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Apr. J. C. pelleteries, des toiles de coton qui fe font à Yerken, des étoffes de foie. Comme ils ont des mines de fer, ils commencent à fabriquer des armes, des cuiraffes & des cafques; ils font auffi des tentes, des draps & du papier. Ces peuples ont une année compofée de douze mois, & à chaque troisieme année ils en ajoutent un treizieme, de forte que trois ans font compofés de trente-fept mois : ils appellent le premier mois Tfahan-fara, ou le mois blanc. Ils le célebrent par des fêtes publiques auxquelles le Kontaisch affifte. On dreffe dans une campagne une tente ornée en dehors d'étoffes de la Chine; devant on laiffe une place ronde & creufe, où l'on marque fur la terre, avec des couleurs, les pas que doivent faire les Lamas dans leurs danses. Lorsque les Lamas & tout le peuple sont affemblés, on apporte fix grands étendarts, qui font accompagnés chacun de trois Manzi, ou difciples de Lamas, vêtus d'habits rouges. Ils font fuivis d'une espece de pyramide & de deux trompettes d'airain, portées par quatre hommes vêtus de la même façon. Derriere eux viennent trois hommes qui ont des trompettes moins groffes, & enfuite cinquante jeunes Lamas habillés de jaune, avec des tambours & des baffins de cuivre. Ils font rangés deux à deux, & parmi eux font plufieurs vieux Lamas avec leurs habits ordinaires. Sur les deux côtés font vingt Kalmouks à la file, armés de boucliers, de cafques, de lances & d'épées, enfuite quinze autres armés de cuiraffes, de fufils & d'épées. Ils entourent toute cette efpece de proceffion; ils font fuivis des Tarkhan-juru&tu, ou Confeillers, à cheval, accompagnés chacun de deux piétons. Tout ce cortége fe rend devant la tente, & fe range autour de la petite place; enfuite on fait une priere; les plus vieux Lamas fe profternent trois fois & s'affoient. Alors commence la danfe. Deux hommes qui ont le vifage couvert d'un voile fortent de la tente, & danfent dans la place au fon des baffins de cuivre & des tambours. Enfuite ils ren trent, & il en fort deux autres qui font la même chose. Lorfqu'on a fait ainfi cinq danfes, il paroît un homme qui a le vifage découvert, qui danfe feul pendant dix minutes, tantôt lentement, & tantôt avec vîteffe; il eft fuiyi par un

autre avec lequel il danfe. Alors ils fe retirent à l'extrémité de la place, & il paroît ainfi fucceffivement onze bandes Apr. J. C qui à la fin dansent toutes enfemble. Après plufieurs autres danfes de la même efpece on fe tranfporte dans un autre endroit, où l'on a dressé une table fur laquelle il y a de la poudre, on y met le feu, & plufieurs Kalmouks armés font un grand bruit la face tournée du côté qu'ils ont des ennemis, s'ils font en guerre. Dans le mois de Juin ils célebrent encore des fêtes pour la confervation de leurs beftiaux. Ils vont fe profterner devant une idole, & quelques Kalmouks nuds luttent enfemble en préfence des Nobles qui décident de la victoire; elle confifte à renverfer fon ennemi fur le dos, mais on a attention que les combattans ne se blessent point.

Les Kalmouks font divifés en trois branches. La premiere, les Kalmouks Tchongars; la feconde les Kalmouks Kofchots ; & la troifieme, les Kalmouks Torgouts. Les Tchongars qui font les plus confidérables & les plus puiffans, font formés d'une infinité de hordes qui obéiffent au Kontaisch qui réfide dans les environs du lac Saiffan & de la riviere d'Ili. Les feconds occupent le Royaume de Tangout, & font gouvernés par deux Khans, dont l'un gouverne le Tibet, & l'autre le Tangout; tous les deux font foumis au Dalai-lama, ou grand Lama. Les troifiemes font une branche de Kalmouks qui vers le commencement de ce fiécle fe fépara des autres fous la conduite d'Ajouki' khan, trayerfa le Jaick, & alla habiter dans les landes d'Af trakhan.

HISTOIRE

GÉNÉRAL E

DES HUNS.

6738

LIVRE VINGT-UNIEME.

LES

MAMELUKS BAHARITES

EGYPTE.

ALADIN, en qualité de Général des armées du fameux Noureddin, avoit enlevé l'Egypte aux Phathimites, il s'en étoit ensuite rendu maître, & avoit dépouillé les defcendans de Noureddin d'une partie de la Syrie. A fa mort il laiffa un Empire très-étendu à fes enfans qui le démembrerent, & qui par leurs divisions fembloient confpirer à la perte de leur famille, dans un tems où ils devoient fe réunir pour repouffer les ennemis communs du Musulmanifme. Les Tartares menaçoient la Perfe

OU DU KAPTCHAC EN

S

hafen.

Haiton.

& l'Empire du Khalif; les Francs fe rétabliffoient dans la Syrie, les Kharizmiens ravageoient la Palestine, la Syrie & Apr. J. C. tous les pays voisins. Nodgemeddin ayoub, furnommé Šaleh, qui venoit de monter fur le trône d'Egypte, crut devoir, Aboulmas à l'exemple de quelques-uns de fes prédéceffeurs, chercher Aboulfedha chez les étrangers de quoi fe former une garde dont il Joinville. fût für. L'irruption que les Mogols avoient faite dans le Kaptchac, avoit obligé les habitans de ce pays de fe fauver de côtés & d'autres; plufieurs avoient paffé en Hongrie; d'autres vendus à des Marchands avoient été amenés en Egypte. Saleh en acheta un grand nombre qu'il fit élever à Roudah, ville fituée fur le bord de la Mer, où il fit bâtir une forteresse. Le voifinage de la Mer qu'on appelle Bahr, en Arabe fit donner à cette troupe le nom de Bahria, c'est-à-dire, Marine; de-là nous avons appellé ces esclaves Baharites (a). Ils furent enfuite divifés en différentes claffes qui portoient les noms des Princes auxquels chaque bande avoit appartenu; tels étoient les Aziziens, les Saléhiens, &c. Ön leur apprenoit l'exercice des armes, pour les élever enfuite aux premieres charges de l'Etat. Ils formoient proprement la garde du Sulthan, qu'on nommoit la Halca (b), c'eft-à-dire, une troupe de gens qui environnent le Prince. Ils portoient fur eux les armes du Sulthan qui étoient d'or fin, fur lesquelles étoient repréfentés ou des rofes, ou des oiseaux, ou des griffons, avec différentes bandes de vermeil, comme nous en voyons dans notre blafon qui paroît tirer fon origine de l'Orient. Parmi ces Mameluks il avoit qui étoient les huiffiers de la chambre du Sulthan, d'autres étoient chargés de fonner des inftrumens militaires au lever & au coucher de ce Prince. Dans le refte de la journée ils ne pouvoient fonner de ces inftrumens fans l'ordre du Commandant de la Halca. Ceux de ces Mameluks qui fe diftinguoient le plus dans la guerre, parvenoient aux plus grandes charges de l'Etat. Cette garde du Prince étoit une école où l'on formoit des hommes pour commander dans la fuite les armées & pour gouverner l'Etat. On blâma

y en

(a) Joinville le nomme par corrup- (b) Du mot Arabe Halac, cinxit.

tion Bahoris.

beaucoup dans le tems cette inftitution, & l'on prévoyoit Apr. J. C. que ces étrangers cauferoient la ruine de la famille de SalaAboulma- din. Saleh, dit un Poëte, en multipliant ces Turcs dans fon hafen. Empire y attira une infinité de maux ; fi Dieu ne protege point les Sulthans d'Egypte, ils périront avec tous leurs fujets.

Damas étoit alors poffédée par un autre Prince de la famille de Saladin, nommé Ifmail & furnommé auffi Saleh. Il étoit ami des Francs, auxquels il avoit remis Jérufalem, Tibériade, Ascalon; action qui indifpofa fi fort contre lui le Sulthan d'Egypte, que ce Prince fe ligua avec les Kharizmiens, auxquels il joignit fes troupes fous les ordres de Rokneddin bibars. Il les envoya porter le ravage dans les Etats des Francs & du Sulthan de Damas. Ghaza, Jérufalem, & d'autres places furent ravagées par ces Barbares. La plupart des Princes de Syrie fe réunirent aux Francs pour attaquer les Egyptiens & les Kharizmiens. Il fe donna une grande bataille proche Ghaza, où Manfour ibrahim qui commandoit l'armée de Syrie, & qui s'étoit réuni aux Francs, fut vaincu. Les prifonniers Francs furent conduits en triomphe dans le Caire; les Egyptiens prirent enfuite Afcalon, & marcherent vers Damas.

Si les Musulmans de Syrie avoient intérêt de s'opposer à la rapidité des fuccès du Sulthan d'Egypte & des Kharizmiens, les Francs qui voyoient toute la Terre-fainte défolée, & qui étoient fur le point d'en être chaffés, n'étoient pas moins animés à défendre un pays dont la conquête leur avoit couté tant de fang, & qu'ils poffédoient depuis fi longtems. L'intérêt de la Religion, la gloire de leurs armes, la néceffité de défendre les Francs de l'Orient, & une poffeffion ancienne, antérieure à celle des familles des Princes Musulmans qui régnoient alors, devoient naturellement les porter à faire de nouveaux efforts. Tous les malheurs qui menaçoient la Terre-fainte, déterminerent le Pape à faire affembler un Concile à Lyon, où il fut réfolu d'envoyer des fecours dans l'Orient. S. Louis, dans une affemblée où af fifterent tous les Princes, les Prélats & les Barons du Royaume, embrassa la Croifade avec fes trois freres, Alphonfe, Comte

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