Imágenes de páginas
PDF
EPUB

L'an 1301

Eglifes qui étoient dans le Caire; on en attacha les portes avec des crampons de fer; les Chrétiens furent obligés de Apr. J. C. porter des bonnets qui fervoient à les diftinguer, & lorfqu'ils Mohammontoient fur quelques bêtes de charge ils n'avoient qu'un med, pied botté. Ce réglement fut caufe que plufieurs embrafferent le Musulmanifme. On le publia dans tout l'Empire Egyptien, depuis le pays de Dankola en Afrique jufqu'à l'Euphrate. Les habitans d'Alexandrie s'emprefferent de ruiner deux Eglifes qui étoient dans leur ville.

Sur la fin de cette année (a) il arriva des Ambaffadeurs de la part des Tartares qui furent reçus avec beaucoup de magnificence; ils venoient propofer la paix. On fit publiquement la lecture de la letrre de Cazan khan; le Sulthan y répondit par une autre lettre, & envoya de riches préfens au Khan. Mais peu de tems après (b) on fut informé que cette ambaffade n'étoit qu'une impofture, que Cazan fe préparoit à rentrer en Syrie, & que on Général Bouliah étoit déja fur les bords de l'Euphrate. Pendant que le Sulthan faifoit préparer toutes fes armées pour paffer en Syrie, il reçut la nouvelle que le Khalif Hakim venoit de mourir (c) à Kabafch hors du Caire, proche le Birket el fil, ou Lac de l'éléphant. Il fit tranfporter fon corps avec beaucoup Diarbekriv de cérémonie à la Mofquée d'Ahmed, fils de Thouloun. Soyouth. Il donna enfuite le titre de Khalif à Aboulrabi foliman, hafen. fils d'Hakim, & le furnomma Moftakfi billah. Il envoya en- Aboulfedha fuite du côté de la Thébaïde différens corps de troupes pour chaffer les Arabes qui arrêtoient les Marchands & empêchoient le commerce; on en tua un très-grand nombre, & plufieurs qui fe fauverent dans les cavernes des montagnes y furent brûlés.

Aboulma

Ce Prince envoya auffi des troupes (d) contre le Tak- L'an 1307 four ou le Roi de la petite Arménie, qui faifoit des cour- Aboulmafes fur les terres des Musulmans. On ravagea tout fon pays, hafen. on affiégea Sis qui en étoit la capitale, & on revint dans Sanule les prairies d'Antioche avec un butin immense. Dans ce

Aboulfedha

(a) Dans le mois Dzoulhedge.

madi elaoual.

Dans le mois Sepher de l'an 701. (d) Dans le mois Ramadhan (c) Un vendredi 18 du mois Dgiou

Apr. J. C.

L'an 1302.

med.

Sanut.

Aboulma

hafen.

tems-là les Chrétiens cherchoient à faire de nouveaux éta blissemens en Syrie. Deux ans auparavant (a) Henry de LuMoham- fignan, Roi de Chypre, avec les Chevaliers du Temple & de l'Hôpital, avoit armé plufieurs vaiffeaux qui fe rendirent dans les environs de Rofette, & pillerent quelques villages; de-là ils allerent vers Alexandrie, où ils brûlerent un vaiffeau. Enfuite le grand Maître du Temple s'étoit établi Aboulfedha dans l'ifle d'Arados proche Tripoli, & de-là avec fes Chevaliers il faifoit des courfes fur les terres des Mufulmans. Seifeddin afnadmor, Gouverneur de la Phénicie, c'est-àdire, de Tripoli, demanda qu'on lui envoyât des troupes pour les repouffer. Le Sulthan ordonna au grand Vizir de faire conftruire quatre vaiffeaux de guerre (b), dont il donna le commandement à l'Emir Dgemaleddin acousch (c). Lorsqu'ils furent entiérement équipés, ils vinrent proche le Mikias, pour donner au Sulthan un divertiffement. Les trois premiers firent différentes courses, mais lorsque le quatrieme qui étoit monté par l'Emir Acoufch, fut au milieu de l'eau, il vint un grand vent qui le submergea. On en conftruifit à la hâte un nouveau, & comme Acoufch avoit été noyé, on donna le commandement de cette petite flotte à l'Emir Kahrdasch qui fe rendit auffi-tôt à Tripoli, & de-là vers l'ifle d'Arados qui eft proche d'Antharfous ou Tortofe. Les Templiers après quelque résistance furent obligés de fe retirer dans une tour; les Mufulmans débarquerent, & s'emparerent de toute l'ifle. Ils fommerent enfuite les Templiers de fe rendre, promettant de les conduire où ils voudroient; mais lorsqu'ils les eurent en leur pouvoir, ils les firent prifonniers. Ces Templiers étoient au nombre de cent vingt. Il y eut environ cinq cens archers & trois cens hommes du peuple qui furent tués ; les Templiers furent conduits en Egypte.

L'an 1303. Après cette expédition l'Emir Bibars el dgiaschanghir &
Soyouthi. plufieurs autres partirent (d) avec les troupes d'Egypte pour
Aboulfedha
Aboulma- aller en Syrie, où les Tartares étoient entrés à la tête de
hafen.

(a) L'an 1300.

(b) Dans le mois Mouharram de l'an 702; felon Sanut, en 1302.

(c) Surnommé Cari.
(d) Dans le mois de Redgeb.

quatre

L'an 1303

9

Benfchou

nah.

quatre-vingts mille hommes commandés par Couthlouc fchah. Čazan khan étoit lui-même à Rohba avec le refte de fes Apr. J. C. troupes. Coutlouc fchah fit fommer Azzeddin aphram MohamGouverneur de Syrie, de fe rendre. Mais celui-ci fut raffuré med. par Dgiafchanghir qui arriva à Damas (a), où la plûpart des habitans d'Alep & de Hama fe retirerent. Les troupes de Syrie fe raffemblerent à Hama auprès de Ketbogha, le même qui avoit été autrefois Sulthan. Les Tartares en ayant été informés, envoyerent un détachement confidérable vers Cariataïn, & tomberent fur les Turkomans. Afnadmor, Gouverneur de Tripoli, avec quinze cens cavaliers alla au fecours, & délivra les Turkomans. Couthlouc fchah s'avança vers Hama, & obligea l'armée Musulmane de se retirer vers Damas. La plupart des Emirs étoient partagés dans leurs fentimens ; les uns vouloient que l'on marchât à l'ennemi; les autres, que l'on attendît le Sulthan qui étoit parti d'Egypte avec le refte de fes troupes; mais la crainte les obligea de décamper encore de Damas, & les habitans défefpérés abandonnerent leurs femmes & leurs enfans pour fe fauver dans le château de cette ville; les Tartares qui étoient répandus dans les environs, firent une tréve avec eux, & fe retirerent.

Le Sulthan d'Egypte étant arrivé (b), on convint d'attaquer les Tartares, & on fe rangea auffi-tôt en bataille. Le Sulthan fe mit au centre, ayant à côté de lui le Khalif, l'Emir Selar, Gouverneur d'Egypte, Bibars, le Khaznadar Azzeddin ibegh, le Dgioukandar Baktimour & Acoufch el afram, Gouverneur de Syrie. L'aîle droite, où étoient les troupes de Hama avec les Arabes, étoit commandée par l'Emir Kaptchac; à la gauche étoient les troupes d'Alep, conduites par l'Emir Bedreddin bektafch & par d'autres. Le Sulthan parcourut tous les rangs fuivi du Khalif qui faifoit lire auprès de lui l'Alcoran, & qui crioit : Combattez pour votre Religion, pour vos femmes & pour tous les Musulmans qui font dans l'affliction. Il ordonna que les foldats qui fortiroient de leur rang fuffent tués fur le champ; enfuite co

(6) Le 2 de Ramadhan.

(a) Au milieu de Schaban, Tome IV.

A a

Apr. J. C.

Prince revint au centre, & fit placer derriere lui tous les L'an 1303, bagages. Alors Cothlouc fchah attaqua l'aîle droite (a); Moram l'Ouftaddar Houfameddin ladgin, Olba, fils de Carman med.

& plufieurs autres Emirs ayant été tués, elle fut mise en déroute, mais plufieurs Emirs du centre & de la gauche étant accourus, elle fe rétablit, & Cothlouc fchah quitta la droite qui prit quelque repos. L'Emir Selar & Bibars avoient fait les plus grandes actions de valeur, & avoient couru les plus grands dangers. Tous les autres Emirs animés par leur exemple, fe précipiterent au milieu des ennemis. Couthlouc fchah fut repouffé, Bouliah & les autres Mogols vinrent attaquer Selar & Bibars; alors Couthlouc begh, l'Emir Kaptchac & tous les Mameluks du Sulthan s'avancerent contre les Mogols, & foutinrent Selar. Dans la déroute de l'aîle droite les Tartares avoient eu le tems de s'avancer & de fe poster derriere les Mufulmans, & ils étoient tombés fur les bagages qu'ils avoient pillés. Les femmes & les enfans qui étoient forties de Damas, étoient difperfées dans les campagnes toutes échevelées & fans voile, pour éviter la fureur du foldat. Enfin la fatigue força les deux armées qui combattoient toujours de fe féparer. Couthlouc fchah fe retira fur une montagne voifine, perfuadé qu'il avoit remporté la victoire & que Bouliah poursuivoit les fuyards. Mais lorsqu'il vit du haut de la montagne que l'aîle gauche des Mufulmans n'avoit point été ébranlée, il fut étonné, & refta dans ce pofte jufqu'à ce qu'il vit arriver plufieurs des Mogols qui avoient poursuivi des fuyards & qui amenoient des prifonniers. Il fçut par un de ceux-ci que le Sulthan étoit en perfonne dans l'armée, car il l'avoit ignoré jufqu'alors (b). Vingt mille Tartares profiterent de la nuit pour fe retirer. Le Sulthan fit fonner pendant toute la nuit des inftrumens militaires afin de raffembler ceux qui avoient pris la fuite. Chacun resta dans ses rangs, & au lever du foleil on marcha de nouveau au combat. Il y eut encore beaucoup de monde de tué de part & d'autre, & Couthlouc fchah perdit quatre-vingts mille hommes fans les bleffés. Les Mogols qui

(a) Un famedi 2 de Ramadhan.
(b) Les Hiftoriens varient ici; plu-

tion,
fieurs prétendent qu'il le fçût avant l'ac-

Apr. J. C.

étoient accablés par la foif, en defcendant de la montagne coururent au fleuve pour fe défaltérer, & les Mufulmans L'an 1393. les taillerent en piéces. Le Sulthan revint à Damas après Mohmcette grande victoire, & envoya quelques troupes à la pourfuite des Tartares vers Cariataïn. Ils fuyoient de tous côtés & fe laiffoient égorger. Un petit nombre fe fauva à Tauriz avec Couthlouc fchah (a).

med,

Le Sulthan s'en retourna au Caire (b), où il y eut de gran- L'an 1304. des réjouiffances; il y avoit de tous côtés des endroits où l'on donnoit à manger au peuple. Le Prince avec fes Emirs fe promena dans toute la ville conduifant une multitude de prifonniers Tartares. Cazan étant mort dans la fuite (c), fon fucceffeur Khodabendé fit la paix avec le Sulthan. Quelque tems auparavant (d) il étoit arrivé dans les environs de Damas une troupe de gueux qui venoient du pays des Tartares. Ils étoient habillés finguliérement, leurs bonnets de laine étoient furmontés de deux cornes auxquelles étoient attachées des clochettes, leur barbe étoit rafée à l'exception des mouftaches; ils avoient un habit de laine blanche, & pour ceinture une corde; leurs dents fupérieures étoient caffées. Ils avoient un Chef d'environ quarante ans nommé Scheikh borac. On battoit du tambour devant lui comme devant un Sulthan, & il exerçoit une juftice févere fur fes gens; il difoit qu'il vouloit fe moquer des gueux. Ses gens l'appelloient Seradge eddin omar el ouarrac. oqu On profita de la paix, dont on jouiffoit alors, pour faire Aboulfedlia réparer les bâtimens qui avoient été renversés l'année derniere par un violent tremblement de terre. Mais on fut affligé d'une grande mortalité fur les chevaux ; prefque toutes les écuries des Emirs & de la milice fe trouverent dégarnies. Sur la fin de l'année Seifeddin kaptchac avec les troupes de Hama, & Cara fancar avec celles d'Alep allerent dans la petite Arménie, où ils s'emparerent de Tellhamdoun qu'ils raferent. On reçut enfuite (e) un Ambaffadeur

(a) Il arriva cette année de grands tremblemens de terre, une partie des murs du château de Hama & d'Alexandrie furent renverfes; plufieurs édifices eurent le même fort,

(b) Il y arriva le 20 de Schoual.
(c) Dans le mois Schoual de l'an 703.
(d) Dans le mois Dgioumadi elaoual.
(e) L'an 704.

[ocr errors]
« AnteriorContinuar »