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CHAPITRE X I.

A

Des Instrumens dont on se fervoit dans les Sacrifices & dans

d'autres Čerémonies religieuses. Pre's avoir traité des Sacrifices & des Victimes, je

dois parler des Instrumens facrés ; mais comme il est difficile d'en faire bien entendre la description fans figures , les Le&eurs auront recours aux Antiquaires qui les ont fait graver.

Celui qu'on nommoit Acerra , étoit un coffret dans lequel on mettoit l'encens , à peu près comme nous en avons dans nos Eglifes; car ceux des Anciens , que le temps nous a conservés, & qu'on voit dans les cabinets des curieux, n'étoient pas tous faits sur le même modéle, ni de même metal. Ce coffret ou cette boëte de parfums , se voit souvent sur les Monumens anciens , entre les mains des Cainilles, quelquefois entre celles des Vestales.

L'Encensoir, ou Thuribulum , étoit connu des Anciens, mais on n'en voit aucune representation dans les Monumens. Les Grecs nommoient cet Instrument Thymiaterion , & on voit bien quel en devoit être l'usage.

Le Prefericule étoit un vase qui contenoit la liqueur dont on se servoir dans les Libations. Le Difque, un bassin où l'on mettoit les viandes des victimes. L'Aspersoir , qui étoit à

peu près comme les notres , de crin de cheval, ou de quelqu'autre animal, avec un manche, servoit pour les aspersions d'eau luftrale, qui étoit contenue dans un vafe , dont les monumens nous ont conservé quelque representation.

La Patere , étoit un instrument ordinairement rond , un peu creux, & avec un manche. Elle fervoit à recevoir la liqueur qu'on y versoit du vase, & à la repandre sur la victime į ce que Virgile explique très nettement :

Ipfa tenens dextrâ pateram pulcherrima Dido (1) En. L. 42

Candentis vaccæ media inter cornua fudit (1).

(1) L. 35. C. 12,

La belle Didon tenant la parere de la main droite , la versa entre les cornes de la Genisse blanche. Cet inftrument, fait de differens metaux , avec quelques varietés pour sa forme, est celui que le temps a le plus respecté, & il y a peu d'Antiquaires qui n'en ayent plusieurs.

Le Simpulum , qui approchoit affez par sa forme de la Patere , étoit une espece de cueiller, dont, selon Feftus, on se fervoit dans les Sacrifices pour faire les Libations du vin. Pline (1) nomme cet instrument Simpuvium, & dit qu'il y en avoit de terre cuite.

Le Bâton augural, qu'on appelloit Lituus , ainsi qu'une sorte de trompette, étoit un peu recourbé par le bout, & les Augures , qui vouloient examiner le vol des oiseaux pour en tirer quelque présage, le tenoient à la main : on le trouve communément sur les Monumens & sur les Medailles.

Le Maillet , malleus , servoit pour assommer la vi&time, ainsi

que la Hache ; car on voit ces deux sortes d'inftrumens fur les bas-reliefs indifferemment entre les mains des Viētimaires.

Le Secespita , étoit un Coutelas qui servoit à égorger la victime : il y en avoit de differentes formes, & même à guaîne. La definition qu'en donne Festus est jufte : c'étoit, dit-il, un couteau de fer, long, à manche rond & d'yvoire, orné au pommeau de bandes d'or & d'argent , dont les Flamines & les Pontifes se servoient pour sacrifier.

Le Ligula, ou Lingula, étoit une espece d'Espatule dont le fervoient les Haruspices pour fouiller dans les entrailles des vi&times.

Le Candelabre étoit un chandelier à plusieurs branches fur lequel on mettoit les torches qui brûloient pendant le Sacrifice.

Le Dolabre, un grand couteau qui fervoit à découper la vi&time (a).

L'Enclabrès , dont parle Misson dans fon Voyage d'Italie, étoit la Table sur laquelle on posoit la vi&ime, pour en considerer plus commodément les entrailles . & en tirer les augures.

(a) On en trouve la representation dans ! l'Academie des Belles-Lettres.

L'Offa ; étoit la Marmite dans laquelle les Prêtres faisoient cuire la portion de la victime, qui leur avoit été deftinée.

La Trompette étoit une espece de Cor ou de Clairon , dont on fonnoit dans la ceremonie des Hecatombes ; mais dans tous les Sacrifices c'étoit toujours un joueur de flûte , qui accompagnoit la vi&time , lorsqu'on la conduisoit dans le lieu où on devoit l'immoler , & qui jouoit de ses deux fûtes pendant le Sacrifice, comme on le voir dans presque tous les monumens qui nous restent sur ce sujet.

L'Urceolus ; étoit un petit vase, de bronze, d'argent, de terre, ou de quelque autre matiere, qui avoit un col retresli , & l'ouverture large, à peu près comme nos burettes, que portoient les Ministres subalternes , pour laver les mains des Prêtres. On en trouve souvent, sur les monumens antiques , entre les mains de ces fortes de Ministres.

Quoiqu'on ne doive pas mettre les Trepieds au nombre des Instrumens dont on se servoit dans les Sacrifices, cependant comme il y en avoit souvent dans les Temples , sur-tout dans ceux d'Apollon, & qu'ils servoient quelquefois à soutenir des vases sacrés, il est necessaire d'en dire ici quelque chose. Sans m'arrêter à la diftin&tion d'Athenée qui n'en admet que de deux fortes, qui se reduisent aux grands & aux petits Trepieds, je les divise en trois especes. Je mets dans la premiere , ceux qui servoient à la Pythie lorsqu'elle rendoit les. Oracles d'Apollon dans le Temple de Delphes. Comme l'exhalaison. qui lui inspiroit l'avenir fortoit d'une caverne, ainsi que nous le dirons dans l'Histoire des Oracles , & qu'on pouvoit y tomber en s'en approchant de trop près, ce qui étoit arrivé quelquefois, on inventa une machine foutenuë sur trois pieds qui pofoient sur le roc, & la Prêtresse s'y asseioit, pour recevoir commodément & fans danger l'exhalaison de la caverne. C'est cette forte de Trepieds dont il eft tant parlé dans l'Histoire ancienne. La seconde espece comprend tout ce qui étoit appuyé sur trois pieds , vases tables, ou quelque autre chose que ce fût ; & de ceux-ci il y en avoit un grand nombre. Je mets dans la troisiéme les Trepieds votifs, que des Princes ou des Particuliers confacroient dans les Temples d'Apollon. Herodote (1) parle d'un (1) Liv. 9; Trepied d'or, que les Grecs victorieux des Perses envoyerent à Delphes : Dans le partage qu'ils ferent des dépouilles des ennemis, dit cet Auteur, ils mirent l'argent à part , en prirent un dixiéme , pour le Dieu qu’on honoroit à Delphes ; & ils firent : de cette portion un Trepied d'or qu'ils lui consacrerent , et qu'on voit encore sur un Serpent d'airain à trois téres. Il paroît par ces dernieres paroles,

que ce Trepied d'or étoit foutenu sur un autre espece de Trepied representé par les trois têtes d'un serpent ; ce qui est confirmé par Pausanias, qui dit (2), (z) in Phoc. que le Trepied d'or donné par les Grecs , après la bataille de Platée, étoit soutenu par un dragon d'airain..

On ne s'atrend pas que je mette dans aucune de ces espeees de Trepieds, ceux dont parle Homere, qui alloient tous feuls à l'assemblée des Dieux : fiction poëtique par laquelle il a voulu nous faire comprendre l'excellence des ouvrages de Vulcain.

Rien n'est plus commun dans les cabinets des Curieux, & dans les ouvrages des Antiquaires que les Trepieds, on y en trouve de toutes sortes de figures, & même d'assez singuliersi, La plậpart font d'airain ou de bronze.

CHAPITRE X I I.
Des Prêtres, & des autres Ministres dès Sacrificess
A

Pre's avoir parlé des Sacrifices, des Victimes', & des

Inftrumens dont on se servoit pour les immoler , il faus maintenant dire quelque chose des Prêtres & des Ministres. Comme il n'y a point de Nation, quelque sauvage qu'elle soit , qui n'ait quelque Religion, il n'en est aucune aussi qui n'ait des Ministres pour y prefider ; mais nous ne parlerons gueres dans ce Chapitre, que de ceux des Grecs & des Romains. Le nom general que les premiers de ces deux Peuples donnoient à leurs Prêtres , étoit celui de l'ipou's , quoiqu'ils differassent entre eux par des noms & par des fonctions particulieres. Pour en parler avec quelqu'ordre, nous prendrons

pour guide l'illustre M. Potter qui a fait un excellent Ouvrage sur l'Archeologie Grecque.

Je crois d'abord, comme je l'ai déja insinué, qu'anciennementle Sacerdoce appartenoit aux Chefs de famille ; du moins avoient-ils la liberté de facrifier, quoiqu'il y eûr des Prêrres d'office : c'est ainsi qu'au siege de Troye, pendant que Chrysès & d'autres encore étoient Prêtres , nous voyons dans Homere que les Rois, les Princes, & les Chefs de l'armée, ne laissoient pas d'offrir des Sacrifices.

Lorsqu'il s'agissoit de choisir un Prêtre, on examinoit sa vie, ses mæurs, & même ses qualités corporelles , & il falloit qu'il fût exempt des défauts qui choquent ; à peu près comme nous voyons que dans l'Ecriture Sainte les borgnes, les boiteux, les bossus, &c. étoient exclus du Sacerdoce. Les Atheniens demandoient même dans les Ministres de la Religion, une vie chaste & pure, & on sçait que leurs Hierophantes se servoient de quelques herbes froides, comme de la cigue , pour devenir continens. Generalement il étoit permis aux Prêtres de se marier ; souvent les secondes noces leur étoient interdites , quoique l'Histoire nous apprenne que cette

pas toujours été exactement observée. Les Grecs & les Romains avoient une Hierarchie; des Souverains Pontifes, des Prêtres, & des Ministres fubalternes qui les servoient dans leurs fonctions ; mais comme les Grecs étoient divisés en plusieurs Etats independants les uns des autres , cetre Herarchie n'étoit pas par-tout uniforme. Il y avoit même des Villes, comme Argos & quelques autres, où les femmes prefidoient à la Religion. Rien n'est plus celebre que ces Prêtresses d'Argos , puisque leur Sacerdoce servoit d'époque dans les evenemens publics. Les noms de la plûpart de ces Prêtresses n'étoient plus connus, lorfque M. Fourmont le jeune trouva, pendant son voyage de la Grece, une Inscription fort étendue qui en contient un ample catalogue , & dont il se dispose à donner l'histoire. Minerve Poliade, la Patrone d'Athenes , avoit une Prêtresse pour presider à son culte, & Plutarque, dans ses morales, nomme

une Lysimaque qui exerçoit cette fonction. Les Pedaliens , (1) In Clio. selon Herodote (1), avoient aussi pour leur Minerve uue

regle n'a

Prêtres des Grecs.

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