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fut mis dans la cuisse de Jupiter, ils ayent voulu ne nous apprendre autre chose , sinon que le vin dont ce Dieu est le symbole, doit avoir pour meurir une chaleur modérée, comme l'est celle de cette partie du corps ? Que le combat des Dieux dans Homere , ne signifie que le combat de nos passions , ou la conjonction des Planettes dans le même point du Zodiaque, comme l'ont rêvé quelques Scoliastes ? Que Vulcain n'est boiteux que parce que le feu sans bois , s'éteint, deficit , claudicat (a). Peut-on penser que lorsqu'ils ont dit que Pluton aïant enlevé Proserpine, Jupiter avoit ordonné qu'elle seroit six mois en enfer , & six mois chez sa mere Cerès, ils n'ayent voulu nous apprendre autre chose, sinon que le grain demeuroit six mois en terre & six mois dehors (6)? Qu'ils n'ont marié Jupiter avec.Junon, que parce que Jupiter est l'air & Junon la terre , & que Jupiter envoyant des pluyes sur la terre la rendoit féconde Que le mauvais ménage de ces deux époux, & les jalousies de Junon nous apprennent seulement que l'air agité excite les tempêtes qui causent tant de ravages sur la terre (c)? Pour moi je ne sçaurois me le persuader , & je crois qu'Homere seroit bien surpris s'il venoit au monde , & qu'il apprît tout ce qu'on lui fait dire; fans mentir , s'écrieroit-il , comme le fait parler l'ingénieux Auteur des Dialogues des Morts (d), je m'étois bien douté que de certaines gens ne manqueroient pas

d'entendre finesse , où je n'en avois point entendu : comme il n'est rien tel que de prophétiser des choses éloignées en attendant l'événement , il n'est rien tel aussi que de débiter des Fables en attendant l’allégorie. Et si on lui demandoit , s'il étoit vrai qu'il n'eût point caché de grands mystéres dans ses ouvrages, il avouëroit ingénûment qu'il n'y avoit pas pensé ; mais que comme il sçavoit que le vrai & le faux sympathisent extrêmement , & que l'esprit humain ne cherche pas toûjours le vrai , il avoit crû devoir emprunter la figure du faux , pour le faire recevoir agréablement.

Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on fait dire aux Auteurs des

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(a) S. Augustin , après les anciens ! (c) Eusebe après Plutarque l'expliPoetes.

(6) Salluste L, de Diis Mundo. (d) Dialogue d'Homere & d'EC

que aingi.

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a

Cerès pour

choses ausquelles ils n'ont jamais pensé ; & s'il faut recouție aux allégories , on verra seulement, comme le remarque un Sçavant moderne (1), que les premiers habitans de la Grece (1) M. 1 firent consister toute leur sagesse à dire fort obscurement des Clerc choses triviales. Qui ne sçait que la pluye rend la terre féconde , cependant selon les Allégoristes, il a fallu pour nous l'apprendre , faire de l'air & de la terre , leur Jupiter & leur Junon, qu'ils auroient ensựite adorés. Les Anciens y alloient de bonne foi : comme ils n'avoient pas beaucoup d'idée du vice & de la vertu, quand ils eurent mis leurs premiers Rois au rang des Dieux, ils en raconterent les actions, bonnes

, & mauvaises , comme auparavant; & après nous avoir representé Jupiter foudroyant les Titans, ils le changent en Bouc ou en Satyre, pour séduire de simples Bergeres.

Mais, dira-t'on, ne trouvons-nous pas dans les Poëtes des choses qui ne peuvent

s'entendre

que

d'une maniere allégorique ? Ne prennent-ils pas à tous momens Jupiter pour l'air, ,

le bled , & Bacchus pour le vin? Sine Cerere de Baccho, friget Venus. Manet sub Jove frigido Venator', &c. De même quand on lit dans un vers de Nævius, Coquus dedit Neptunum, Venerem, Cererem , cela ne veut-il pas dire que

, le Cuisinier avoit fourni le poisson, les herbes & le pain ? comne l'interprete Jufte Liple (2). Quand ils disent cean est le pere des Fleuves, que les Sirenes font sique l'O- (2) Nat. Late cheloüs, &c. ne font-ils pas des allégories évidentes à la Phyfique ? Je l'avoue; mais ce n'est pas là l'ancien état des Fables : Bacchus y est regardé comme un Prince conquerant; Jupiter comme un Roi de Créte , fameux par ses conquêtes; Cerès comme une Reine de Sicile, qui enseigna l’Agriculture à son peuple ; & ainsi des autres : & ce n'est que dans la suite qu'on a attaché à ces Fables anciennes , l'idée des Elémens & de toute la nature ; ce qui prouve seulement qu'il s'y est mêlé beaucoup d'allégories, ce qu'on ne nie pas ; & c'est sans doute ce qui les rend si difficiles à expliquer , les Poëtes passant tout d'un coup de l'Histoire à la Physique. Ainsi l'on doit regarder ces allégories , comme des métaphores & des expressions figurées, qui ont été ajoutées pour marquer le caracteres des personnes dont on veut parler. L'arrivée , par exemple, de

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fur mis dans la cuisse de Jupirer, ils ayent voulu ne nous apprendre autre chose , sinon que le vin dont ce Dieu est le symbole, doit avoir pour meurir une chaleur modérée, comme l'est celle de cette partie du corps ? Que le combat des Dieux dans Homere , ne signifie que le combat de nos passions , ou la conjonction des Planettes dans le même point du Zodiaque, comme l'ont rêvé quelques Scoliastes ? Que Vulcain n'est boiteux que parce que le feu sans bois , s'éteint, deficit , claudicat (a)? Peut-on penser que lorsqu'ils ont dit que Pluton aïant enlevé Proserpine , Jupiter avoit ordonné qu'elle seroit six mois en enfer , & fix mois chez sa mere Cerès, ils n'ayent voulu nous apprendre autre chose, sinon que le grain demeuroit six mois en terre & six mois dehors (6)? Qu'ils n'ont marié Jupiter avec.Junon, que parce que Jupiter est l'air & Junon la terre , & que Jupiter envoyant des pluyes sur la terre la rendoit féconde ? Que le mauvais ménage de ces deux époux, & les jalousies de Junon nous apprennent seulement que l'air agité excite les tempêres qui causent tant de ravages sur la terre (c) ? Pour moi je ne sçaurois me le persuader, & je crois qu'Homere seroit bien surpris s'il venoit au monde , & qu'il apprît tout ce qu'on lui fait dire; fans mentir , s'écrieroit-il , comme le fait parler l'ingénieux Auteur des Dialogues des Morts (d) je m'étois bien douté que de certaines gens ne manqueroient pas d'entendre finesse , où je n'en avois point entendu : comme il n'est rien tel que de prophétiser des choses éloignées en attendant l'événement, il n'eft rien tel aussi que de débiter des Fables en attendant l'allégorie. Et si on lui demandoit , s'il étoit vrai qu'il n'eût point caché de grands mystéres dans ses ouvrages, il avouëroit ingénûment qu'il n'y avoir pas pensé ; mais que comme il fçavoit que le vrai & le faux sympathisent extrêmement , & que l'esprit humain ne cherche pas toûjours le vrai , il avoit crû devoir emprunter la figure du faux, pour le faire recevoir agréablement.

Ce n'elt pas d'aujourd'hui qu'on fait dire aux Auteurs des

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(6) Eusebe après Plutarque l'expli

(a) S. Augustin , après les anciens | Poetes.

(6) Salute L, de Diis do Mundo.

que ainsi.

(d) Dialogue d'Homere & d'EL

choses ausquelles ils n'ont jamais pensé; & s'il faut recourie aux allégories , on verra seulement, comme le remarque un Sçavant moderne (1), que les premiers habitans de la Grece (1) M. 1 firent consister toute leur sagesse à dire fort obscurement des Clerc. choses triviales. Qui ne sçait que la pluye rend la terre féconde , cependant selon les Allégoristes, il a fallu pour nous l'apprendre , faire de l'air & de la terre , leur Jupiter & leur Junon, qu'ils auroient ensuite adorés. Les Anciens y alloient de bonne foi : comme ils n'avoient pas beaucoup d'idée du vice & de la vertu, quand ils eurent mis leurs premiers Rois au rang des Dieux , ils en raconterent les actions, bonnes & mauvaises , comme auparavant ; & après nous avoir representé Jupiter foudroyant les Titans, ils le changent en Bouc ou en Satyre , pour séduire de simples Bergeres.

Mais, dira-t’on, ne trouvons-nous pas dans les Poëtes des choses qui ne peuvent s'entendre que d'une maniere allégorique ? Ne prennent-ils pas à tous momens Jupiter pour l'air, Cerès pour

le bled , & Bacchus pour le vin? Sine Cerere di
Baccho, friget Venus. Manet Jub Jove frigido Venator', &c.
De même quand on lit dans un vers de Nævius, Coquus dedit
Neptunum, Venerem, Cererem , cela ne veut-il

pas
dire

que le Cuisinier avoit fourni le poisson, les herbes & le pain ? comme l'interprete Jufte Liple (2). Quand ils disent que l'O- (2) Nat. Las cean est le pere des Fleuves, que les Sirenes sont filles d'A. L. 2. C. de cheloüs , &c. ne font-ils pas des allégories évidentes à la Phyfique ? Je l'avoue; mais ce n'est pas là l'ancien état des Fables : Bacchus

y est regardé comme un Prince conquerant; Jupiter comme un Roi de Créte , fameux par ses conquêtes ; Cerès comme une Reine de Sicile, qui enseigna l’Agriculture à son peuple ; & ainsi des autres : & ce n'est que dans la suite qu'on a attaché à ces Fables anciennes, l'idée des Elémens & de toute la nature; ce qui prouve seulement qu'il s'y est mêlé beaucoup d'allégories, ce qu'on ne nie pas ; & c'est sans doute ce qui les rend li difficiles à expliquer , les Poëtes passant tout d'un coup de l'Histoire à la Physique. Ainsi l'on doit regarder ces allégories , comme des métaphores & des expressions figurées , qui ont été ajoutées pour marquer le caracteres des personnes dont on veut parler. L'arrivée , par exemple, de

pour la vérité ce qui n'est qu'une fiction , & on traitera peutêtre de Fable, la seule circonstance qui renferme la vérité. A-t’on quelques régles pour en faire un juste discernement? Qui sans doute: il faut d'abord écarter d'une Fable tout ce qui y paroît surnaturel, tout ce pompeux attirail de fictions qui sautent aux yeux. De tous les combats dont parle Homere , par exemple , ôtez-en d'abord les Dieux qu'il y mêle; donnez à la prudence & à la bonne conduite des Chefs, ce qu'il attribue à Minerve; à la valeur d'Hector , ce qu'il met sur le compte de Mars; dites

que le hasard, plûtôt que Pallas, fit rencontrer Ulysse par Nausicaa fille d’Alcinoüs , & que le nuage mystérieux dont la Déesse le couvrit , marquoit les ténebres de la nuit, à la faveur desquelles le Roi d'Ithaque entra fans être reconnu dans la Ville des Phéaciens. Ne croyez pas que Mercure conduisit Priam à la tente d'Achille, comme le raconte Homere; mais dites

que

ce Roi étant parti la nuit pour aller retirer le corps de son fils des mains des Grecs , déclara en arrivant qu'il venoit avec des présents, fléchir le vainqueur de son fils. Si vous voyez qu’une Déesse a enlevé un Heros du combat, figurez-vous que c'est une enveloppe qui nous cache fa fuite. Si les Poëtes parlent de Géants dont la tête touchoit les cieux, mettez-vous dans l'esprit qu'ils étoient plus monstrueux par leurs désordres, que par la grandeur énorme de leur taille. Si on dit qu'Hercule fépara avec ses deux mains deux montagnes, nommées Calpe & Abyla, qui étant situées entre l'Afrique & l'Espagne arrêtoient l'Océan , & qu’aussi-tôt la mer entra avec violence dans les terres , & fit ce grand Golfe, qu'on appelle la Méditerranée ; vous pourrez croire que du temps de quelque Hercule, car il y en a eu plusieurs , l'Océan se fit un passage, à l'aide peut-être d'un tremblement de terre, & se jetta entre l'Europe & l'Afrique ; & alors vous approcherez beaucoup de la vérité, & vous pourrez vous vanter d'avoir la premiere clef des Fables.

Mais, direz-vous , quand on les a mises sur le pied des choses naturelles, tout le reste est-il vrai ? Non ; & avant que d'en juger, il faut si l'on peut , consulter les anciens Historiens ; & à leur défaut, ( car ils ne rapportent pas toûjours

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