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ce faint Homme, qui n'écouta pas un moment les sentimens de fa tendresse pour un fils unique; ils sçurent apparemment quelque chose des récompenses que Dieu promit à la fidélité; & ignorant que le Sacrifice n'avoit pas été accompli à l’égard de ce fils bien aimé , ils prirent la chose à la lettre , & crurent en imitant une action si heroïque, s'attirer les mêmes bénédictions du Ciel. En effet , dit-il, ce fut Saturne , selon les Poëtes & les Historiens, qui introduisit la détestable coutume de facrifier des hommes. Or Saturne , au jugement des meilleurs Auteurs, est le même qu’Abraham. Les preuves en font claires, mais je ne dois les rapporter que dans l’Article de ce Dieu.

Les Anciens ouvrirent enfin les yeux sur ces Sacrifices inhumains , & les évenemens que je vais raconter , les firent enfin cesser peu à peu. Un Oracle, dit Plutarque , ayant or

2 donné aux Lacedemoniens affligés de la peste, d'immoler une Vierge ; & le fort étant tombé sur une jeune fille nommée Helene, un Aigle enleva le couteau sacré, & le posa sur la tête d'une Genisse, qui fut sacrifiée à sa place. Le même Plutarque raconte que Pelopidas, chef des Atheniens, ayant été averti en songe, la veille d'une bataille, d'immoler une Vierge blonde aux mânes des filles de Scedasus qui avoient été violées & massacrées dans le même lieu, ce Général effrayé, tint conseil sur l'inhumanité de cette sorte de Sacrifice, qu'il croyoit déplaire aux Dieux; & ayant vû une Cavalle rousse, il l’immola par le conseil du Devin Theocrite, & remporta la victoire. En Egypte, Amasis ordonna qu’au lieu d'hommes, on offrit seulement des figures humaines. Diphilus substitua dans l’Ise de Chypre, des Sacrifices de boeufs à ceux des hommes ; & Hercule étant en Italie , des têtes de cire, nommées Oscillæ , à de veritables hommes.

Anciennement les chefs de famille en étoient également les Rois & les Pontifes, & c'étoient eux qui offroient les Sacrifices; mais dans la suite on eur dans chaque état des Prêtres & d'autres Ministres pour cette fonction comme nous le dirons dans le Chapitre suivant : cependant dans le temps même qu'il y avoit des Prêtres établis, ces chefs de famille conserverent toujours le même droit. Ainsi on peut distinguer

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deux fortes de Sacrifices; les particuliers , que chacun pouvošt. offrir chez foi à ses Dieux Lares , ou Penares (a), & les Sa. crifices publics, établis par les Loix, & pour lesquels il у avoit des Ministres autorisés, & un Pontife qui y présidoit.. Ces sortes de Sacrifices s'offroient à Rome & dans la Grece, selon certaines regles , qu'on étoit obligé d'observer exactement. Ciceron s'en explique ainsi.« Nos Ancêtres, dit-il, ont. a donné des regles pour les choses divines; ensorte que pour - les ceremonies établies aux grandes solemnités, on ait re

cours aux Pontifes qui en sont bien inftruits ; que pour gerer » les affaires de la Republique, on s'adresse aux Augures , &c. o.

Le principal soin de ces Ministres consistoit à bien choisir les Victimes; car elles devoient avoir pour être agréables aux Dieux, certaines qualités, dont je parlerai dans un moment.. On leur donnoit aussi plusieurs noms. On appellois Præcidanea hostiæ , celles qu’on immoloit le jour d'avant la solemnité comme on nommoit præcidanea porca, la truye qu'on sacrifioit à Cerès avant la moisson. On nommoit Succidanea hostiæ, celles qu'on sacrifioit lorsqu'on avoit manqué d'immoler les. premieres , qui devoient préceder ; & c'est ainsi qu'on expioit Pomission. Il y en avoit d'autres qu'on nommoit Eximia hojliæ ; ce mot qui signifie excellent , n'étant pas pris dans la propre signification , mais pour marquer qu'on retiroit ces Viètimes. du troupeau, pour être immolées , eximebantur grege. Les brebis qui avoient deux agneaux, qu'on immoloit avec la mere,

étoient nommées. Ambiguæ oves, & les Victimes dont les en(1) Faites. trailles étoient adherentes, Harunge , ou Haruga (1), celles.

qui étoient consumées, Prodigia , celles qui avoient les dents. (2) Hygin. plus élevées, que les autres, Bidentes (2).

De quelque nature que fussent les victimes, il en falloit:

faire un grand choix ; & les mêmes défauts, qui parmi les Juifs (3) Voyez les excluoient des Sacrifices (3), les rendoient aussi défectueu

ses parmi les Payens , qui paroissoient par-là avoir emprunté plusieurs usages des Hebreux. Vossius, dans son sçavant Traité de l'Idolâtrie, est entré sur ce sujet dans des détails Philologiques extrêmement recherchés, ausquels je renvoye les

(a) Voyez Virgile , Eneid. liv. 3. qui parle du Sacrifice qu'Enée offrit le matie à les Dieux Penates, qui lui avoient apparu en longe.

le Levit.

ch. 29.

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Sçavans. Il suffit de dire ici avec Jul. Pollux (1), que la Vic- , (+) Liv. time devoit être pure, non mutilée, sans tache , sans défaut, faine, ni boiteuse ni contrefaite : blanche & en nombre impair pour les Dieux célestes , noire & en nombre pair pour les Dieux infernaux. Enfin, choisie parmi les animaux, les plantes, ou les fruits , agréables aux Dieux ausquels on les offroit; car on n'immoloit pas toutes sortes de Victimes indifferemment à chaque Divinité. Ordinairement c'étoit une truye pleine qu’on offroit à Cybele & à la Déesse Tellus ; le taureau à Jupiter; à Junon., des génisses, des agneaux femelles , des brebis, & à Corinthe on lui facrifioit une chevre. A Neptune, un taureau & des agneaux, comme il paroît par Home: re. A Pluton, ausli un taureau noir, & à Proserpine une vache noire; & lorsqu'on prenoit cette Déesse pour Hecate, on lui immoloit un chien, animal qu'on croyoit éloigner en abboyant les spectres qu'envoyoit cette Déesse. La Victime la plus agréable à Ceres, étoient le verrat & la truye. On lui

. offroit ausli du miel & du lait. A Venus , la colombe, le bouc, la genisse, une chevre blanche, &c. A Bacchus, un bouc. On immoloit la vache & le taureau à Hermione, comme nous l'apprenons d'Elien (2), qui ajoute, que dans ces

(2) Do Cacrifices un taureau, qu'à

qu'à peine dix hommes avoient pu Anim. dompter , suivoit de lui-même une vieille Prêtresse jusqu'à l'autel. Au Soleil, quelquefois du miel, mais les Armeniens & les Massagetes lui immoloient des chevaux. A Apollon, car souvent il étoit distingué du Soleil, on offroit le belier , la chevre, la brebis , & le bouc; & quand on le confondoit avec le Soleil, un jeune taureau aux cornes dorées , pour marquer ses rayons: on lui offroit aussi un corbeau. A Mars , le cheval, le taureau,

& le belier : les Lusitaniens lui immoloient des boucs, des chevres, & quelquefois leurs ennemis. Les Scythes lui offroient des ânes, & les Cariens des chiens. Homere nous apprend que les Victimes les plus agréables à Minerve, étoient le taureau & l'agneau, ou, selon Fulgence Planciadès, des boufs qui n'avoient point encore été Tous le joug. A Diane, des cerfs, des chevres, sur-tout parni les Atheniens, & en quelques endroits, des vaches. Aux Dieux Lares, un jeune taureau, ou un agneau femelle, selon les:

le verrat,

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facultés de ceux qui facrificient. On leur immoloit aussi des cocqs & des hirondelles, & le cochon, d'où ils prirent le nom de Grundiles.

Enfin, chaque Dieu avoit son animal, ou son arbre, ou fa plante favorite. Parmi les animaux le lion étoit consacré à Vulcain ; le loup à Apollon & à Mars; le chien , aux Dieux Lares & à Mars; le dragon, à Bacchus & à Minerve; les griffons à Apollon ; les serpens à Esculape ; le cerf à Hercule; l'agneau à Junon; le cheval à Mars ; la genisse à Isis. Parmi. les oiseaux , l'aigle l'étoit à Jupiter ; le paon à Junon; la chouette à Minerve; le vautour & le pivert à Mars ; le cocq, au même Mars, à Esculape, à Apollon & à Minerve; la colombe & le moineau à Venus ; les alcyons à Tethys; le phenix au Soleil , & la cigale , espece d'insecte qui vole, à Apollon. Parmi les poissons , qui appartenoient tous à Neptune, la conque marine, & le petit poisson nommé Apua, que Festus dit être produit par la pluie , étoient chers à Venus , & le barbeau , à Diane. Parmi les arbres & les plantes , le

, pin étoit consacré à Cybele, à cause d'Atys; le hêtre à Jupiter; le chêne & ses differentes especes , à Rhea ; l'olivier,

à à Minerve; le laurier , à Apollon, après l'avanture de Daphné; le roseau, à Pan , après celle de Syrinx; le lotus , & le Myrte , étoient aussi consacrés à Apolon & à Venus; le cyprès, à Pluton; le narcisse & l'adiante , qu'on nomme aussi le clou de Venus, à Proferpine ; le frêne & le chiendent, à Mars; le pourpier, à Mercure; le myrte & le pavot , à Cerès ; la

& vigne & le

pampre, à Bacchus ; le peuplier à Hercule ; le dy&ime & le pavot , à Lucine; l'ail ; aux Dieux Penates ; l'aune , le cedre, le narcisse & le geniévre, aux Eumenides ; le palmier , aux Muses ; le platane, aux Génies; l'aulne, au Dieu Sylvain; le pin, à Pan, &c.

Si vous exceptez quelques raisons symboliques qu’on a rapportées en passant, de ces sortes de consécrations, il n'est

pas possible de deviner les autres : il y a apparence que, comme anciennement, & dès les premiers temps, l'Idolâtrie ne connoissoit pas toutes ces distinctions, ni de Victimes, ni d'êtres spécialement consacrés à quelque Divinité, à l'exclulion des autres, tout ce raffinement fur imaginé par les Prêtres, qui

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fe proposoient d'imprimer par-là plus de veneration pour les
Dieux.

La Vi&ime étant choisie de la maniere que j'ai dit, on la
paroit de rubans & de bandelettes ; on lui doroit les cornes , on
mettoit sur la tête des gâteaux, du fruit & de l'encens mâle (1); (1)Tout cela
c'est ce qu'on appelloit l'immolation, immolatio. Ensuite ve-

n'étoit point

general pour noit la libation; c'étoit du vin qu'on prenoit soi-même, & tous les Sacriqu'on faisoit goûter aux assistans. Puis litabatur ; c'est-à-dire, fices. que le Prêtre prenoit quelques poils entre les cornes de la Victime, les jettoit dans le feu, & enfin après s'être tourné du côté de l'Orient, ordonnoit au Victimaire d'égorger la Victime. A peine étoit-elle morte, que le Prêtre lui enfonçoit dans les entrailles le couteau sacré, pour voir si le Sacrifice étoit heureux, an perlitatum foret ; & l'Haruspice les examinoit, pour en tirer un augure favorable. Ensuite on coupoit la Victime en pieces, on les faisoit cuire , & on les distribuoit pour le festin. Ceux qui l'égorgeoient, étoient nommés Victimarii, Popæ , Cultrarii. Le Prêtre, outre les habits destinés à ses fonctions ,, ne manquoit pas de porter sur sa tête une couronne de branches ou de feuilles de l'arbre qui étoit fpécialement consacré au Dieu pour qui étoit le Sacrifice; comme, de chêne pour Jupiter, de laurier pour Apollon, de peuplier blanc pour Hercule, de pampre pour Bacchus, de cyprès pour Pluton ; ainsi des autres.

Mais comme il y avoit differentes sortes de Sacrifices, l'ho.
locauste, le Sacrifice expiatoire, le Sacrifice d'actions de gra-
ces, & plusieurs autres, on agissoit differeniment par rapport
à la Victime. Dans l'holocauste, elle étoit entierement consu-
mée par le feu, sans qu'il en restât rien. Quelquefois on re-
pandoit seulement le sang autour de l'autel; on brûloit dessus

;
les graisses qui entouroient les visceres , & on emportoit le
reste, ou on le mangeoit près du lieu-même de l'immolation.
Il y avoit des portions ausquelles le Prêtre seul avoit droit de
toucher , les autres étoient distribuées ou emportées. Il paroît
même que parmi les Gentils, tout ce qui étoit pour l'usage de
la nourriture ordinaire , sur-tout la chair des animaux, avoit
été offert auparavant en Sacrifice; & de-là vint l'attention
qu'avoient les premiers fidéles , lorsqu'ils vivoient au milieu

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