnaffe ; & qu'y ayant bâti une ville, ils lui donnerent le nom de Lycorée, à Lupis; mais les Marbres d'Arondel détruisent cette tradition, puifqu'on y voit que Deucalion regnoit à Lycorée avant ce Déluge.

P.532.

(3) Ovid.

Met. 1. 1.

Les Poëtes, pour envelopper l'Hiftoire de cet évenement, fous une fiction ingénieufe, publierent que ce fut Neptune qui d'un coup de Trident fepara le mont Offa de l'Olympe, pour donner cours aux eaux du fleuve Penée; mais Herodote eft plus raisonnable, lorsqu'il parle ainfi de cette fable (4). (4) Liv. 7. « Le sentiment de ceux qui difoient que Neptune avoit fait » cette separation, n'étoit pas fans raison: car tous ceux qui

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