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khan.

meurtriers, & les fit mourir On offrit alors l'Empire à GeApr. J. C. hen, autre frere de Senga, qui étoit à Barantola; mais ce Bafchtou Prince répondit qu'il s'étoit appliqué aux Sciences, non pour être un foldat, mais pour devenir un Lama. Cependant le grand Lama le détermina enfin à repaffer en Tartarie pour fuccéder à fon frere, & lui envoya peu de tems après qu'il fut inftallé, le titre de Bafchtou khan. Avant fon regne les Kalmouks étoient gouvernés par différens Chefs; il en foumit plufieurs, & fon fucceffeur acheva de les réduire tous fous la même domination.

Dans la fuite ce Prince étant en guerre avec Czeczen khan, qui habitoit aux environs du lac Saiffan; celui-ci entra dans les Etats de Bafchtou khan, s'empara d'un lieu appellé Suitcholm fitué proche le lac de Lait; il se préparoit à traverser en trois jours une grande montagne qui eft dans les environs, mais Bafchtou khan étant allé à fa rencontre, il le repoussa, & laissa dans la montagne un Saiffan avec trois cens Kalmouks pour en défendre le paffage. Lorfque Czeczen arriva, le Saiffan le repouffa, & Baschtou khan étant venu au fecours avec fa cavalerie, toute l'armée de Czeczen khan fut diffipée, & ce Prince fait prifonnier. Il eut la tête tranchée dans une ifle fituée dans un lac, avec quinze mille de fes gens. Baschtou khan foumit enfuite les Talangouts, les Kergis, & laiffant un Saiffan avec deux mille hommes auprès du fleuve Bortalle, il marcha vers les Mogols Kalkas (a), dont il ravagea tout le pays. Les principaux de cetre nation fe retirerent à la Chine, & implorerent le fecours de l'Empereur.

Tfahan araptan, fils de Senga kontaisch, avec ses deux freres, Solom araptan & Danfchin ambou, qui étoient devenus grands & qui avoient fuivi Bafchtou khan dans cette expédition, où ils s'étoient acquis beaucoup de gloire, devinrent les objets de la haine & de l'envie de ce Prince qui appréhendoit que leur courage & leur expérience dans la guerre ne lui devinffent funeftes. Par le confeil d'un vieux Lama il fit étrangler, pendant une nuit que Tfahan araptan

(a) L'Auteur de ce Mémoire dit qu'en 1722 il y avoit environ 40 ans.

khan.

étoit abfent, fon frere Solom araptan. Au retour du preApr. J. C. Bafchtou mier il lui apprit que fon frere étoit mort fubitement, mais un Lama, nommé Aranzaba, découvrit tout à Tfahan araptan, & lui conseilla de prendre la fuite. Tfahan avec le Lama & fept Kalmouks qui lui étoient attachés, fe fauva vers le fleuve Borontana, où il fixa fa demeure; il y devint trèspuiffant par les fecours que quelques Saiffans & les Bukhares qui venoient d'Yerken trafiquer dans la Sibérie, lui fournirent.

Tfahan araptan.

Vers le même tems l'Empereur de la Chine envoya un Ambaffadeur vers Baschtou khan, pour l'engager à ceffer de faire la guerre aux Kalkas; mais ce Prince ayant répondu avec hauteur que l'Empereur Chinois ceffât de fournir des fecours aux Kalkas, & qu'il lui envoyât tous les ans les transfuges de cette nation, la guerre s'alluma entre les Chinois & les Kalmouks. D'abord Baschtou khan remporta de grands avantages, repouffa les Chinois jusques dans leur pays, & ravagea plufieurs de leurs villes ; mais enfuite la difette & les maladies s'étant mises dans fon armée, il eut du défavantage. Tfahan araptan traitoit alors fecrétement à Barantola avec un Ambaffadeur de l'Empereur de la Chine pour fe faire délarer Khan, & il s'engageoit à faire périr Baschtou khan, à condition que l'Empereur lui donneroit une de fes filles en mariage. Ce traité ayant été rendu public, un grand nombre de Kalmouks abandonna le parti de Baschtou khan; fon armée fut battue par les Chinois, & ce Khan fe fauva dans le pays des Kergis, où il s'empoifonna. Alors Tfahan araptan monta fur le trône, & reçut du Dalai-lama le titre d'Erdeni zuruktu batour kontaisch (a). Les villes d'Yerken, de Turfan, de Kaschgar, d'Akfou, & autres du voisinage qui payoient un léger tribut à Bafchtou khan, ayant refufé de le reconnoître, il alla les attaquer, & fit venir auprès de lui leur Khan nommé Erké khan, avec les principaux de la nation & une partie des habitans. Depuis ce tems-là tous de-. meurerent auprès du Kontaifch. Ce Prince foumit enfuite

(a) Il époufa deux femmes; la premiere, nommée Czunguaraptan, fille d'un Taïsch, ou Khan du Kokonor; la

feconde, appellée Sederczap, fille d'Ajouki khan. Les Chinois le nomment Tfevang-raptan,

la

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la nation des Burats qui habite fur les bords du lac Tuskol dans le voisinage des Cofaques, avec lefquels ils font fouvent en guerre.

Le Kontaisch apprit dans le même tems que Sanzip, fils d'Ajouki khan, avec quinze mille tentes avoit traversé les habitations de fon pere, & s'étoit campé au milieu des Cofaques & des Bafchkirs, aux environs de l'Irtifch, proche Jamischenskoi, que de-là il venoit prendre fes quartiers d'hyver fur le bord de l'Imil dans fes Etats. Tfahan araptan qui avoit époufé fa foeur, le fit inviter de fe rendre à fa Cour; mais Sanzip le refufa, & lui fit feulement demander la permiffion de paffer fur fes terres pour aller au Tibet rendre vifite au Dalai-lama. Le Kontaifch qui fut informé que le deffein de Sanzip étoit d'obtenir du Dalai-lama la permiffion de le faire périr, fit arrêter l'Ambaffadeur, & après avoir encore follicité inutilement Sanzip de venir le trouver, il fit affembler une armée qu'il tint cachée dans les montagnes d'Altin-imil. Enfuite pour mieux cacher fes deffeins, il alla trouver Sanzip, & après avoir paffé deux jours avec lui à fe divertir, il le fit arrêter, difperfa tous fes fujets dans ses Etats, & renvoya Sanzip à fon pere Ajouki khan.

Bientôt après ce Prince eut une longue guerre à foutenir contre les Chinois (a). On prétend qu'un Magicien avoit prédit à Kam-hi, Empereur de la Chine (b), que le Kontaifch lui enleveroit l'Empire. Affligé de cette prédiction, l'Empereur donna à un de fes fils le titre de Kontaifch, & le déclara fon héritier. Dans la fuite ce fils confpira contre lui, & on le fit renfermer. Alors l'Empereur de la Chine envoya un Ambaffadeur vers le Kontaifch pour le prier de lui céder fon titre & d'en prendre un autre, à quoi le Kontaisch ne voulut point confentir, difant qu'il le tenoit de Dieu même, c'eft à-dire, du Dalai-lama. On ajoute que l'Empereur de la Chine avoit promis autrefois de donner une de fes filles en mariage au Kontaifch, qu'ayant refufé de l'envoyer, ces deux raifons devinrent le fujet d'une grande guerre entre les deux nations. Vers le même tems (c), le

(a) Vers l'an 1703.
(b) On lui donne le titre d'Amou
Tome IV.

goli khan.

(c) En 1709, ou 1710.

Apr. J. C. Tiahan araptan.

Kontaisch maria fa fille à Holdan czerena, fils de Gen-
ghizkhan qui habitoit auprès du grand Lama dans les en-
virons de Barantola. Holdan czerena fe rendit à la Cour du
Kontaisch avec trois cens jeunes hommes choifis, & autant
d'efclaves & de tentes; mais après que les nôces furent
finies, le Kontaifch retint fon gendre, & envoya une armée
commandée par Czeren donduk contre Genghizkhan. Ce
Prince fut battu, tous fes foldats furent tués ou diffipés. On
rapporte que Czeren donduk pénétra jufques chez le Dalai-
lama, qu'il le dépofa, & en mit un autre à fa place, fous
prétexte qu'il avoit été installé fans la participation du Kon-
taifch & des autres Taifchs du Kokonor, à l'exception de
Genghizkhan, que d'ailleurs il s'acquittoit mal de fon de-
voir. L'année fuivante le Kontaisch fit mourir fon gendre
Holdan czerena, qu'il accufoit d'avoir empoisonné les eaux
de la riviere Tekès. L'Empereur de la Chine allarmé des
fuccès du Kontaifch, envoya une grande armée dans la Tar-
tarie. Les Chinois pafferent Hami, & s'avancerent jusqu'à
Turfan. Le Kontaifch informé de leur marche, envoya vers
ce pays fes troupes commandées par Czeren donduk & les
autres Saiffans. L'armée Chinoise fut furprise & mife en dé-
route; les Tartares pourfuivirent les Chinois jufqu'à Hami
& s'emparerent de cette ville. Deux ans après l'Empereur
de la Chine envoya une armée de cent mille hommes qui
rétablit Hami & s'avança vers Turfan. Les Chinois éleverent
plufieurs forts, fe rendirent maîtres de cette ville qui étoit
habitée par des Bukhares, & après l'avoir fortifiée, ils s'a-
vancerent fur le bord de la riviere de Karafcham proche
Cialis. Enfuite à travers les plaines défertes ils pénétrerent
jufqu'au lac Saiffan, & à la fource de la riviere Imil, pro-
che les montagnes appellées Altin-imil, où habitoient les
derniers peuples foumis au Kontaifch. Ils y enleverent en-
viron mille tentes. Les Kalmouks qui avoient ignoré pen-
dant quelque tems cette irruption, accoururent au fecours
de leurs provinces, mais ils ne purent délivrer les prifon-
niers. On dit même que Caldan tzerin (a), fils du Kontaisch,

() On dit auffi Tferen ou Czeren dans tous les noms où ce mot est employé,

Apr. J. C. Tahan araptan.

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Apr. J. C,

fut fait prifonnier, mais qu'il trouva moyen de s'échapper. Cette guerre dura jufqu'en 1722. Kam-hi, Empereur de la Caldan Chine, étant mort, fon fils Yum-tching qui lui fuccéda, tferin. envoya des Ambaffadeurs au Kontaifch pour faire la paix. Dans le même tems les Cofaques qui lui faifoient la guerre depuis le commencement de fon regne, fe foumirent à Sunodabé fon fils qui commandoit l'armée contre eux. En 1727 Tfahan araptan mourut, & eut pour fucceffeur fon fils Cal

dan tferin.

Ce Prince a préfentement (a) fous fa domination les Kergis, les Urunkhants, les Talongous, les Mingats, les Koiouts, les Kofchkots, les Bukhares, les Barabintfi qui payent aussi un tribut au Czar. Son Empire eft borné au Nord par la Ruffie, à l'Orient par la Tartarie Chinoife, au Midi par les Tangouts, & à l'Occident par les Cofaques. Il a une armée d'environ foixante mille hommes, & il peut en mettre cent mille fur pied en cas de befoin. Les Grands de fon Empire font appellés Saiffans. Le premier d'entre eux eft à préfent Czeren donduk fon coufin. Il demeure vers la Ruffie, & il a autant de fujets que le Kontaifch. Ce Prince, dans les affaires importantes, ne peut agir que de concert avec fes Saiffans; dans les autres il a des Officiers fubalternes dont il prend. confeil. Il y a un tribunal de dix Saiffans pour rendre la juf tice. La fentence fe donne de vive voix, & les criminels font battus fuivant leurs crimes, ou attachés à la queue des

chevaux.

Il y a peu d'années que les Kalmouks manquoient de grains, parce qu'ils ne cultivoient point les terres; mais depuis qu'ils ont foumis les Bukhares, ils ont en abondance du bled, du riz, du millet, de l'orge & des fruits. Ils nourriffent beaucoup de beftiaux; du côté du Nord ils commercent avec les Ruffes; à l'Orient avec les Chinois; du côté du Midi avec les Tangouts & même avec les Indiens. Ils tirent de la Ruffie des draps de différentes couleurs, des cuirs noirs & rouges, des aiguilles, des ciseaux, des miroirs & quelques pelleteries; ils donnent en échange d'autres

(6) En 17239

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