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l'Empire, & réfolurent de refter fidéles à ce Prince. Cara fancar, Gouverneur d'Alep, envoya fon fils à Krak avec l'an 1309. Apr. J. C. une lettre, dans laquelle il exhortoit Mohammed à ve- Bibars II. nir, l'affurant de la fidélité & de l'attachement des Gouverneurs de Hama & de Tripoli (a). Le Sulthan ayant perfifté dans fa réfolution, & Bibars ayant fait folliciter de nouveau ces Gouverneurs, en leur envoyant des préfens & en les confirmant dans leur Gouvernement, ils lui prêterent ferment de fidélité.

Quoique Bibars parût paifible poffeffeur de l'Empire par la foumiffion de ces Gouverneurs, il s'éleva de nouvelles difputes entre lui & le peuple qui étoit toujours attaché au Sulthan Mohammed. Comme on foupçonnoit Selar de favorifer le parti de ce Prince, on confeilloit à Bibars de le faire arrêter, mais il ne voulut point y confentir; fes Mameluks l'engagerent feulement à envoyer l'Emir Mogoltai à Krak pour ôter à Mohammed fes Mameluks & fes chevaux. Mohammed fut tellement irrité de ce traitement qu'il s'en plaignit aux Gouverneurs d'Alep, de Hama, de Tripoli & de Sephed, les engagea à fe déclarer en fa faveur, & menaça de fe retirer chez les Mogols s'il n'étoit pas écouté. Il avoit fait mettre aux fers Mogoltai envoyé du Sulthan. Les Gouverneurs de Tripoli, d'Alep & de Hama lui firent fçavoir qu'ils étoient toujours difpofés à exécuter 'fes ordres, & le prierent d'envoyer vers eux un de fes Mameluks. Mohammed fit partir Itmifch avec des lettres pour ces Gouverneurs & pour quelques Emirs de Damas, tels que Couthlouc begh & Baktimour. Itmifch fe rendit fecrétement à Damas chez un des Mameluks de Couthlouc begh; Aboulmahafen. mais celui-ci ayant voulu le faire arrêter, il fe retira pendant la nuit chez l'Emir Bahadour aff. Acoufch, Gouverneur de Damas, qui avoit été inftruit de fon arrivée par Couthlouc begh, le fit chercher. Bahadour aff, loin de diffimuler qu'il fût chez lui, le mena lui-même au palais du Gouverneur, & dit publiquement que tous les Emirs qui étoient préfens, avoient été attachés au fervice du Sulthan Kelaoun & de

Aboulfedha

(a) Sanut dit que cet Emir appellé Afnadmor étoit Chrétien. Tome IV.

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fon fils; que ce Prince venoit demeurer à Damas ; que fi Apr. J. C. L'an 1309. quelqu'un vouloit s'y oppofer... Il ne put achever ce difBibars Il. cours, & fut arrêté par les cris de quelques Emirs. Acoufch parla à Itmisch en particulier, & lui dit : « Comment Mohammed peut-il venir en Syrie, ou même aller ailleurs, puifque la Syrie & l'Egypte appartiennent à Bibars; que Mohammed a abdiqué lui-même l'Empire ». Auffi-tôt qu'Itmisch fut de retour à Krak, ce Prince réfolut de partir.

Pendant ce tems-là Bibars qui avoit appris que Mohammed avoit fait arrêter fon Envoyé, convint avec Selar de faire partir un Officier pour le redemander. Mais dans le même tems il arriva de Damas un courier qui apportoit la nouvelle que Mohammed étoit forti de Krak, & qu'on ignoroit quel chemin il avoit pris. Bibars donna auffitôt des ordres pour que l'on gardât tous les chemins. En fortant lui-même du Caire il pensa être assassiné par l'Emir Nougai, un des Mameluks de Selar; à cette occafion les Bordgites devinrent ennemis de cet Emir qu'ils accufoient de favorifer Nougai. Celui-ci avec environ foixante Mameluks fortit du Caire pendant la nuit (a). Cinq mille cavaliers qui allerent à fa pourfuite, le joignirent dans les environs de Pelufe. Il fe mit en ordre de bataille avec fa petite troupe, & répondit à toutes les promeffes de récompenfes qu'on lui fit qu'il n'avoit que fon épée ; il ofa même propofer aux Emirs un combat feul à feul: enfuite à la faveur de la nuit il fe retira avec fes gens vers Cathia, où il trouva trois mille Arabes affemblés par les ordres du Gouverneur pour l'arrêter ; il les chargea fi brufquement, qu'il les obligea de fe fauver dans le defert. L'Emir Samak en apprenant cette nouvelle réfolut d'aller à Ghaza pour prendre des troupes, afin de marcher vers Kråk comme il en avoit l'ordre. Mais le Gouverneur de Ghaza l'en détourna, parce que Nougai devoit déja y être arrivé. Samak retourna au Caire, & le Sulthan envoya en diligence une lettre à Mohammed, par laquelle il le menaçoit que s'il ne renvoyoit pas tous fes Mameluks, il alloit marcher contre lui.

(a) La nuit du jeudi 1o de Dgioumadi elakher de l'an 709.

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Afnadmor, Gouverneur de Tripoli, s'étoit rendu en mêApr. J. C. me tems à Krak. Ce fut lui qui fit la réponse à Bibars qui L'an 1309. en fut fi peu fatisfait , qu'il ordonna auffi-tôt à l'Emir Bibars II. Acoufch, Gouverneur de Damas, de s'oppofer aux entreprifes de Mohammed. Celui-ci fit fçavoir au Sulthan qu'enfin ce Prince étoit parti de Krak; alors tous les Emirs d'Egypte furent partagés, cent vingt se fauverent & allerent rejoindre Mohammed. Les Bordgites attribuerent ces troubles à Selar, & vouloient qu'on l'arrêtât; mais Bibars n'ofoit entreprendre un coup fi hardi, parce que Selar avoit toute l'autorité; Bibars n'étoit Sulthan que dans fon palais, & Selar gouvernoit l'Etat. Mohammed de fon côté envoya l'Emir Itmisch vers les Gouverneurs de Hama & d'Alep qui promirent de le foutenir; le dernier voulut même engager dans ce parti celui de Damas. Baktimour, Gouverneur de Sephed, fe déclara pour Mohammed.

Bibars crut qu'il devoit fe hâter de prévenir ce Prince en envoyant une armée en Syrie (a), & donna des fommes confidérables à toute cette milice pour l'engager à prendre fa défense avec plus d'ardeur. Ces troupes qui étoient déja en marche, , rentrerent peu de jours après dans le Caire fur la nouvelle que le Gouverneur de Damas fit fçavoir que Mohammed étoit retourné à Krak. Mais on apprit prefque auffi-tôt que ce Prince marchoit vers Damas ; les armées repartirent de nouveau (6). Acoufch envoya en même tems L'an 1310. deux Emirs vers Krak pour fçavoir des nouvelles de Mohammed. Ils rapporterent que ce Prince avoit fait revenir auprès de lui Itmifch qui étoit chargé d'engager dans fon parti les Emirs de Syrie, & qu'il s'occupoit à chaffer. Cette nouvelle qui étoit fauffe, caufa beaucoup de joie à Bibars. En effet les deux Emirs, loin d'obéir aux ordres d'Acoufch, avoient prêté ferment de fidélité entre les mains de Mohammed, & c'étoit de concert avec ce Prince qu'ils avoient fait ce faux rapport.

Cependant Acousch craignant que Mohammed ne vînt furprendre Damas, envoya huit Emirs de cette ville pour garder

(4) Elle fortit du Caire le 9 de Redgeb.

(b) Le 20 de Schaban.

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Apr. J. C.
L'an 1310.

les chemins & arrêter tous ceux qui alloient de Syrie à Krak, & demanda en même tems des fecours à Bibars. Il fit auffi Bibars II. prêter de nouveau ferment de fidélité à tous les Emirs de Damas pour le Sulthan d'Egypte. En apprenant toutes les précautions qu'Acousch venoit de prendre, Bibars jugea que la Syrie étoit dans un grand danger. Plufieurs Emirs de fon armée qui étoit à Abbafa fe révolterent, & allerent avec la caiffe militaire fe joindre à Mohammed. Ceux qui lui apporterent cette nouvelle, lui confeillerent de fe mettre à la tête de fes troupes. Il alloit prendre ce parti, lorfque la moitié de fon armée d'Abbasa abandonna son service & fe retira vers Krak. Cette nouvelle le jetta dans un grand embarras; il fit exhorter Bourlghi qui commandoit cette armée, à faire son devoir, & crut devoir prendre la précaution de fe faire confirmer dans la poffeffion du trône par une nouvelle patente du Khalif, & de faire renouveller le ferment de fidélité des Emirs en fa faveur. Il envoya à Bourlghi la copie de la patente, afin qu'elle fût lue devant la milice. Elle étoit conçue en ces termes : « Au nom de » Dieu clément & miféricordieux, de la part de Mahomet » & de fon Khalif Moftakfi, &c. O vous qui croyez en

Dieu, & qui lui obéiffez ainsi qu'à fon Prophete, apprenez que j'ai confirmé de nouveau Bibars dans le gouverne»ment de l'Egypte & de la Syrie ; je l'ai établi à ma place » à cause de fa religion & de fes autres vertus, j'ai déposé

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celui qui régnoit avant lui, lorsque j'ai été informé qu'il » avoit quitté le trône. Sçachez que l'Empire n'eft point héréditaire. Je vous ai donné Bibars; quiconque eft contre

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lui, fera contre moi; & ceux qui lui feront foumis, le » feront à moi. J'ai appris que Mohammed excitoit la divi

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fron parmi les Mufulmans & qu'il vouloit porter la guerre dans leur pays, je vais marcher contre lui s'il perfifte dans » fon deffein ». C'est ainsi que s'exprimoit ce Chef de la Religion Musulmane qui n'avoit aucune autorité.

Bibars apprenoit tous les jours que de nouvelles bandes d'Emirs quittoient fon fervice, pour paffer auprès de Mohammed qui s'avançoit vers Damas. Sa marche fut bien-tôt connue dans cette ville. Tout le peuple, malgré le Gou

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L'an 1310.

verneur, cria, Vive le Sulthan Mohammed. La milice fe dé-
tachoit par bandes & alloit rejoindre ce Prince; les Emirs Apr. J. C.
quittoient Acoufch, quelques-uns même vouloient l'arrêter, Bibars ll.
& il fut obligé de fe retirer pendant la nuit vers Schocaïf
Lorfque Mohammed fut dans le voisinage de Damas, toute
la milice alla au-devant de lui; on fit de nouveaux orne-
mens impériaux, des étendarts des Khalifs & des Sulthans.
L'armée lui prêta ferment de fidélité, & il entra dans Da-
mas fans aucun obftacle (a), & aux acclamations de tout
le peuple & de la milice qui marchoit devant lui. Moham-
med avoit écrit une lettre à Acoufch pour l'engager à fe
foumettre. Celui-ci avoit répondu avec menaces; mais lorf-
qu'il vit que ce Prince étoit maître de Damas, il prit le
parti de fe rendre. On fit dans Damas la priere publique
au nom de Mohammed (b). Le même jour arriverent Ca-
rafancar, Gouverneur d'Alep, Kaptchac, Gouverneur de
Hama, Afnadmor, Gouverneur de Tripoli, Timour furnom-
mé Saki, Gouverneur d'Hemeffe, enfuite Kerai, Gouver-
neur de Jérusalem, & Baktimour, Gouverneur de Sephed.
Kerai alla avec fon armée à Ghaza, où par fes largeffes il
engagea une grande quantité de monde dans fon parti.

Après la prife de Damas la plupart des
des troupes d'Egypte
fe réfugierent dans cette ville auprès du nouveau Sulthan
& Bibars refta avec les feuls Officiers de fa maison; Bourl-
ghi lui-même fe déclara en faveur de Mohammed; les Bord-
gites le quitterent & s'en retournerent au Caire. Bibars in-
certain fur le parti qu'il avoit à prendre, envoya une partie
de fes domeftiques dans la Thébaide. Les Bordgites qui
attribuoient cette révolte à Selar, vouloient l'arrêter; mais
cet Emir qui n'avoit pas ignoré leur deffein, refufa d'aller
au palais ce jour-là. Alors Bibars fit appeller tous fes Emirs
(c) & tint confeil avec eux. Plufieurs lui confeillerent de
fe démettre, & de fe retirer à Ithfih pour attendre la ré-
ponse de Mohammed. Il enleva tout ce qu'il put du tréfor,
& fortit avec fept cens Mameluks & quelques Emirs par
la porte des écuries. Le peuple en le voyant partir fe mit

Le 16 de Ramadhan.

(a) Dans le mois de Schaban.

(B) Un vendredi 22 de Schaban,

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