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Les Prêtres qui facrifioient avoient ordinairement la tête voilée ; je dis ordinairement, parce qu'il y avoit des Sacrifices où ils devoient être tête nue. On n'est pas trop d'accord sur cette distinction ; cependant Fabretti (1) croit qu'on (1) Col. Trai;

. fe voiloit la tête pour sacrifier aux douze grands Dieux , & qu'on sacrifioit aux autres la tête découverte. Plutarque semble insinuer que le Prêtre ne se couvroit la tête que lorsqu'il facrifioit aux Dieux celestes , puisqu'il dit que celui qui offroit le Sacrifice à Saturne, avoit la tête nue, parce que

c'étoit un des Dieux infernaux. Les bas-reliefs antiques qui representent les Sacrifices, tels qu'on peut les voir dans le P. de Montfaucon (2) & ailleurs, n'autorisent gueres ces distinc-(2) Aat. Expl tions. On (çait seulement qu'en Grece, le Sacrificateur étoit toujours tête nue.

Le Prêtre , avant que de facrifier , devoit s'y préparer surtout par la continence, durant la nuit qui le précedoit, & par l'ablution ; & c'est pour cela qu'à l'entrée du Temple il y avoit ordinairement de l'eau , où il se purifioit. Il paroît qu'anciennement on alloit se laver dans quelque fleuve; du moins Virgile (3) fait dire à Enée prêt à offrir un Sacrifice, qu'il (3) En L. + ne sacrifiera point avant que de s'être purifié dans l'eau d'un fleuve :

Donec me flumine vive Abluero. . Mais il est bon de remarquer que cette ablution n'étoit requise que dans les Sacrifices qu'on offroit aux Dieux celestes; l'aspersion étant suffisante pour les Dieux terrestres & infernaux. On ne sacrifioit jamais à Rome, qu'on n'eût commencé par adresser une priere à Janus , par la raison, dit Ovide, qu'il étoit gardien de la porte qui conduisoit aux autres Dieux. Cette priere étant finie, on en faisoit une seconde à Jupiter ,

une troisiéme à Junon, ou selon d'autres, à Vesta. Le Prêtre faisoit ensuite plusieurs fois le tour de l'Autel , & portoit la main à la bouche ; puis il versoit du vin sur le même Autel avec la patere : enfin il ordonnoit au Victimaire de frapper la victime ; ce qu'il faisoit, ou avec le couteau nom mé Secespita , ou il l'assommoit d'un

coup

de mailler.

puis.us

Hecatombes

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(1) loc. cit.

Le P.de Montfaucon (1) explique la plûpart des Sacrifices qu'on trouve encore representés sur des marbres , & sur des bas-relifs ; ce qui me dispense d'en parler ici, d'autant plus que ses explications supposent les figures qu'on doit avoir devant les yeux ; mais comme parmi le grand nombre de ces Sacrifices, il y en avoit de plus solemnels que les autres , ,

, tels que font l'Hecatombe, le Taurobole, le Criobole, & quelques autres, je crois qu'on attend de moi que j'en donne ici un détail abregé.

Dans les grandes victoires , ou dans le temps de quelque calamité publique, on immoloit quelquefois dans le même Sacrifice, jusqu'à cent bæufs, ou cent autres animaux ; c'eft ce qu'on appelloit Hecatombe : quelquefois jusqu'à mille, ce

qui étoit très-rare, & c'est ce qu'on nommoit Chiliombe. (2) in Balb. Capitolin (2) parlant de l'Hecatombe qui fut offerte

par l'Empereur Balbin , après la defaite de Maximin, nous apprend en même temps de quelle maniere s'offroit cette forte de Sacrifice. » On dresse en un lieu marqué cent Aurels de » gazon , & on immole cent moutons & cent cochons ; si

le Sacrifice est Imperial, on immole cent lions, cent aigles , & cent autres animaux. Les Grecs, ajoute cet Au

faisoient la même chose lorsqu'ils étoient affligés de la peste. ». Athenée ajoûte qu’on en usoit de même après des victoires signalées, & cite pour cela l'exemple de Conon, Capitaine Lacedemonien, qui offrit, dit-il, une vraie Hecatombe. Par ce mot de vraie Hecatombe, l'Auteur nous fait entendre que ce General fit immoler veritablement cent boucs , car quelquefois on donnoit ce nom à des Sacrifices où les cent animaux étoient d'une autre espece. Par le passage de Capitolin, on peut refuter l'erreur de ceux qui soutiennent que l'Hecatombe étoit ainsi nommée, à cause des cent bæufs ou taureaux qu'on y immoloit. Hesychius & plusieurs autres Auteurs , confirment ce que dit Capitolin , qu'on sacrifioic dans les Hecatombes, d'autres animaux que des bæufs. Au

reste ce Sacrifice étoit très-ancien, puisqu'il en est fait men(3)Od. L.1. tion dans Homere (3), qui dit que Neptune alla en Ethyopie

recevoir le Sacrifice des Hecatombes de taureaux & dagneaux. On sçait que Pythagore offrir une Hecatombe , pour

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» teur,

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avoir trouvé la démonstration de la quarante-septiéme proposi-
tion du premier Livre d’Euclide.

Nous ne devons pas oublier le Sacrifice d'Agrotere , où
l'on immoloit cinq cens chevres tous les ans à Athenes , en
l'honneur de Diane , furnommée Agrotere , soit de la ville
Agros dans l’Attique, soit d'un surnom de cette Déesse , qui
lui fut donné, selon Rhodiginus, parce qu'elle étoit toujours
dans les champs. Xenophon rapporte l'institution de ce Sa-
crifice, au vou que firent les Atheniens d’immoler à cette
Déesse autant de chevres , qu'ils auroient tué de Perses; mais
ils en firent un tel carnage, qu'il fut impossible d'accomplir
ce væu à la lettre, ce qui les obligea à faire un Decret,
par lequel ils s'engageoient d’immoler tous les ans cinq cens
chevres en son honneur ; ce qu'ils continuoient encore du
temps de cet Historien.

Le Taurobole étoit un Sacrifice offert à la mere des Dieux. Taurobole
Ce Sacrifice ne paroît pas avoir été connu dans les premiers
temps du Paganisme, puisque la plus ancienne Inscription
qui en fasse mention, & qui est celle qui fut trouvée à Lyon
en 1704. dans la Montagne de Fourviere , nous apprend que
ce Taurobole fut offert sous le regne de l'Empereur Antonin,
l'an de Jesus-Christ 160. Il ne finit aussi que fort tard ; la der-
niere Inscription qu'on en connoisse , est de l'Empire de
Valentinien III.

Comme personne n'a mieux expliqué les céremonies du
Taurobole

que M. de Bose , dans la Dissertation qu'il fit sur l'Inscription de Lyon (1), j'y renvoye les Curieux, me con- (1) Mem. de tentant , pour en donner quelqu'idée, d'observer que ce n'eft l'Ac. des Beh

Lettr. T. 3. gueres que par les Inscriptions qu'on connoît cette forte de Sacrifices , les Anciens, du moins ceux qui nous restent, gardant sur cet article un profond silence ; si on en excepte Julius Firmicus, Auteur chrétien , Prudence, & peut-être Lampridius, qui parlant d'Heliogabale, dit qu'il étoit si dévot à Cybele,qu'il recevoit le sang des taureaux qu'on immoloit à cette Déelle. Ce Sacrifice étoit offert à Cybele pour la consecration du Grand Prêtre, pour l'expiation des pechés , ou pour la santé du Prince, ou de ceux qui l'offroient. C'étoit une espece de baptême de sang, dans lequel on croyoit

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o trous

.

)

trouver une renaiffance spirituelle , & dont le rit & les céremonies étoient differentes des autres Sacrifices. Mais comme le Poëte Prudence fait une description détaillée du Taurobole, nous allons donner, pour mettre nos Lecteurs au fait, une traduction de ses vers.

Pour consacrer le Grand Prêtre, dit-il, c'est-à-dire , pour « l'initier au Taurobole, on faisoit une grande fosse, dans la

quelle il entroit , paré d'un habit extraordinaire, & poro tant une couronne d'or, avec une Toge de foye, ceinte à w la maniere des Sabins. Au dessus de la fosse , il y avoit une

espece de plancher , dont les planches mal jointes laissoient plusieurs fentes, & outre cela, on les perçoit de plusieurs

On amenoit ensuite un grand Taureau couronné de festons, portant sur les épaules des bandelettes » couvertes de fleurs, & ayant le front doré. On égorgeoit » cette victime, ensorte que le sang tout chaud, & à grands

flots, couloit sur le plancher, lequel étant criblé de trous,

laissoit tomber dans la fosse comme une pluye de sang, que le » Prêtre recevoit sur sa tête , sur son corps, & sur ses habits.

Non content de cela, il renversoit aufli la tête pour rece

voir ce sang sur son visage, il en faisoit tomber sur l'une » & l'autre joue, sur ses oreilles, sur ses lévres, sur ses na» rines : il ouvroit même la bouche, pour en arroser sa langue » & en avaler. Lorsque la victime avoit rendu tout son sang,

on la retiroit, & le Grand Prêtre sortoit de la fosse. C'étoit " un spectacle horrible que

de le voir ainsi la tête couverte » de fang , la barbe chargée de grumeaux, & tous ses habits

souillés. Cependant lorsqu'il paroissoit , tout le monde le fa

luoit, & l'adoroit même sans oser en approcher , le regarw dant comme un homme purifié & sanctifié ».

Ceux qui avoient ainsi reçu le sang du Taurobole, portoient le plus long-temps qu'ils pouvoient leurs habits ainsi souillés, comme une marque sensible de leur regeneration.

2°. Ce n'étoit pas toujours pour les particuliers que se fai

. soit le Taurobole: on en faisoit la ceremonie pour les Corps de Ville , pour des Provinces entieres

des Provinces entieres , pour la prosperité de l'Empereur, &c. Quelquefois ces regenerations étoient pour vingt-ans ; quelquefois enfin l'Archigalle , ou le Grand

Prêtre

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&

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Prêtre de Cybele, l'ordonnoit dans certaines occasions (a).

3o. Ce Sacrifice de regeneration n'exigeoit pas toujours qu’on immolât un Taureau : ta' vi&imė étoit quelquefois un belier , & alors il se nommoit Criobole. Quelquefois une chévre, & alors il portoit le nom d'Egibole , ou Ægobole

. Plusieurs Sçavans ne conviennent pas que cette derniere victime ait été employée dans les Tauroboles, mais seulement le taureau, quelquefois le belier, lorsqu'on vouloit honorer Atys , favori de Cybele, à laquelle le Taurobole étoit uniquement consacré ; quoique Duchoul, Cambden, Selden & quelques auires ayent cru qu'il s'offroit aussi à l'honneur de Diane.

Finissons ce Chapitre par quelques observations generales au sujet des formules de prieres qu’on y faisoit. Comme on croyoit que les Dieux eux-mêmes avoient dieté ces formules, on les regardoit comme quelque chose de li essentiel, que celui qui étoit chargé de les prononcer, en oublioit ou transposoit seulement quelque mot, on étoit persuadé que le Sacrifice devenoit inutile. Aussi quand le Consul Decius se devoua aux Dieux infernaux, & avec lui les Troupes ennemies, il avertit le Pontife Valere Maxime de prononcer exactement la formule prescrite en cette occasion. Il y avoit même des hommes préposés pour prendre garde qu’on n'oubliât rien du Formulaire ; & pour qu'ils pussent entendre celui qui le

prononçoit, sans en perdre aucune parole, ils imposoient silence aux 'Amistans. La plậpart de ces formules , si nous en croyons Jamblique (I), comme celle de la Theurgie, espece de ma- (1) Des Myft.

. gie, dont on parlera dans la suite , avoient d'abord été composées en Langue Egyptienne, ou en Langue Chaldaique. Les Grecs & les Romains en les traduisant avoient laissé beaucoup de mots de ces Langues étrangeres, ce qui les rendit souvent un langage barbare & inintelligible, mais toujours d'autant plus respectable qu'il étoit plus inintelligible & plus barbare. (a) Tout cela eft tiré des Inscriptions, & de la Differtation de Monsieur de Bose.

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