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j'ai fait ufage. J'ai eu occafion de voir par-là que ceux qui ont voulu compofer des hiftoires particulieres, n'avoient fait que copier ces premiers Mémoires, dont plus communément ils retranchent certains détails. En effet, après avoir dépouillé ce que Ma-tuon-lin a mis dans fon grand ouvrage intitulé, Ven-hien-tong-kao, où il parle, dans des articles féparés, de tous les Barbares qui font au Midi, à l'Orient, au Nord & à l'Occident de la Chine, je me fuis apperçu que mon travail devenoit inutile lorfque j'ai confulté les Mémoires rapportés dans les XXI. Hiftoriens qui font beaucoup plus détaillés, & la fource de tous les autres. Ces détails cependant ne remontent pas au-delà de l'an 200 avant Jefus-Chrift; & tout ce qui précede eft renfermé dans une page. Il m'étoit donc impoffible, même avec l'ouvrage que l'on m'indique, quand il renfermeroit l'hiftoire des Huns, de remplir les fiécles dont j'ai omis les détails, puifque les Chinois euxmêmes n'en ont prefque point pour leur Hiftoire. De ces XXI. Hiftoriens que nous venons de citer, le Sé-ki seul eft renfermé dans 14 petits volumes ou cahiers Chinois; c'eft-là que toute l'Hiftoire ancienne de l'Empire eft comprife; encore y trouve-t-on une partie de celle des Han, de longues tables & des préfaces. Ces Han régnoient du tems de J. C. Le nombre des volumes qui contiennent l'Hiftoire poftérieure, monte à près de 300. Quelle difproportion ! Je n'avois donc point de monumens détaillés à confulter

pour ces tems anciens.

III. Mais les Journalistes qui veulent me convaincre par des preuves, ajoutent encore: Cependant il pouvoit auffi trouver des invafions faites fous la premiere Dynaftie, quoiqu'il dife que l'Histoire n'en rapporte aucune on y voit, dès le régne du voluptueux Tai-kang, ces Barbares inquiéter l'Empire. Siang ne put les réduire qu'après fept années de guerre : & fous le régne de Kie, le dernier Empereur des Hia & le plus mauvais des Princes, la Nation Kuen-y entra dans la Chine, & s'établit dans le pays de Sigan-fou & de Fong-tciang-fou dans le Chen-fi,

Ces détails font certainement peu intéreffans, & je crois m'être mis à l'abri de tout reproche, lorfqu'après avoir Tom. IV. Yy

indiqué plufieurs incurfions semblables, j'ai dit que les Tartares en firent encore beaucoup d'autres dont on n'a pas les détails. D'ailleurs, la réflexion que les Journalistes ajoutent, semble me justifier, puifqu'ils difent que les Kuen-y font vraisemblablement des peuples appellés San-miao. Cela étant, comme je ne donne que l'Hiftoire des Huns, & que je n'ai point entrepris celle de tous les Barbares qui font aux environs de la Chine, je dois être difpenfé de parler de ces derniers, & me renfermer dans mon fujet, déja assez étendu.

Je m'apperçois que l'on confond ici tous ces Barbares. Les Chinois les diftinguent avec foin, & je les ai imités, pour ne point m'engager dans des digreffions inutiles. En effet, l'irruption des Tartares fous Tai-kang, que l'on cite ici, n'appartient point aux Huns, puifqu'elle a été faite par les Tartares Orientaux, dont je n'ai point traité l'Hiftoire. Ma-tuon-lin, en parlant de ceux-ci qu'il appelle Tong-y, & dont il donne l'hiftoire dans la 324 fection de fon ouvrage, dit, pag. 4. (a) Tai-kang s'étant écarté de la vertu, ces Barbares commencerent à fe révolter. Il ajoute qu'ils furent foumis le Fondateur de la Dynaftie des Chang; que fous le régne de Tchong-ting ils firent des courfes dans la Chine; mais ces expéditions font étrangeres à mon fujet. D'ailleurs, je le répete, quand elles y appartiendroient, elles font fi dépourvues de détails, & fi éloignées les unes des autres, que le récit n'en peut être intéreffant. Perfonne n'ignore avec quel mépris les Chinois traitent les Etrangers, même

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par

ceux dont ils tirent des fecours. Ils font étonnés de trouver des hommes ailleurs que chez eux. Dès le douzieme fiécle qu'ils connoiffoient les Francs ils comptoient les louer beaucoup en difant, au rapport de Marakefchi, que ces peuples n'avoient qu'un œil, voulant faire entendre par-là que ces Francs, quoiqu'habiles dans les arts, leur étoient bien inférieurs : c'eft ce qu'ils ont répété dans ces derniers tems, parce qu'ils croient toujours être bien au-deffus de tous les autres peuples auffi dans leur Hiftoire ne parlent-ils que fort fuccinctement des Nations étrangeres.

(a) Tai-kang chi te y gin chi puon.

IV. A l'occasion du nom de la Dynaftie, Cham, que les Journalistes écrivent Chang, on fait obferver que j'ai mêlé fouvent la prononciation Françoise avec la Portugaife. Cependant celle-ci eût exigé que j'euffe employé l'X au lieu du Ch, & le C au lieu du Tç. On ne peut en trouver aucun exemple dans mon ouvrage. La difficulté que l'on éprouve pour bien rendre les fons Chinois, fur-tout ceux qui finiffent comme dans ces mots François, longuement, matin, fermon, , que les Portugais écrivent par une M, & les Allemans par NG, m'a quelquefois arrêté dans la correction des épreuves; & j'ai fouvent & indifféremment adopté ces deux ortographes dans les finales de ces mots, parce qu'il eft difficile d'en établir une réguliere en François. J'avoue cependant que l'uniformité dans ces finales eût été plus exacte. Il y avoit une observation plus importante à faire fur ce que je dis, page 16 du premier Vol. fous le régne de Siuen-vang; je mets, Ici finit le Tfou-chou; il eft certain qu'il defcend beaucoup plus bas, & je me fuis trompé : j'ai voulu dire en cet endroit, que le Tfou-chou ceffoit d'être différent des autres Hiftoriens dans la durée des regnes.

V. Les Auteurs de l'Extrait font bien moins fondés dans la remarque fuivante. M. Deguignes, difent-ils, a raifon d'obServer que l'Empereur Thin-chi-hoang n'eft pas l'auteur de ce grand &unique ouvrage (la grande muraille); mais il n'en a pas connu tous les Fondateurs. Dès la fin du quatrieme fiécle avant J. C. le Prince Thin avoit conftruit une muraille dans fes Etats du Chen-fi; le Prince Tchao dans ceux du Chan-fi; & le Prince Yen dans le Pe-tche-li. Ces Etats qui avoient été démembrés de P'Empire, y ayant été réunis par le célebre Tin-chi-hoang, il réunit ces différens murs, &c.

Je pourrois me borner à répondre, que ne donnant pas l'Hiftoire de la Chine, j'étois difpenfé d'entrer dans tous les détails de cet événement qui appartient aux Chinois plus directement. Mais examinons fi le récit que l'on ajoute nous fournit de plus amples connoiffances fur la conftruction de cette muraille. On indique en effet trois Princes dont je n'ai point rapporté les noms ; le Prince Tfin, le Prince Tchao, & le Prince Yen. La faute que l'on commet ici est

trop confiderable pour que je ne m'y arrête point. 1°. Tfin, Tchao & Yen, loin d'être autant de Princes, font tous noms de Royaumes; & il eût fallu dire, les Princes de Tfin, de Tchao & de Yen. 2°. Le Prince Tfin, ou plutôt le Prince de Tfin, dont on veut parler, n'eft autre que Thin-chi-hoang, qui, avant que d'être Empereur, étoit Roi de Tfin. Il n'en refte donc que deux, qui font ceux de Tchao & de Yen. Or j'ai dit, dans l'Histoire des Huns, Tome I. Part. II. page 20. que Tin-chi-hoang, à l'imitation des Rois de Tchao & de Yen, fit élever une grande muraille. J'ai donc indiqué, d'une maniere auffi détaillée qu'on entreprend de vouloir le faire, les auteurs de la grande muraille; mais je n'ai point pris pour noms de Princes ceux des Royaumes, comme on le fait ici.

Permettez-moi, Meffieurs, d'ajouter les textes même du Sé-ki, & de quelques autres hiftoires fur la conftruction de cette muraille. Le premier s'exprime ainfi (a): Vou-ling (b), Roi de Tchao, conftruifit une grande muraille qui commençoit au pays de Tai, ( aujourd'hui dépendant de Ta-tong-fou dans le Chanfi) paffoit au pied de la montagne In, ( fur les frontieres de Tartarie) & alloit fe terminer au détroit appellé Kao, ( fitué à 420 li (c), au Nord-oueft de Ta-tong-fou ).

Le Kam-mo, autre hiftoire Chinoise, dit, Section II.. page 22. (d): Le Roi de Yen, après avoir foumis les Barbares d'Orient, & les avoir repouffés à mille li, bâtit une grande muraille depuis Tçao-yang, (dans le Pe-tche-li) jufqu'à Siangping, (dans le Leao-tong.)

VI. Voici un autre endroit où je parois être en contradiction avec les Annales de la Chine: j'ai dit, à l'an 201, qu'un Général, nommé Sin, ne recevant pas les fecours qu'il avoit demandés à l'Empereur Kao-ti, & voyant même que fa fidélité étoit fufpecte, il remit aux Huns la ville de Ma-ye, & prit parti dans leurs troupes. Nous avons, avons, difent les Journalistes, de la peine à concilier ces faits avec ce que

(a) Tchao vou-ling vang tchou tchang tching tçu tai fang in chan hia chi kaokuon.

(b) Il régnoit l'an 298 ayant Jefus Chrift.

(c) Mefure itinéraire des Chinois. (a) Yen po tong hou kiu ti tcien li tchou tchang tching tçu tçao yang tchi fiang ping.

nous lifons dans les Hiftoriens Chinois; car cette année-là même, 201, Sin, un des plus grands guerriers que la Chine ait eus, mais auffi des plus ambitieux, obtint la Principauté de Hou-kouang à peine y fut-il qu'il devint fufpect. L'Empereur prit le prétexte d'un voyage, & alla s'affurer de ce Général; il lui ota fa Principauté, en lui en donnant cependant une autre, mais d'un rang inférieur, & il le retint à la Cour. Cinq ans après, Sin voulut encore intriguer: l'Impératrice découvrit fes trahifons avec des rebelles, & le fit poignarder dans le Palais.

On révoque donc ici en doute que Sin, l'an 201 avant J. C. ait trahi l'Empire, & on cite les Hiftoriens Chinois. Je pourrois demander ici quels Hiftoriens, puifqu'il y en a un très-grand nombre? Heureufement les libéralités de Louis XIV. & de Louis XV. ces grands Princes qui ont dépensé des fommes confidérables pour le progrès de la Littérature Chinoise en Europe, & pour former une nombreuse collection des meilleurs Livres de cette Nation, nous ont mis en état de ne point avoir recours à des Mémoires infideles ; & nous pouvons confulter les Ouvrages même des Chinois. Nous en allons citer ici les textes, qui ferviront à juftifier le fait rapporté dans l'Hiftoire des Huns. Voici ce que dit le Kam-mo, Sect. III. pag. 24. à l'an 201, qui porte pour caractères cycliques, Keng-tfu (a): Dans Pautomne les Hiong-nou firent des courfes fur les frontieres ; ils affiégerent Ma-ye; & Sin, Roi de Han, fe révolta, & ferendit à eux avec fes troupes. Voilà le titre du paragraphe; dans le texte, après avoir parlé des incurfions des Huns, du fiége de Ma-ye, & des fecours que Sin fit demander, on ajou-te (b): Les Han, (les Chinois) Soupçonnant que Sin avoit deux cœurs, l'Officier envoyé par l'Empereur lui en fit des reproches. Sin plein de colere le tua, & enfuite il fe foumit, avec fa ville de Ma-ye, aux Huns qui allerent attaquer Ta-yuen, &s'avancerent jufqu'à Tein-yang. Tous les autres Hiftoriens font conformes à ce texte, & je fuis fâché que les Mémoires

(a) Tcieou hiong-nou kuon pien goei ma-ye han vang fin puon yu lien ping. (6) Han y fin yeou ulh fin, fu gin yang

chi fin kung tchu foui y ma-ye kiang tchi hiong nou foui kung tu yuen tchi tcin yang.

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