Imágenes de páginas
PDF
EPUB

و

P. 192.

و

des Payens, de prendre garde de ne point manger de viandes qui eussent été offertes aux Idoles. Si cette idée , qui a été suivie par quelques Auteurs, & qui paroît fondée sur l'Antiquité, n'est pas exactement juste , du moins est-il vrai que tous les festins publics étoient précedés de Sacrifices, dont on

mangeoit les viandes , ainsi que le dit formellement Athe(1) Liv.s, née 1): pour s'en convaincre, on n'a qu'à lire Homere, Virgile, (

, , & d'autres Anciens.

On peut conclure de ce qu'on vient de dire, qu'il devoit y avoir dans les Temples, & dans les autres lieux où on sacrifioit, differentes places marquées; les unes pour preparer la Victime, d'autres pour l'égorger , d'autres pour en faire cuire la chair, d'autres enfin pour célebrer le festin ; lequel, quoiqu'un acte de Religion, étoit fort gai, & toujours accompagné de danse, de musique, & d'hymnes chantés en l'honneur des Dieux. Les Devins, chez les Grecs, comme Calchas, Mopsus, Amphiarée, & plulieurs autres ; & les Harufpices chez les Romains ; allistoient aux Sacrifices , pour consulter les entrailles de la Victime, & en dire leur sentiment. C'étoient eux qui ordonnoient le temps, la forme, & la matiere des Sacrifices , sur-tout dans les occasions importantes ; & on ne manquoit guere alors de les consulter, & de suivre leurs décisions.

Il n'étoit pas toujours necessaire de conduire la Victime vivante auprès des Autels, puisque faute d'autres animaux, on en alloit tuer à la chasse , comme nous l'avons dit, pour les immoler ensuite. L'animal même n'étoit pas offert entier aux

Dieux; les cuisses étoient le morceau qui leur étoit destiné (2) In Att. ainsi que Pausanias (2) l'a remarqué en general pour les Sacri

fices des Grecs ; & on faisoit brûler cette partie de la VietiArc. p. 269.

me sur un feu clair, de bois coupé par éclats. Apollonius de ( 3 ) Liv.s. Rhodes (3) dit la même chose : Ils égorgent, dit-il, deux bæufs,

les

coupent par quartiers , & ensuite par morceaux, ils en separent les cuisses votives; eo après les avoir couvertes de la graisse , ou de l'omentum qui eft gras , il les font griller sur des éclats de bois.

Les libations accompagnoient toujours les Sacrifices : c'étoit une liqueur qu'on repandoit en l'honneur du Dieu à qui

P-22. & in

V. 432.

on

[ocr errors]
[ocr errors]

on offroit le Sacrifice, & souvent le Sacrifice même n'étoit qu'une limple libation. Anciennement ce n'étoit que de l'eau qu'on repandoit , lorsque l'usage du vin n'étoit pas établi , ou ne l'étoit qu'en quelques endroits ; & ce qui paroîtra surprenant, c'est que plusieurs Peuples qui celebroient les Orgies, ou les Bacchanales, ignoroient, ou du moins ne faisoient aucun usage du vin. Les Perses, au rapport d'Herodote (1), ne (1) Liv. i. beuvoient que de l'eau. On doit dire la même chose des Nations du Pont, des Cappadociens, & des Scythes. Comment les Arcadiens, qui anciennement ne vivoient que de glands, ou plûtôt de quelques chậraignes sauvages ; comment les

; Troglodytes, les Idhyophages, & une infinité de Peuples errants, qui vivoient au milieu des bois ou dans des grottes auroient-ils connu l'usage du vin ? Ils avoient cependant une Religion, des Sacrifices & des Libations. Des Peuples même plus polis , & qui en connoissoient l'usage, tels que les Egyptiens, n'osoient , fi nous en croyons Plutarque (2), en

(2) De IG. porter dans les Temples. En effet avant Pfammeticus , les & Olir. Egyptiens n'en usoient point du tout, & n'en offroient point à leurs Dieux, croyant qu'il ne leur étoit pas agréable, puisqu'ils le regardoient comme le fang des Titans , qui mêlé avec la terre, après quę, Jupiter les eut foudroyés, avoit produịt la vigne.

Quoiqu'il n'y eût point de temps marqué pour les Sacrifices particuliers, on observoit cependant très-religieusement dans les Sacrifices publics, de prendre le matin pour les Dieux

celestes, & le soir ou la nuit, pour les Dieux terrestres ou infernaux. Les Sacrifices faits en l'honneur de ces derniers, exigeoient des ceremonies qui leur étoient particulieres. On ne leur immoloit que des viétimes noires; on faisoit une fosse pour en recevoir le sang , & on y jettoit le vin de la libation On brûloit la vidime ențiere comme dans les holocaustes, fans en reserver rien pour le festin ; car

il n'étoit pas permis de manger les viandes qui étoient offertes aux Dieux infernaux & aux Manes (3).

(3) Voyec Enfin il est bon de remarquer après Lucien (4), que les Indore.

(4) Des Sacr. Sacrifices écoient differens selon la qualité des personnes. Le Laboureur , dit-il, immole un bæuf ; le Berger , un agneau ; le Tome 1.

fi

;

ر

(2) Ibid.

(3) Prep Evang. d. 3.

Chevrier, une chevre : il y en a qui n'offrent que de simples teaux ou de l'encens ; le pauvre fait fon facrifice en baisant sa main droite.

Remarquons encore que les Sacrifices étoient devenus si communs, qu’on en offroit dans presque toutes les occasions de la vie ; puisqu'outre ceux qui étoient prescrits par les Rituels, les Generaux d'armée en offroient avant la bataille,

ainsi qu'on le voir dans les anciens Auteurs, particulierement (1) in Mefl. dans Pausanias (1): ceux qui vouloient fonder quelque ville,

comme il paroît par le même Auteur (2): lorsqu'on vouloit
entreprendre quelque voyage : dans les maladies, dans les
affaires, après quelque fonge ; enfin on n'entreprenoit rien de
considerable,sans avoir auparavant imploré le secours des Dieux

,
par cet acte de Religion.

Eusebe rapporte (3) un passage de Porphyre au sujet d'un
Oracle d'Apollon, qui prescrivoit la forme des Sacrifices.

Il y a, disoit Porphyre , d'après un Oracle, des Dieux de la » terre & des Dieux des enfers. On leur offre des victimes à

quatre pieds, de couleur noire ; mais avec cette difference, » que pour les Dieux terrestres, on presente les vi&times fur » des Autels , & pour les Dieux infernaux dans des fosses , so & dans des lieux creux. Aux Dieux de l'air on immole des » oiseaux , dont on brûle tout le corps en holocaufte, & so dont on répand le sang autour de l'Autel. On offre aussi des

volatiles aux Dieux marins, mais il faut qu'on jette la libation » dans les flots, & que les oiseaux soient de couleur noire ». D'ou l'on peut conclure qu'on offroit aux Dieux celestes des oiseaux blancs , ainsi que des victimes blanches, comme je l'ai déja remarqué. Mais il faut observer encore, 1°. qu'à Rome, lorsque la vitime avoit quelques taches, on la blanchif soit avec de la craye, & cette forte de victime s'appelloit 'bos cretatus. 2°. qu’on offroit aux Dieux terrestres des bêtes à quatre pieds , pourvû qu'elles fuffent noires ; 'comme devoit être le cochon qu’on immoloit à Cerès , parce que, comme le remarque le même Porphyre , la terre eft de couleur brut ne. 3°. enfin que comme les bandelettes dont on ornoit la tête des victimes offertes aux Dieux du ciel, devoient ère blanches , celles dont on parois les animaux destinés

[ocr errors]

aux Sacrifices qu'on faisoit aux Dieux terrestres & infernaux devoient être noires (a).

Les Sacrifices ne se faisoient pas toujours , comme on l'a remarqué, en immolant des animaux : souvent on ne presentoit aux Dieux que des fruits & des plantes, comme à Pomone & à d'autres Divinités ; fouvent de la farine cuite, ou des gâteaux de farine de bled , ou d'orge. Les Grecs en offroient dans tous leurs Sacrifices, de quelque nature qu'ils fussent. Homere nomme ces gâteaux ivyozóses ; d'autres s'appelloient popana & prothymata , & ceux-ci étoient principalement of ferts à Esculape. Une autre forte de gâteau étoit nommé bos, le bæuf, parce qu'on y figuroit des cornes, & il étoit destiné à Jupiter celeste, à Apollon, à Diane, á Hecate & à la Lune. Il y en avoit d'autres qu'on nommoit melyta , parce qu'ils étoient pêtris avec du miel , & ceux-ci étoient offerts à Trophonius. Enfin, pour tout dire , il y avoit une autre sorte de gâteau , qui fe nommoit Arisca , une autre appellée Hygica , qu'on offroit à la Déesse de la santé. A Rome c'étoit avec de la farine de bled & du sel,

que

se faisoient ces gâteaux , qu'on nommoit Ador , & les Sacrifices qu'on en faisoit Adorea Sacrificia. Suivant la Loy de Romulus, ces gâteaux devoient être cuits au four ; & il inftitua pour cela la Fête appellée Fornacalia ; d'où vint dans la suite la Déesse Fornax. Après que

la victime étoit égorgée, il y avoit des Miniftres qui tenoient des vafes prêts pour en recevoir le sang, d'autres qui avoient à la main des inftrumens , ou pour l’écorcher, ou pour la couper en plusieurs morceaux. J'ai dit que l'Haruspice, le Flamine , ou le Prêtre examinoit les entrailles de la vi&time, Exta , pour en tirer des Augures favorables, il faut ajouter ici, 1°. que le cæur , le foye, le poulmon & la rate , étoient le principal sujet de leur attention: 2°. que c'étoit de l'inspection des entrailles, qu'étoit venue la maniere de deviner, qu'on nommoit Extispicium : 3o. qu'on observoit aussi le mouvement de la queue , au moment que la victime

(a) Le mot latin cæruleus , dont on se sert pour exprimer la couleur de ces bandelettes , est souvent pris par les meilleurs Auteurs, pour marquer le noir , quoiqu'il s'entende ordinairement du bleu foncé.

expiroit. Si elle se tordoit, cela marquoit une entreprise difficile : lorsqu'elle se tournoit en bas, on en auguroit une défaite ; & li elle s'élevoit en haut , c'étoit la marque d'un triomphe complet : 4o. qu’on tiroit encore des presages sur la maniere dont l'encens perilloit en brûlant, ainsi que de la fumée & de ses differens mouvemens ou contours.

Lorsque le Sacrifice étoit fini, si l'augure en étoit favorable, c'étoit alors un Sacrifice parfait , ce qu'on exprimoit par

- le seul mot Litare ; car tous n'étoient pas agréables à la Di. () Liv.10., vinité à laquelle on les offroit, comme le dit Martial (1),

Ep. 73.

Non quacumque manu victima cæfa litar. (2) In Pen. Plaute dit ausli (2)

Si Hercule iffuc unquam factum eff, tum me
Jupiter faciat , ut semper sacrificem , nunquam litem.

Si je suis coupable de ce dont vous m'accusez, je consens que Jua piter ne reçoive favorablement aucun des Sacrifices que je lui offrirai.

Ainsi il n'y avoit point de veritable Sacrifice sans la Litation, s'il est permis de rendre ce mot françois.

Tous les Assistans étoient obligés de garder le filence pendant qu'on égorgeoit la victime, & qu'elle brûloit sur l'Autel : dans l'intervalle de ces deux operations, on pouvoir s'entretenir les uns avec les autres ; d'où étoit venu le proverbe, inter cæfa & porrecta.

Lorsque le Prêtre alloit facrifier, un Heraut crioit devant lui, hoc age , soyez uniquement attentif à ce que vous allez faire. Et en Grece, lorsqu'il approchoit de l'Autel il demandoit ; Qui est ici ? & les Assistans répondoient : Plusieurs gens de bien. Alors le Prêtre prononçoit la formule, Loin d'ici tout scelerat , que les Romains rendoient par ces mots : procul este profani. On avoit sur-tour grand soin d'en chaffer les voleurs, les meurtriers , & tous les gens de mauvaise vie : mais cela

pas general , du moins dans la Grece , pour tous les Sacrifices.

« AnteriorContinuar »