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34. c. 8.

avons déja parlé de celles d'or qui étoient dans le Temple de Belus à Babylone, & d'Apollon à Delphes. Nous avons fait la description de celle de Jupiter Olympien, où l'or étoit habilement mêlé avec lyvoire, l'ébene , & les pierres précieuses; chef-d'oeuvre que personne, selon Pline n'osa imiter : præter Jovem Olympium , quem nemo æmulatur (1). Il feroit inutile de (i) Pline L. s'étendre sur celles de marbre ou de pierre , dont le nombre étoit infini ; j'ai nommé les principaux Ouyriers qui de ces differentes matieres avoient fçû faire des chef-d'æuvres. Si on a la curiosité de trouver des Statues de Dieux, de toutes les formes , & de toutes les matieres dont j'ai parlé, on n'a qu'à lire Pausanias , qui en décrit de toutes les fortes. ,

Generalement parlant les Statues des Dieux,après l'invention de la Sculpture , n'étoient que de terre moûlée, & fragiles comme de simples vases. Cet art de jetter la terre ou l'argile en moûle , est nommé fictilis , & les ouvrages qui en sortent, fichilia. L'Ecriture Sainte, les Prophetes sur-tout reprochent sans cesse aux Payens d'adorer de ces sortes d'Idoles. Dans la suite on chargea ces Statues de differentes couleurs, & enfin on les dora. Les Romains dont la Religion annonça longtemps la simplicité de leurs moeurs , ne commencerent que fort tard à avoir de ces Statues dorées; les leurs n'avoient eu jufques-là que la couleur de la terre dont elles étoient faites. Pline louë cette premiere simplicité Romaine. Des hommes, dit-il, qui honoroient sincerement de tels Dieux, ne doivent pas nous faire honte. tum effigies Deorum erant laudatiffim& , nec pænitet nos illorum qui tales Deos coluere. Ils ne faisoient cas de l'or, continuë cet Auteur, ni pour eux, ni pour leurs Dieux, Juvenal parlant de la Statue de terre que Tarquin l'ancien fit mettre dans le Temple de Jupiter , l'appelle le Jupiter die terre, que l'or n'avoit point gâté, ni souillé.

Fiftilis , & nullo violatus Jupiter auro. Tite-Live nous a appris l'époque de l'introduction des Statues dorées, dans Rome, & ce fut, selon lui, sous le Consulat de P. Cornelius Cethegus , l'an de la fondation de cette Ville 571, ou 572. Comme il n'y avoit rien de prescrit sur la matiere des Sta

Tome 1.

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tuës des Dieux, il n'y avoit rien non plus d'établi sur la grandeur qu'on leur devoit donner , & il dépendoit du caprice des Ouvriers , ou de la volonté de ceux qui les employoient, de les faire grandes ou petites. Ainsi pendant que les Egyptiens se faisoient honneur de ces Statues colossales, qu'on voyoit dans les vestibules de leurs Temples, on ne trouvoit souvent dans l'interieur de ces édifices que des Marmouzets, , de petits Pygmées, qui attiroient le mepris & les railleries de ceux à qui il étoit permis de les voir, comme il arriva à Cambyse, lorsqu'il für introduit dans le Temple de Vulcain à Memphis, ainsi que nous l'avons dit.

La Grece voulut quelquefois imiter la maniere Egyptienne dans ces Colosses, & elle avoit plusieurs Statues de les Dieux d'une énorme grandeur. Celle de Jupiter à Olympie, dont j'ai donné la description, & plusieurs autres encore, étoient beaucoup plus grandes que nature ; mais le plus extraordinaire de tous ces Colosses, étoit celui de Rhodes , qui représentoit Apollon, & qui fut regardé comme une des sept merveilles du monde. Cette Statue, ouvrage de Charès, qui fut douze ans à la faire, avoit soixante & dix coudées de haut ; & comme elle étoit placée de maniere que les deux

; pieds posoient sur deux môles , qui formoient le Port de la ville de Rhodes , les vaisseaux passoient à pleine voile entre ses jambes. Pour juger de l'énorme grandeur de ce Colosse , il suffit de dire qu'il y avoit peu de personnes qui pussent embrasser un de ses pouces. Malgré la pesanteur de cette prodigieuse masse , malgré les dangers de la mer , & les temps aufquels elle étoit exposée, elle demeura cependant sur pied l'efpace de 1360. ans, & ne tomba que par un tremblement de terre. Un Marchand Juif l'acheta des Sarasins, & l'ayant fait mettre en pieces, en chargea neuf cens chameaux.

Ce n'étoient pas feulement les Egyptiens & les Grecs, , qui avoient de ces figures coloffales, les Romains voulurent les imiter en cela , & on comptoit à Rome cinq de ces colosses , deux d'Apollon , deux de Jupiter , & un du Soleil, car le Soleil étoit souvent diftingué d'Apollon ; sans parler de deux autres, dont l'un représentoir Domitien, l'autre Neron: mais comme si ces fortes de Statues n'avoient du appartenir

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qu'aux Dieux, on fit mettre sur cette derniere une tête d'Apollon.

C'étoient-là des ouvrages singuliers ; mais ordinairement les Statues des Dieux imitoient la belle nature, fur-tout quand elles devoient être posées à portée de la vuë. Ainsi celles des Dieux étoient un peu plus grandes & plus fortes que celles des Déesses, au sujet desquelles les Ouvriers habiles s'attachoient sur-tout à imiter la delicatesse & la mollesse du sexe.

Il y avoit cependant des Dieux dont les Statues étoient ordinairement petites , & peut-être qu'elles devoient l'être. Celles des Pataïques, ou Paræques, qu'on mettoit sur la pouppe des vaisseaux, étoient de ce genre, si nous en croyons Herodote (1), ainsi que celles des Dieux Lares, des Ca- (1) Liv. so bires , & quelques autres. Il y en avoit dont les Statues étoient monstrueuses , & qui representoient des têtes de chien , de chat, de bouc , de singes, de lion, &c. comme nous le dirons en parlant des Dieux d'Egypte.

Le nombre des Statues des Dieux étoit immense, non seulement dans la Grece & dans l'Italie , mais aussi dans les pays Orientaux ; & rien n'est plus propre à le faire connoître que l'expression de l'Ecriture Sainte, qui nomme la Chaldée une terre d'Idoles. Ainsi on en trouvoit par-tout, dans les Temples, où elles étoient sur des pieds-d'estaux, ou placées dans des niches, dans les places publiques , aux portes des maisons ; & hors des villes, dans les grands chemins , & dans les champs. On ne peut rien ajouter au respect qu'on avoit

pour elles : lorsqu'on passoit auprès, on se profternoit, ou on portoit la main à la bouche , pour marquer qu'on les adoroit. C'étoit en elles qu’on mettoit toute sa confiance. On leur faisoit des væux, on leur offroit des sacrifices , on leur adressoit les prieres : c'étoit d'elles qu’on attendoit la santé & les autres biens, comme la délivrance des maux, & des calamités publiques. Ce respect & cette confiance étoient fondés non seulement sur ce qu'elles representoient les Dieux, mais parce qu'on croyoit aussi qu'ils y habitoient eux-mêmes, & écoutoient de-là les væux & les prieres. Au jour des Fêtes de chacun de ces Dieux, on avoit soin de

parer

leurs Statues , de

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tout ce qui paroissoit devoir les embellir ; rabans, bandelettes, rameaux ; tout étoit employé. On les oignoit avec de l'huile, ou on les frottoit avec de la cire pour les rendre plus luisantes ; & cet ufage étoit sur-tout pratiqué à l'égard des Dieux Lares & des Penates. Quoique la maniere de representer les Dieux ne fût pas uniforme, il y avoit cependant des usages assez generalement observés. Ainsi on donnoit à Jupiter un ait noble & majestueux, qui annonçoit le Maître du monde, & il paroît toujours avec de la barbe. Apollon qui est peint en jeune homme , n'en porte point ; Bacchus en a quelquefois, & alors on l'appelle le Barbu , plus souvent il n'en a point. Junon paroît avec un air digne de l'épouse de Jupiter , & de la Reine des Dieux. Minerye 'a une beauté mâle & douce, telle qu'il convenoit à la plus fage & à la plus chaste des Déesses. Celle de Venus au contraire presente je ne sçai quoi de mol & d'effeminé, qui annonce la mere d'Amour. Mars a l'air guerrier , Neptune a de la fierté,' &c.

Les Dieux portoient ordinairement sur leurs Statues, les fymboles qui leur étoient consacrés. Ainsi paroissent Jupiter avec la foudre, Apollon avec sa lyre, Neptune avec som trident , Pluton avec le même sceptre, mais seulement à deux fourches. Bacchus y tient à la main des grappes de raisin; Cerès, des épis de bled; Hercule , sa massue , & Diane porte ses fleches & son carquois. Le chien paroît dans les Statues de Mercure, la chouette dans celles de Minerye, & le serpent entortillé autour d'un cippe, dans celles d'Esculape. Le char de Neptune est attelé à des chevaux marins, celui de Venus à des colombes , celui de Junon à des Paons, & celui de Cybele à des lions. Quelquefois ces symboles sont uniques, quelquefois ils sont multipliés; & quand il paroîe qu'ils sont propres à plusieurs Dieux, on nomme Panthées les Statues qui

telles

que

sont ordinairement celles d'Harpocrate, & quelques autres. Les Statues Egyptiennes étoient plus chargées de ces symboles que celles des Grecs & des Romains, comme on peut le voir dans les Antiquaires. Ces symboles étoient pris ou des arbres , ou des plantes, ou des animaux qui par des raisons particulieres étoient chers aux Dieux, ainsi que nous le dirons en parlant des Sacrifices,

à

les portent,

des Offrandes & des Victimes, qu'on prenoit ordinairement parmi les choses qu'on croyoit leur être agréables.

Les raisons de cette prédilection des Dieux étoient quelquefois mysterieuses , & les Anciens n'ont pas osé les rapporter, souvent, aufli elles sont connuës. Ainli, pour en donner seulement quelques exemples , le laurier étoit cher à Apollon, à cause de Daphné; le pin à Cybele , à cause d’Atys; & le peuplier à Hercule, parce qu'il en avoit apporté un du Pays des Hyperboréens, &c.

Presque toujours les Statues des Dieux étoient simples & ne presentoient qu'une seule figure, quelquefois elles étoient grouppées, & en contenoient plusieurs. Le Philosophe Albricus qui nous a laissé un petit Traité latin sur la maniere de représenter les Dieux, semble s'être attaché particulierement à ces dernieres figures, comme il est aisé de s'en convaincre en lisant ce petit Ouvrage, & par l'exemple de Saturne que je vais raporter.

Saturne, dit-il, le premier des Dieux, étoit peint sous la figure d'un viellard, les cheveux blancs, la barbe longue, courbé , l’air triste, la tête voilée, & la couleur blême, tenant de la main gauche une faulx , & un serpent qui se mordoit la gueuë, & de la droite un jeune enfant qu'il portoit à la bouche pour le devorer. Il avoit près de lui Jupiter , Neptune, Pluron, Junon & Ops sa femme, dont une main étoit étendue, pour marquer qu'elle étoit prête de secourir tout le monde, pendant que de l'autre elle presentoit du pain à ceux

à qui pouvoient en avoir besoin.

On rapportera dans l'histoire particuliere de chaque Dieu, la maniere dont on avoit coutume de le representer.

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