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L'an 1377

depuis la porte appellée Satara accompagné de tous fes Emirs, jufqu'à l'Ayouan, où il monta fur fon trône. Là les Apr. J. C. Emirs fe profternerent à fes pieds, & lui ayant prêté ferment Aly. de fidélité, il leur diftribua, fuivant la coutume, des veftes d'honneur. Lorfqu'il fut de retour au palais, il nomma Taschtimour, Atabek des armées d'Egypte. L'Emir Corthai fut fait Chef de tous les Gouverneurs de province (a). It nomma plufieurs autres Officiers, rendit la liberté à plu-fieurs Emirs qui étoient renfermés dans les prifons du Château de la montagne, & en envoya quelques autres dans celles d'Alexandrie. Enfuite (b) on lut publiquement la pa tente que le Khalif avoit dreffée pour la prise de poffeffion de l'Empire, & on délivra les cent mille piéces d'or qu'il étoit d'ufage de donner pour obtenir cette patente. Taschtimour étant venu à mourir dans ce même tems, Corthai eut fa place (c).

Cet Emir ne tarda pas de fe brouiller avec fon gendre nommé Inbegh, qui étoit grand Ecuyer. Dans un feftin que le premier donna ils s'échaufferent tellement à boire, que bientôt ils en vinrent aux invectives; ils fe leverent & coururent aux armes; on battit le tambour, & tous les Emirs fe rendirent auprès du Sulthan. Cette fédition qui pouvoit avoir des fuites fâcheufes pour ce Prince, fut appaifée. Corthai qui étoit devenu le plus foible, demanda le Gouvernement d'Alep & l'obtint. Inbegh fit arrêter les Emirs qui s'étoient déclarés contre lui, & les envoya dans les prifons d'Alexandrie. Devenu le maître de l'Empire, il exila le Khalif Motaouakkel à Cous; enfuite l'ayant rappellé il le dépofa, & donna à Zakaria, fils de Motaouakkel, le titre de Khalif; celui-ci fut furnommé Motaffem. Plufieurs Emirs blâmerent cette action d'Inbegh; Motaffem fut auffi-tôt déposé. Inbegh s'empara de plufieurs Colléges où il mit fes propres Mameluks, & donna à fes enfans les premieres charges. Sa conduite qui étoit odieuse à tout le monde, excita des révoltes en Syrie. Le Gouverneur de Damas prit les armes. Inbegh fit raffembler promptement

(a) En Arabe, Ras noubet elkabir. () Le 12 de Dzoulhedge,

(c) Dans le mois Mouharram de l'an 779

L'an 1377. Aly.

les troupes, & fe rendit avec le Sulthan à Redanié, où il Apr. J. C. refta plufieurs jours (a). Mais une partie de la milice qui alloit devant fous les ordres de Cothlou khodgia, frere d'Inbegh, s'étant révoltée, Inbegh revint auffi-tôt au Caire avec le Sulthan qu'il plaça dans les Ecuries; c'étoit un palais où il y avoit de magnifiques appartemens. Couthlouc timour & Altoun bogha revinrent de Péluse pendant la nuit avec une partie de la milice, & fe retirerent au Dôme de la Victoire. Inbegh informé de leur arrivée, envoya fon frere avec deux cens Mameluks pour les chaffer; mais la lace s'étant réunie aux rebelles popuCothlou khodgia fut re

pouffé & fait prisonnier. Le nombre des rebelles augmentant à chaque inftant, & Inbegh ne fçachant quel parti

prendre, fe fauva à cheval du côté de Kiman; ceux qui le poursuivirent, ne trouverent que fon cheval & fes habits; dans la fuite cependant il fut arrêté & conduit dans les prifons d'Alexandrie.

Après fa fuite les Emirs monterent au château, où ils fe diviferent de nouveau. Quelques-uns furent arrêtés. Enfuite Ilbogha qui eut le Gouvernement du Royaume, envoya un grand nombre d'Emirs dans les prifons d'Alexandrie; quelque tems après on les remit en liberté, & on les envoya dans la Syrie. Il y eut beaucoup de changemens parmi les Gouverneurs de provinces & les grands Officiers de l'Empire. Tafchtimour, auparavant Gouverneur de Syrie, étoit venu depuis peu en Egypte, où il s'étoit appliqué à rétablir les affaires. Mais Barkok & plufieurs autres Emirs, auxquels ces changemens déplaifoient, firent battre du tambour, & allerent avec tous leurs Mameluks pour arrêter cet Atabek (c). Ceux de Tafchtimour ayant été vaincus, cet Emir demanda une fauve-garde au Sulthan, & monta ensuite au château, où il fut arrêté fur le champ avec quelques autres, & envoyé dans les prifons d'Alexandrie. Parla Barkok devint Atabek des armées. On donnoit encore Marakefchi à cet Officier le titre de Beghler begh, & il avoit à fon service trois mille cinq cens Mameluks. Celui qui étoit

L'an 1378.

(a) Jafqu'au commencement de Rabi elakher,

(La nuit du 9 de Dzoulhedgé de l'an 779.

Apr. J. C.

Aboulma

hafen.

revêtu de cette Charge, étoit un des plus grands Emirs de la Cour. Barkok étoit auparavant commandant de mille L'an 1378. hommes. Ces Commandans étoient au nombre de vingt- Aly. quatre, & avoient chacun à leur fervice cent Mameluks. Quelques Emirs envieux du crédit & de l'autorité dont Barkok jouiffoit alors, confpirerent contre lui (a), mais ils furent pris, & la fédition fut appaifée. Elle fut fuivie d'une feconde qui n'eut pas plus de fuccès (b). Une troisieme qui L'an 13798 fut plus confidérable s'éleva (c), entre Barkok & l'Emir L'an 1380€ Bereké qui lui avoit toujours été attaché. On les avoit réconciliés plufieurs fois; enfin leur haine éclatta. Barkok luimême avec fes Mameluks fe rendit au Collége du Sulthan Haffan, où il fe renferma ; il monta fur la platte-forme, & jetta des fleches fur les écuries de Bereké. Auffi-tôt celui-ci fit armer tous fes Mameluks, & Barkok permit au peuple de piller ce palais. Son ennemi s'y voyant affiégé de tous côtés, l'abandonna, & fe retira avec fes Mameluks au Dôme de la Victoire ; de-là il envoya quelques troupes vers le Château de la montagne. Il y eut un combat, après lequel chacun fe retira auprès de fon Chef. Il fe donna (d) un nouveau combat au Dôme de la Victoire, où d'abord le parti de Bereké fut battu. Bereké voyant la déroute de fes gens, monta à cheval avec ce qu'il avoit de plus brave, & repouffa fes ennemis. Le lendemain Barkok fit loger auprès de lui dans les écuries le Sulthan, & fit raffembler tous les Mameluks. On fit enfuite quelques propofitions de paix. Barkok vouloit éloigner Bereké en lui donnant un Gouver nement, mais celui-ci ne voulut point l'accepter. Il fépara tous fes gens en deux bandes, contre lefquelles Barkok envoya des troupes. Il y eut plufieurs combats. Enfin Bereké ayant été abandonné par une partie des fiens, fut pris & envoyé à Alexandrie, où il mourut. Peu de tems après le Sulthan tomba malade, & mourut (e) âgé de douze ans. L'an 1381ā Après la mort du Sulthan Aly, Barkok fongeoit à fe faire Hadgi.

(a) Au commencement de l'an 780. (b) Le 24 de Schaban de l'an 781. (c) L'an 782, dans le mois Sepher & fuiyant,

(d) Le 8 de Rabi elaoual.

(e) Un dimanche 23 de Sepher de l'an 783.

1381.

Benfchou

nah.

y

déclarer Sulthan; mais voyant que beaucoup d'Emirs Apr. J. C. étoient oppofés, il fit affembler le Khalif, les Cadhis & les Hadgi. Grands du Royaume, & leur propofa de mettre fur le trôAboulma ne un des enfans de Schaban. On choifit Hadgi qui étoit hafen. le plus grand; il fut proclamé & furnommé Saleh. Barkok fut fait Atabek des armées & Régent du Royaume. Le Soyouthi. nouveau Sulthan n'étoit âgé que de neuf ans. Barkok avoit alors un fi grand nombre d'ennemis, qu'il étoit toujours dans les allarmes. Quelques-uns lui confeillerent de se faire proclamer Sulthan. Il y confentit, & envoya deux Emirs L'an 1382. qui prirent Hadgi, & le renfermerent dans le palais (a); alors Barkok fut proclamé Sulthan, & le trône d'Egypte paffa dans la nation des Circaffes dont étoit cet Emir.

Zaheri.

Sous le regne de ces Mameluks & des Circaffes qui leur Marakeschi ont fuccédé, cet Empire comprenoit l'Egypte, la Syrie & l'Hedgiaz, ou une grande partie de l'Arabie. L'Egypte étoit divifée en méridionale & en feptentrionale. Dans la partie du Midi qui commence au Caire & s'étend jusqu'aux cataractes, eft la contrée de Dgizé, traversée par le Nil, enfuite celle d'Ithphih, où est une ville du même nom; la contrée où eft le desert occidental, celle de Phioum où est une grande ville ruinée que l'on appelle la ville de Jofeph, La contrée de Bahnas, ou Behneffé, où eft une ville du même nom; celle d'Afchmounaïn où eft la ville du même nom, & une autre appellée Meniat ben khafib; la contrée d'Afiouth, ou Soyouth, où eft la ville du même nom & Manfelouth. A l'Occident du Nil eft la contrée d'Alou hat où eft la ville d'Alouah. Au Midi d'Afiouth eft celle de Cous, où l'on trouve les villes de Cous & d'Afouan. Enfuite le pays de Kounouz, au-delà duquel font les cataractes. Zaheri dit que dans la Thébaïde il y avoit plus de mille Eglifes ou Couvens de Chrétiens.

La partie maritime de l'Egypte s'étend depuis le Caire jufqu'à la Mer. La premiere contrée eft celle de Calioub, où eft une ville du même nom qui eft ruinée en grande partie. A l'Orient font les contrées de Khaniké, de Bilbeïs

(a) Un mercredi 19 de Ramadhan de l'an 784

ou de Pélufe, & de Salehia. La ville de Cathia qui eft la barriere de l'Egypte,. & par laquelle il faut paffer pour entrer dans ce pays, n'eft pas comprise dans ces contrées. Du même côté il y a plufieurs habitations d'Arabes qui ne font pas portées fur les regiftres de l'Empire. Au Nord eft la contrée appellée Dahcalia el mourtadgia, que la plûpart regardent comme deux cantons à caufe des deux noms. Il y a quatre villes, Manfoura, Afchmoun erroumman, Phareskour & Manzala. Cette contrée eft la plus fertile de l'Egypte. Plus au Nord & fur le bord de la Mer eft la contrée de Damiette, où il y a un des plus beaux ports, dans lequel il aborde quantité de vaiffeaux. A l'Occident du Nil eft la contrée occidentale où font les villes de Mahalla ou Mehallé, de Nihraria, de Foua & de Samanoud. Enfuite la contrée de Menoufia où eft la ville de Menouf qui eft ruinée. On trouve encore là l'ifle d'Abounafr où commence le Delta & la ville d'Abiar. La derniere des contrées à l'Occident du Nil eft celle de Bahira où eft Demenhour. La ville d'Alexandrie eft frontiere de l'Egypte ; elle eft enceinte d'une double muraille garnie de tours, fur lefquelles il y a des machines de guerre, autour eft un foffé rempli d'eau.

La Syrie qui dépendoit de l'Egypte cft appellée Scham, fuivant Zaheri, par abbréviation du mot Arabe Schamal qui veut dire le Nord, parce que ce pays eft fitué au Nord de la Meque, comme l'Yemen qui fignifie la droite, a été ainfi nommée parce que cette province eft à la droite de la même ville. La Syrie étoit alors divifée en cinq parties; la premiere eft la Palestine qui commence à Amdge, & s'étend jufqu'à Ghaza & Ramla de Paleftine. On compte quatre jours de marche depuis Amdge jufqu'à Ladjoun. Sa largeur eft depuis Jaffa jufqu'à Jéricho. Les principales villes de ce pays font Jérufalem, Afcalon, Loud, Napoulous & Hebron. La feconde eft Houran où eft la grande ville de Tibériade & celles de Ghour, d'Yarmouk & de Baifan. La troifieme eft Goutha où font Damas, Tripoli, Sephed & Baalbek. La quatrieme eft Hemesse ou Hims, dans le territoire de laquelle il n'y a ni scorpions ni ferpens. Salamia

Apr. J. C

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