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Prêtresse. Il y en avoit aussi une à Catane pour Cerès, à
Clazomene pour Pallas, &c.

A Delphes il y avoit cinq Princes des Prêtres, & avec
eux des Prophetes qui prononçoient les Oracles. A Opunte
deux Souverains Pontifes seulement, dont l'un presidoit aux
culte des Dieux celestes, qu'on nommoit Ouranius ; l'autre
aux Dieux terreftres & infernaux, & ce dernier étoit appellé
Catacthonien.

Le Sacerdoce de Syracuse , lequel , felon Ciceron (1), (1) in Verr. 4:
étoit d'une très-grande considération, ne duroit qu’un an.
Les Hierophantes étoient des Prêtres très-celebres à Athenes :
leur nom vient de deux mots Grecs iep's , facré, & quives, je
parois. Selon Apollodore, c'étoit lui qui étoit préposé pour
enseigner les choses sacrées & les myfteres à ceux qui vou-
loient être initiés ; ce qui , avec le nom d'Hierophante, lui
avoit aussi fait donner le nom de Prophete. Ce Ministre avoit
sous lui d'autres Officiers qui l'aidoient dans cette fonction
& dans les autres ; on les nommoit Exegetes, & quelque-
fois, Prophetes. Il ornoit aussi les Statues des Dieux, & les
portoit dans les ceremonies publiques. Leurs femmes se
mêloient aussi du culte divin , & étoient nommées Hierophan-
tides. Ce Prêtre avoit encore le soin du culte de Cerès & de ses
myfteres. On peut consulter pour tous ces articles les Notes
de Saumaise sur Solin.

Comme les Hierophantes & leurs femmes étoient desti-
nés au culte de la Déesse Hecate & de Cerès, les Orgio-
phantes, & les femmes nommées Orgiaftes , presidoient aux
Orgies ; & le Daduque ou Lampadophore aux Fêtes nom-
mées Daduquies, dont nous parlerons dans l'article des Fêtes
des Grecs.
Si nous en croyons Pollux (2), il y avoit seize sortes de

(2) Ch. 1
Ministres des Temples ; les Prêtres ; les Garde-Temples ou art. 16.
Bedeaux ; ceux qui avoient soin des choses sacrées; les Pro-
phetes, les Hypoprophetes , ou les Subdelegués des Prophe-
tes, qui publioient l'Oracle; les Sacrificateurs, ceux qui'ini-
tioient, les Administrateurs des choses facrées, les Purifica-
teurs , les Devins ou Inspirés , les Sortilegues, ceux qui raf-
sembloient les discours de bonne avanture, les Chresmorhetes,

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;

.

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Hecatombes

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loc. cit.

Le P. de Montfaucon (1) explique la plûpart des Sacrifices qu'on trouve encore representés sur des marbres, & sur des bas-relifs ; ce qui me dispense d'en parler ici, d'autant plus que ses explications supposent les figures qu'on doit avoir devant les yeux ; mais comme parmi le grand nombre de ces Sacrifices, il y en avoit de plus folemnels que les autres, tels que sont l'Hecatombe, le Taurobole, le Criobole, & quelques autres, je crois qu'on attend de moi qúe j'en donne ici un détail abregé.

Dans les grandes victoires , ou dans le temps de quelque
calamité publique, on immoloit quelquefois dans le même
Sacrifice, jusqu'à cent bæufs, ou cent autres animaux ; c'eft

;
ce qu'on appelloit Hecatombe : quelquefois jusqu'à mille, ce

qui étoit très-rare, & c'est ce qu'on nommoit Chiliombe.
(2) in Balb. Capitolin (2) parlant de l'Hecatombe qui fut offerte par

l'Empereur Balbin , après la defaite de Maximin, nous ap-
prend en même temps de quelle maniere s'offroit cette forte
de Sacrifice. On dresse en un lieu marqué cent Aurels de

gazon , & on immole cent moutons & cent cochons ; si
» le Sacrifice est Imperial, on immole cent lions , cent ai-

gles , & cent autres animaux. Les Grecs, ajoute cet Au-
» teur, faisoient la même chose lorsqu'ils étoient affligés de

». Athenée ajoûte qu’on en usoit de même après
des victoires signalées, & cite pour cela l'exemple de Conon,
Capitaine Lacedemonien, qui offrit, dit-il, une vraie He-
catombe. Par ce mot de vraie Hecatombe, l'Auteur nous fait
entendre que ce General fit immoler veritablement cent
boucs , car quelquefois on donnoit ce nom à des Sacrifices
où les cent animaux étoient d'une autre espece. Par le passage
de Capitolin, on peut refuter l'erreur de ceux qui soutiennent
que l'Hecatombe étoit ainsi nommée, à cause des cent bæufs
ou taureaux qu'on y immoloit. Hesychius & plusieurs autres
Auteurs, confirment ce que dit Capitolin, qu'on facrifioit
dans les Hecatombes, d'autres animaux que des bæufs. Au

reste ce Sacrifice étoit très-ancien , puisqu'il en est fait men(3)Od. L. 1. tion dans Homere (3), qui dit que Neptune alla en Ethyopie

recevoir le Sacrifice des Hecatombes de taureaux & d'a-
gneaux. On sçait que Pythagore offrir une Hecatombe , pour

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la peste.

avoir trouvé la démonstration de la quarante-septiéme proposition du premier Livre d’Euclide.

Nous ne devons pas oublier le Sacrifice d'Agrotere, où l'on immoloit cinq cens chevres tous les ans à Athenes, en l'honneur de Diane , furnommée Agrotere , soit de la ville Agros dans l’Attique, soit d'un surnom de cette Déesse, qui lui fut donné, selon Rhodiginus, parce qu'elle étoit toujours dans les champs. Xenophon rapporte l'institution de ce sacrifice, au vou que firent les Atheniens d’immoler à cette Déesse autant de chevres , qu'ils auroient tué de Perses; mais ils en firent un tel carnage, qu'il fut impossible d'accomplir ce væu à la lettre , ce qui les obligea à faire un Decret, par lequel ils s'engageoient d’immoler tous les ans cinq cens chevres en son honneur ; ce qu'ils continuoient encore du temps de cet Historien. Le Taurobole étoit un Sacrifice offert à la mere des Dieux.

Taurobole Ce Sacrifice ne paroît pas avoir été connu dans les premiers temps du Paganisme, puisque la plus ancienne Inscription qui en fasse mention, & qui est celle qui fut trouvée à Lyon en 1704. dans la Montagne de Fourviere , nous apprend que ce Taurobole fut offert sous le regne de l'Empereur Antonin, l'an de Jesus-Christ 160. Il ne finit aussi que fort tard; la derniere Inscription qu'on en connoisse , est de l'Empire de Valentinien III.

Comme personne n'a mieux expliqué les céremonies du Taurobole que M. de Bose, dans la Dissertation qu'il fit sur l'Inscription de Lyon (1), j'y renvoye les Curieux , me con- (1) Mem. de tentant , pour en donner quelqu'idée, d'observer que ce n'est l'Ac. des Beh

Lettr. T. 3gueres que par les Inscriptions qu'on connoît cette forte de Sacrifices , les Anciens, du moins ceux qui nous restent, gardant sur cet article un profond silence ; si on en excepte Julius Firmicus , Auteur chrétien, Prudence, & peut-être Lampridius , qui parlant d'Heliogabale, dit qu'il étoit si dévor à Cybele,qu'il recevoit le sang des taureaux qu’on immoloit à cette Déesse. Ce Sacrifice étoit offert à Cybele pour

la consecration du Grand Prêtre, pour l'expiation des pechés, ou pour la santé du Prince, ou de ceux qui l'offroient. C'étoit une espece de baptême de sang, dans lequel on croyoit

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o trous

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trouver une renaisfance spirituelle , & dont le rit & les céremonies étoient differentes des autres Sacrifices. Mais comme le Poëte Prudence fait une description détaillée du Taurobole, nous allons donner, pour mettre nos Lecteurs au fait, une traduction de ses vers.

. Pour consacrer le Grand Prêtre, dit-il, c'est-à-dire, pour o l'initier au Taurobole, on faisoit une grande fosse, dans la

quelle il entroit, paré d'un habit extraordinaire , & portant une couronne d'or, avec une Toge de foye, ceinte à la maniere des Sabins. Au dessus de la fosse, il y avoit une

у espece de plancher , dont les planches mal jointes laissoient plusieurs fentes, & outre cela, on les perçoit de plusieurs

On amenoit ensuite un grand Taureau cou* ronné de feftons, portant sur les épaules des bandelettes » couvertes de fleurs, & ayant le front doré. On égorgeoit - cette victime, ensorte que le sang tout chaud, & à grands

flots, couloit sur le plancher , lequel étant criblé de trous, laissoit tomber dans la fosse comme une pluye de sang, que le Prêtre recevoit sur sa tête, sur son corps, & sur ses habits.

Non content de cela, il renversoit aussi la tête pour rece>> voir ce fang sur son visage, il en faisoit tomber sur l'une » & l'autre joue, sur ses oreilles, sur ses lévres , sur ses na

rines : il ouvroit même la bouche, pour en arroser sa langue » & en avaler. Lorsque la victime avoit rendu tout son sang,

on la retiroit, & le Grand Prêtre sortoit de la fosse. C'étoit un spectacle horrible que de le voir ainsi la tête couverte de fang , la barbe chargée de grumeaux, & tous ses habits souillés. Cependant lorsqu'il paroissoit , tout le monde le fa

luoit, & l'adoroit même sans oser en approcher , le regarw dant comme un homme purifié & sanctifié ».

Ceux qui avoient ainsi reçu le sang du Taurobole, portoient le plus long-temps qu'ils pouvoient leurs habits ainsi souillés, comme une marque sensible de leur regeneration.

2°. Ce n'étoit pas toujours pour les particuliers que se faisoit le Taurobole : on en faisoit la ceremonie pour les Corps de Ville , pour des Provinces entieres

s

des Provinces entieres , pour la prosperité de l'Empereur, &c. Quelquefois ces regenerations étoient pour vingt-ans ; quelquefois enfin l'Archigalle , ou le Grand

Prêtre

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Prêtre de Cybele, l'ordonnoit dans certaines occasions (a).

3o. Ce Sacrifice de regeneration n'exigeoit pas toujours qu'on immolât un Taureau : la vi&timė étoit quelquefois un belier , & alors il se nommoir Criobole. Quelquefois une chévre, & alors il portoit le nom d'Egibole, ou Ægobole. Plusieurs Sçavans ne conviennent pas que cette derniere victime ait été employée dans les Tauroboles, mais seulement le taureau , & quelquefois le belier, lorsqu'on vouloit honorer Atys , favori de Cybele, à laquelle le Taurobole étoit uniquement consacré ; quoique Duchoul, Cambden, Selden & quelques autres ayent cru qu'il s'offroit aussi à l'honneur de Diane.

Finissons ce Chapitre par quelques obfervations generales au sujet des formules de prieres qu’on y faisoit

. Comme on croyoit que les Dieux eux-mêmes avoient dieté ces formules, on les regardoit comme quelque chose de li essentiel, que li celui qui étoit chargé de les prononcer, en oublioit ou transposoit seulement quelque mot, on étoit persuadé que le Sacrifice devenoit inutile. Aussi quand le Consul Decius se devoua aux Dieux infernaux, & avec lui les Troupes ennemies, il avertit le Pontife Valere Maxime de prononcer exactement la formule prescrite en cette occasion. Il y avoit même des hommes préposés pour prendre garde qu'on n'oubliât rien du Formulaire ; & pour qu'ils pussent entendre celui qui le prononçoit, sans en perdre aucune parole, ils imposoient silence aux Alistans. La plậpart de ces formules , si nous en croyons Jamblique (I), comme celle de la Theurgie, espece de ma- (1) Des Myft. gie, dont on parlera dans la suite , avoient d'abord été composées en Langue Egyptienne, ou en Langue Chaldaïque. Les Grecs & les Romains en les traduisant

у

avoient laissé beaucoup de mots de ces Langues étrangeres, ce qui les rendit souvent un langage barbare & inintelligible, mais toujours d'autant plus respectable qu'il étoit plus inintelligible & plus barbare.

(a) Tout cela eft tiré des Inscriptions, & de la Dissertation de Monsieur de Bose.

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