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hafen.

Pendant toutes les révolutions qui venoient d'arriver, Apr. J. C. L'an 1367. le Sulthan avoit fait reconduire à Rhodes par deux de fes Schaban. Emirs les Ambaffadeurs du Roi de Chypre qui avoient été Aboulma- retenus jufqu'alors. Ces Emirs propoferent un autre traité, Guillaume dans l'efpérance de gagner encore du tems; ils alléguoient, de Machaut pour excufer leur mauvaise foi, la mort d'Ilbogha qui avoit conclu celui dont le Confeil ne vouloit pas ratifier les conditions. Le Roi de Chypre qui ne voulut rien changer, partit avec une flotte de cent quarante voiles, dans le deffein d'aller furprendre Alexandrie. Mais fur les représentations qu'on lui fit que les Mufulmans étoient fur leurs gardes de ce côté, il fit voile vers Tripoli; Idmor, Gouverneur de cette ville, étoit abfent (a). Les troupes Musulmanes coururent au rivage pour empêcher le débarquement, mais elles furent repouffées, & les Chrétiens ayant débarqué leurs chevaux, marcherent vers Tripoli qui étoit éloignée de la Mer d'une petite lieue d'Egypte. Malgré vingt mille Mufulmans qui la défendoient, le Roi de Chypre s'en rendit maître, & paffa les habitans au fil de l'épée, mit le feu par-tout, & s'en retourna, parce qu'il ne pouvoit pas la garder. De-là il alla prendre & bruler Tortofe, Laodicée (b), Belinas (c) & plufieurs autres villes, & débarqua à Ayas, où le Roi d'Arménie devoit se rendre de fon côté avec une armée. Cette place appartenoit alors au Sulthan d'Egypte. Le Roi de Chypre, avec quatre-vingts hommes à cheval, défit les troupes qui lui difputoient le débarquement, il les poursuivit à une lieue par-delà la ville, où ils fe rallierent, les mit de nouveau en déroute, & revint à Ayas. La fatigue & la diminution de ses troupes ne lui permettant pas de prendre le château, il brula la ville, & fe rembarqua (d) pour aller attendre ailleurs le Roi d'Arménie qui ne vint pas. Alors ce Prince, faute de fecours, retourna en Chypre, & ne trouvant point que les Chrétiens d'Europe vouluffent le foutenir, il confentit, par le confeil de ces Princes & du Pape, à faire la paix avec le Sulthan,

(a) L'an 769.

(b) L'Auteur l'appelle Liche.

nut, Valania.

(d) On étoit alors à l'entrée de () Machaut la nomme Valence; Sa- l'hyver.

Apr. J. C

Schaban avoit alors fa mere qui avoit épousé l'Emir Eldgiai. Cette Princeffe étant morte (a), il furvint une difpute L'an 1373. entre lui & cet Emir (b). Celui-ci se révolta, & fit pren- Schaban. dre les armes à tous fes Mameluks (c). Ceux du Sulthan monterent à cheval, & ce Prince avec fes Emirs & tous fes domestiques, paffa la nuit fous les armes, & le lendemain il fe donna plufieurs combats; dans un dernier l'Emir fut mis en déroute; enfuite ayant raffemblé un plus grand nombre de gens, il alla à la montagne rouge au Dôme de la Victoire. Le Sulthan lui fit offrir le Gouvernement de Hama. Eldgiai ne l'acceptant qu'à condition qu'on lui laifferoit tous les Mameluks & tout ce qu'il poffédoit au Caire, & le Sulthan l'ayant refufé, on fe prépara à un nouveau combat. Mais pendant la nuit plufieurs Mameluks abandonnerent le parti de l'Emir, & fe retirerent vers le Sulthan qui envoya auffi-tôt fes Emirs, fes domeftiques & les Mameluks de fes enfans au Dôme de la Victoire. Eldgiai prit la fuite, & fut noyé en voulant traverser le Nil à cheval. Par fa mort la révolte fut appaisée; on arrêta ses enfans, fes Mameluks & tous fes partifans. Le Sulthan donna le commandement des armées d'Egypte que poffédoit Eldgiai, à Azzeddin idmor, Gouverneur de Tripoli. Dans le même tems il y eut une grande famine en Egypte, fuivie d'une pefte; le Nil après avoir diminué dans le mois Hatour (d), augmenta prodigieufement contre fon ordinaire.

Le Sulthan envoya enfuite Afchkitmour, Gouverneur d'Alep, avec une armée dans la petite Arménie (e). Les L'an 1374 Musulmans tinrent affiégée pendant trois mois la ville de Sis, capitale du pays, s'en rendirent maîtres, & conduifirent le Roi d'Arménie prifonnier au Caire. Par cette victoire le Royaume d'Arménie fut entiérement détruit. On donna à l'Emir Acbogha le Gouvernement de Sis, à laquelle on joignit les villes de Tharfe, d'Adena, d'Ayas, & quelques autres. Il y eut une pefte en Egypte, & enfuite (f) une famine, pendant laquelle on vendit la livre L'an 1375.

(a) Dans le mois Dzoulhedgé de l'an

774.

(b) Au commencement de l'an 775. (c) Le 6 de Mouharram,

(d) Un des mois Egyptiens.
(e) L'an 776.
(ƒ) L'an 777.

Apr. J. C.

de pain deux drachmes. Les hommes mangeoient les cadaL'an 1375. vres; à Alep les peres vendoient leurs enfans; elle s'étenSchaban. dit jufques dans le pays de Roum. Quelques-uns même mangerent leurs propres enfans. Lorsqu'elle fut paffée, la mortalité fe mit parmi les pauvres à caufe des ordures dont ils s'étoient nourris; il s'élevoit une tumeur qui s'enflammoit, & ils mouroient fur le champ. Le même mal appellé le Mal des Ardens, avoit régné l'année précédente en France, en Italie & en Angleterre. La famine dura trois ans en Syrie; fa plus grande force étoit cette année, & elle diminua l'année fuivante.

L'an 1377.

,

Le Sulthan ayant formé enfuite le deffein d'aller en pélerinage à la Mecque, il envoya (a) fes freres & leurs enfans à Krak, afin qu'ils y reftaffent pendant fon absence. La plupart des Mameluks étoient oppofés à ce pélerinage; il alla faire un petit voyage à Siriacous (b) fuivant la coutume, & partit enfuite pour la Mecque (c) avec un équipage magnifique. Il y avoit vingt bandes de chameaux qui avoient des houffes d'or, quinze autres bandes qui en avoient de foie, une bande couverte de drap noir pour le Khalif, une autre bande vêtue de blanc pour les femmes; cent chevaux avec des harnois & des houffes toutes plus riches les unes que les autres ; des tentes qui étoient faites des étoffes les plus précieuses; toutes fortes de provisions portées par une infinité de chameaux ; elles confiftoient en laitues, fenouil, mente, béterave, coriandre & autres légumes qui étoient dans la terre pour les tenir fraî ches. On portoit encore la boiffon néceffaire & les autres provisions de bouche; il y avoit trente mille vafes de confitures, dont chacun contenoit cinq livres; outre cela une quantité prodigieufe de bois d'aloës, de fandal & de mufc. C'étoit-là la provifion du Sulthan. Les Emirs avoient également leurs bagages & leurs provifions. Par-là au milieu de ces deferts pleins de fables on avoit des plantes toutes

(a) Le 19 de Ramadhan de l'an 778.
(b) Dans le mois Schoual.
(c) Sanut, 1. 3, part. 14, cap. 12,
parle de cet endroit qu'il nomme Qui-

riacos, terra fructifera & fertilis. II met de Pélufe à Abiralcara 3 lieues; de-là à Hus, 4 lieues; de-là à Quiriacos, 3 lieues; de-là au Caire, 3 lieues.

fraîches

Apr. J. C.

fraîches, & on vivoit avec autant de luxe & de fenfualité que dans les férails. Le Sulthan fe rendit au Birket el hadge, L'an 1377. ou le Lac des pélerins, grand étang éloigné du Caire d'en- Schaban. viron douze milles, fur le chemin de Suès; c'eft le rendez- Thevenors vous ordinaire de tous ceux qui font le pélerinage de la Meque. Ces caravanes ne marchent que la nuit, & fe repofent pendant le jour, afin d'éviter les chaleurs qui font infupportables dans ce climat. Lorfque la lune n'éclaire pas, il y a des hommes qui portent des fallots devant la caravane. Pendant toute cette marche les chameaux font attachés queue à queue, & vont ainsi sans qu'on soit obligé d'avoir une foule de conducteurs.

Le Sulthan quitta le Lac des Pélerins, & entra dans Aboulmal'Hedgiaz, il étoit accompagné de neuf Emirs comman- hafen. dans de mille hommes, de vingt-cinq Emirs de la Tubalkhané, de quinze Emirs commandans de dix. Quoique ce Prince eût établi une régence dans le Caire, il ne fut pas plutôt parti, que la divifion fe mit parmi les Emirs (a). Taschtimour, Corthaï, Afnadmor, Inbegh, avec les Mameluks du Sulthan & d'autres qui étoient reftés au Caire, prirent les armes, & coururent au château demandant qu'on leur remît l'Emir Aly, fils de Schaban. Ils publierent que le Sulthan Schaban étoit mort, & qu'il avoit nommé Aly pour lui fuccéder. Comme on le leur refufoit, & que l'on tenoit les portes fermées, ils briferent les fenêtres, & entrerent par-là dans un des magafins du château qu'ils pillerent. On fut obligé de leur remettre Aly qu'ils proclamerent Sulthan. Ils allerent avec ce Prince au grand Aï- Zaheri. ouan, c'étoit un portique hors du palais qui étoit furmonté d'un dôme extrêmement élevé & très-beau, foutenu par plufieurs colonnes de marbre. Il avoit été bâti par le fameux Sulthan Mohammed. C'étoit-là où le Sulthan donnoit publiquement fes audiences. Ils prêterent ferment de fidélité à Aly, & le furnommerent Manfour. Ce Prince n'avoit hafen. alors que fept ans. Ils arrêterent enfuite un homme qu'ils Soyouthi. prétendoient venir de l'Hedgiaz,& le conduifirent aux Emirs. nah.

Aboulma

Benfchou

(d) Dans le mois Dzoulcaada Tome IV.

Hh

Apr. J. C.
L'an 1377.

Cet homme apprit que le Sulthan étant campé au château d'Acaba, plufieurs Emirs s'étoient révoltés contre lui, & Schaban, qu'il avoit été obligé de fe réfugier à Birket adgeroud (a). En effet les rebelles fe tranfporterent au Dôme de la Victoire, où ils trouverent quelques Emirs qui avoient accom pagné ce Prince. Après avoir fçu d'eux qu'il étoit rentré dans le Caire, où il s'étoit caché, ils le firent chercher. Schaban fut pris déguifé en femme, & conduit au Château de la montagne, où on l'étrangla, & fon corps fut jetté dans un puits.

Les Emirs qui étoient reftés à Acaba après la fuite de ce Prince, avoient été trouver le Khalif Motaouakkel qui étoit du voyage, pour le proclamer Sulthan; ils ignoroient ce qui s'étoit paffé au Caire. Le Khalif les refufa. Alors toute la caravane revint à Abiar el alaï (b), & ayant appris à Adgeroud la mort du Sulthan, elle fe rendit au Birket el hadge. Conime les Emirs paroiffoient fâchés de ce qu'ils avoient fait, les rebelles d'Egypte vinrent les attaquer, & les défirent. Schaban avoit régné quatorze ans, deux mois & vingt jours. Le peuple le regretta à caufe de fes vertus. Il étoit généreux, aimoit les gens de bien & les Sçavans, foulageoit les pauvres, rendoit exactement la juftice à fes fujets, &, contre la coutume de tous les Sulthans qui l'avoient précédé, il faifoit du bien à fes freres, à fes neveux & à tous fes parens, leur donnoit des charges & des appanages confidérables. Tous les Sçavans trouvoient un asyle dans fa Cour; les Arts & les Sciences fleurirent pendant fon régne. Ce fut lui qui le premier ordonna que les Schérifs ou parens de Mahomet porteroient un turban verd.

'Aly.

Après la mort de Schaban les Emirs & le Khalif s'affenAboulma- blerent (c) au Château de la montagne, & renouvellerent hafen. la proclamation d'Aly qui fut furnommé Manfour alaeddin', c'eft-à-dire, le Vainqueur, qui éleve la Religion. Après qu'on l'eût habillé de noir, qu'on lui eût mis la vefte impériale & le manteau de foie orné d'une frange d'or, il alla

Benfchou nak.

(a) Lieu que l'on rencontre en allant à la Meque.

(6) Lieu dans la route de la Meque

au Caire. Thévenot l'appelle Abiar

alaïna.

(c) Un jeudi 8 de Dzoulcaada.

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