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Apr. J. C.

Tamerlan.

Aboulleith de Samarcande, avoient formé le projet de se faifir de fa perfonne, lorsqu'il feroit à Carafouman dans une L'an 1371. partie de chaffe. Il fit venir en fa préfence les conjurés, & après leur avoir reproché leur ingratitude, il leur pardonna, parce que les uns étoient de fa famille, les autres de celle de quelques Nevians qui avoient beaucoup de crédit auprès de lui. Żendé-hacham fut transféré à Samarcande, où on le renferma dans une, étroite prison.

Il ne reftoit plus à Tamerlan, pour être maître de tout le Zagataï, qu'à foumettre une partie du Kharizme, qui avoit été autrefois de fa dépendance. Elle en avoit été féparée depuis quelque tems par un Mogol nommé Houffaïn sophi (a), de la Horde des Kumkurats, qui s'étoit rendu maître de Kaht & de Kaïouk, autrement Kivak. Tamerlan fit redemander ces deux villes avec toutes leurs dépendances, mais le Roi de Kharizme fe contenta de répondre à l'Ambaffadeur que fa valeur l'avoit rendu maître de ces villes, & qu'il étoit libre à Tamerlan de tenter de les reprendre. Üne réponse fi hardie & fi fiere détermina d'abord celui-ci à porter la guerre dans ce pays; enfuite le Moufti Dgelaleddin lui ayant fait un tableau de tous les malheurs que l'orgueil du Roi de Kharizme alloit faire tomber fur les Mufulmans, il l'envoya vers ce Prince, dans l'efpérance de · le faire rentrer en lui-même. Cette nouvelle démarche fut inutile, & ne fervit qu'à rendre la conduite du Roi de Kharizme plus odieufe par la hardieffe qu'il eut de faire enfermer le Moufti. Tamerlan partit de Samarcande au prin- L'an 13724 tems (b) avec fon armée, & reçut en route un Ambaffadeur envoyé par Ghaïatheddin pir aly, Roi de Herat (c), qui venoit avec de riches préfens lui demander fon amitié. Il fe rendit à Bokhara, & fes coureurs défirent fur le bord de l'Oxus, dans un lieu nommé Sepayé, ceux des ennemis; il trouva enfuite Beiram (d) & Scheikh Mouïad renfermés dans Kaht, où ils avoient deffein de foutenir un fiége. Les

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l'Hegire, de J. C. 1370.

(d) Celui-ci avoit la charge d'Yefaoul, ou de Gouverneur; & l'autre, de Daroga, ou de Juge.

Apr. J. C.

L'an 1372.

premieres attaques furent très-vives, les affiégés lançoient fur fon armée un prodigieux nombre de fleches & de pierres; Tamerlan. irrité de cette réfiftance, il fit affembler il fit affembler promptement des fascines & des bois pour combler les foffés. Par-là on parvint facilement jufqu'au parapet; fes foldats s'emprefferent d'efcalader les murailles, les affiégés abandonnerent la défenfe, & la place fut emportée l'épée à la main, & livrée au pillage. On fit main-baffe fur tous les habitans ; les femmes & les enfans furent faits efclaves : mais Tamerlan leur rendit la liberté le lendemain. Un de fes Officiers qui n'avoit ofé defcendre le premier dans le foffé, reçut plufieurs coups de bâtons, fuivant les loix de Genghizkhan qui ordonnent que l'on l'on puniffe ainfi les lâches, & enfuite il fut lié à la queue d'un âne, & envoyé à Samarcande.

Après cette expédition le mangalai, ou l'avant-garde de l'armée de Tamerlan se rendit à Dgiouï-corlan, où elle défit une partie des ennemis. Le vainqueur difperfa toutes ces troupes dans les différentes provinces, & tout le Kharizme fut défolé. Houffaïn fofi battu de tous côtés, fe réfugia dans Urghens, d'où il envoya un Ambaffadeur pour appaiser la colere de Tamerlan; mais en même tems trop foible pour écouter d'autres confeils, il ne fongea plus à la paix qu'il demandoit, fortit d'Urghens avec fon armée, & fe rangea en bataille fur le bord de la riviere de Caoun qui n'eft qu'à deux lieues de cette ville. Tamerlan qui n'avoit auprès de lui qu'un très-petit nombre de troupes s'approcha de la riviere, que les plus braves de fes Officiers s'emprefferent de paffer malgré la résistance des ennemis. Ils eurent beaucoup de peine à empêcher que Tamerlan ne les fuivît; l'armée ennemie prit la fuite, & Houffaïn fofi alla se renfermer dans Urghens, où il mourut peu de tems après de défefpoir.

Ce Prince eut pour fucceffeur fon fils Youfouf fofi qui trouva le moyen d'appaiser Tamerlan, & de faire la paix avec lui, à condition qu'il donneroit en mariage fa niéce Khanzadé (a), qui étoit la plus belle Princesse de fon tems, au

(a) Elle étoit fille d'Ak-fofi, fils d'Yenghadai, & de Schikurbei, fille d'un Khan Ufbek. Cette jeune Princeffe étoit

appellée Sevin beï, mais on lui donnoit ordinairement le titre de Khan-zadé, c'est-à-dire, fille de Khan.

Apr. J. C.

Prince Dgihanghir, fils de Tamerlan. Auffi-tôt que la paix
eut été conclue, Tamerlan quitta le Kharizme, & s'en re- L'an 1372.
tourna au lieu de fa réfidence ordinaire.

Tamerlan.

Tout paroiffoit tranquille, lorfque quelques Nevians abandonnerent fa cour, & pafferent dans le Kharizme, où ils s'efforcerent d'exciter des féditions, & d'engager Youfouf fofi à rompre l'alliance qu'il étoit prêt de contracter. Le Roi de Kharizme, féduit par leurs artifices, se laissa perfuader, & alla faire des courfes pendant l'automne dans le pays de Kaht, mais fon inconftance fut bien-tôt punie. Au retour du printems (a) Tamerlan entra préci- L'an 13734 pitamment dans le Kharizme; Youfouf fofi effrayé & reconnoiffant fa faute, demanda la paix, & promit d'envoyer au plutôt la Princeffe Khan-zadé. Tamerlan fe laiffa fléchir, & s'en retourna à Samarcande, où il s'occupa des préparatifs néceffaires pour le mariage de fon fils Dgihanghir. Il envoya (b) Yadghiar berlas fon parent (c), avec plufieurs au- L'an 1374. tres Nevians dans le Kharizme, pour demander en forme la Princeffe. Ils étoient chargés de préfens qui confiftoient en or monnoyé, en rubis, en musc, en ambre, en velours, en brocards d'or & d'argent, en foyes, en fatins de la Chine, & en autres étoffes très-précieuses; en vases d'or de la Chine ornés de pierreries, en habits magnifiques, en filles efclaves & en chevaux. Youfouf fofi reçut les Ambaffadeurs avec beaucoup de refpect, leur fit des fêtes magnifiques & remit entre leurs mains la Princeffe, à laquelle il fit préfent de plufieurs couronnes très-riches, d'un trône d'or, de braffelets, de pendans d'oreilles, de colliers, de ceintures d'or, de plufieurs garnitures de pierreries, de quantité de bagues, de boëtes & de coffres remplis d'émeraudes, de rubis, de perles, d'habits & de tentures renfermées dans des coffres dont les cadenats étoient d'or, de lits magnifiques, de dais, de pavillons, de tentes à une & à plufieurs colonnes. Lorfque la Princeffe arriva à Samarcande, toute la Cour alla au-devant d'elle; on répandit fur elle des odeurs, de

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Apr. J. C.

Ce Prince qui étoit refté pendant ce tems-là à Baitac, n'eut pas plutôt appris ces nouvelles, qu'il alla à la mon- L'an 1375. tagne de Cara-cafmac, où Dgihanghir vint le rejoindre: en- Tamerlan. fuite il marcha vers les campagnes d'Arpaïazi (a),& y reçut les hommages de Mobarek Schah, Chef des Mekrites. De-là il revint par Yaffi-daban à Uzkend, où la Princeffe Coutlouk tarkhan aga fa foeur vint au-devant de lui. Au milieu des fêtes qu'il donna à cette Princesse, Adel schah, fils de Bahram dgelaïr, confpira contre lui avec plufieurs autres Nevians; mais le projet n'ayant pû réuffir, Tamerlan arriva heureusement à Zendgir-ferai proche Nakhschab, où il fit punir quelques-uns des conjurés qui avoient eu l'impru dence de venir fe mettre entre fes mains, & pardonna aux autres. Au retour du printems (b) il ordonna à Adel schah, L'an 1376. qui étoit un de ceux-là, à Sarbouga, à Khatai bahadour à Eltchi bouga, de retourner avec trente mille cavaliers dans le pays de Kafchgar pour arrêter Camareddin, & alla de fon côté à la tête de fon armée dans le Kharizme, où fa présence étoit néceffaire. Il campa à Sepayé sur le bord du Gihon, où une partie de fes troupes, fous la conduite de Poulad, battit à Phariab ou Otrar, Tarkhan erlat & fon frere Turmifch qui furent tués dans l'action.

Pendant ce tems-là les Nevians qu'il avoit envoyés dans le pays de Kafchgar, avoient formé entre eux le deffein de fe révolter, & avoient raffemblé les Hordes de Dgelaïr & de Kaptchac, avec lesquelles ils étoient venus mettre le fiége devant Samarcande. Cette fâcheufe nouvelle que Tamerlan apprit au-delà de Kaht dans le Kharizme, l'obligeant de revenir à la hâte, il envoya devant lui fon fils Dgihanghir qui rencontra les ennemis dans un lieu appellé Karmina, où il les battit. Les Chefs pafferent dans le défert du Kaptchac, & fe retirerent à la Cour d'Ourous khan qui régnoit dans ce pays. Mais bientôt après se révoltant contre ce Prince qui leur avoit donné un afyle, ils tuerent un de fes Officiers, & fe fauverent dans le Royaume de Kaschgar auprès de Camareddin, qu'ils irriterent de plus en plus contre

(a) C'est peut-être Paitfepon.

(6) L'an 777 de l'Hegire, l'an du Crocodile.

Tom. IV.

B

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