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des chansons qu'ils font sur le champ. C'est ce jour-là, ajoute Lucien, qu'on fait des Galles. Comme le son de la fûte info pire aux assistans une e peçe de fureur, le jeune homme qui doit être initié , jette ses habits, & faisant de grands cris, vient au milieu de la troupe, qui eft hors du Temple, degaîne fon épée, & se fait Eunuque lui-même; puis courant par la ville , tenant à la main les marques de sa mutilation, il les jette dans une maison, où il prend l'habit de femme. Cette mutilation se faisoit ailleurs, selon Pline, avec les fragmens d'un pot de terre de Samos, & étoit par conséquent, & plus longue & plus douloureuse.

On sçait que c'étoit en l'honneur d'Atys , favori de Cybele, que se commettoit cette barbarie, dont il avoit lui-même donné l'exemple : mais tirons le rideau sur ces infamies, & disons un mot seulement du Grand-Prêtre de cette miserable trou, pe. Ce Chef se nommoit l'Archigalle, & étoit ordinairement d'une famille considerable; du moins lisons-nous dans Gruter une Inscription de l'Archigalle Camerius Crescens , qui avois à fa suite un grand nombre d'Esclaves & d'Affranchis. On trouve dans le premier Tome de l'Antiquité expliquée, la figure d'un Archigalle avec une longue tunique qui descend jusqu'à terre, & pardessus, un grand manteau retroussé, avec un collier qui lui" descend sur la poitrine, sur laquelle font représentées, dans deux Medaillons, deux têtes d'Atys, sans barbe, avec le bonnet Phrygien: plus bas se voit le frontispice d'un Temple, à l'entrée duquel paroît la Déesse Cybele , reconnoissable aux tours & aux creneaux qu'elle porte sur la tête. Jupiter & Mercure qui font à côté d'elle , marquent qu'elle étoit la mere des Dieux. Cette figure , à laquelle il manque la tête , & qui appartenoit autrefois à M. Baudelot, eft,je crois, presentement en Angleterre.

Outre ces Galles & ces Archigalles , Cybele avoit encore d'autres Prêtres qui n'étoient pas mutilés, & des Prêtresses, dont on trouve les noms dans Gruter. On connoît parmi ces Prêtresses une Dame, nommée Laberia Falicla, qui étoit la souveraine Prêtresse de la mere des Dieux ; c'est-à-dire, qui présidoit aux autres, comme l'Archigalle presidoit aux Galles.

Nous devons remarquer, que tous les Prêtres & Prêtresses

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de la mere des Dieux, établis d'abord dans la Phrygie, s'é-
toient ensuite repandus dans la Grece, & dans l’Empire Ro-
main, dès le temps-même de la Republique.
Je dirai

peu

de choses des Prêtres de Mithras, dont le culte fut porté à Rome , si nous en croyons Plutarque , du temps de Pompée, & plus tard, selon Van-Dale, parce que j'en parlerai au long dans l'histoire de ce Dieu (a). Il suffit de sçavoir pour le present, que Mithras avoir un Ministre qui fe nommoit le Pere des mysteres sacrés ; Pater sacrorum, & des Prêtresses qu'on appelloit, Matres facrorum ; que ces Prêtres étoient surnommés Lions , & les Prétresses Hyenes, selon Porphyre: de-là étoient appellés. Leontiques, les mysteres Mithriaques, & Patriques , à cause des Peres qui y prélidoient ; que d'autres Ministres de ce Dieu étoient nommés Coraces, les corbeaux, ou Hierocoraces ,. corbeaux sacrés ; ou Heliaques , à cause du Soleil que Mithras représentoit. Enfin, que ceux qui vouloient étre initiés aux mysteres de ce Dieu, devoient passer par des expiations aussi longues, que douleureuses, comme nous le dirons en son lieu.

Enfin, comme les Grecs & les Romains célebroient égale. ment les grands myfteres de Bacchus, ou les Orgies , je dois mettre dans cette classe commune, les Prêtres & les Prêtresses qui y présidoient; mais comme il en sera question dans l'histoire de ces mysteres, je me contenterai de dire ici que ces Miniftres portoient differens noms , puisqu'on trouve dans les Anciens, que les Bacchantes étoient appellées Bacche , Menades , Bassarides, Thyades, Mimallonides , Edonides, Elyades , Eleides, tous noms tirés ou de leur maniere de crier , ou de leur fureur. Mais il est temps de parler des Prêtres des Romains.

La Ville de Rome n'ayant été d'abord qu’un assemblage de bandits & de fugitifs, que Romulus avoit ramassés, ce Prince songea peu à la Religion ; & cette Religion, empruntée des Albains & de quelques autres. Peuples voisins, fut dans ces premiers temps très-limple & très-unie. Des. Temples & des Chapelles fans ornemens & fans Statues ; car felon Plutarqué il se passa 171. ans sans qu'on y en vîr aucune; des Sacrifices (a) Voyez l'Article des Divinités des Perses.

Prêtres des Romains.

offerts sans appareil, faisoient tout le ceremonial de cette

Ville naissance. Nous trouvons cependant dans Denys d'Hali(1) Liv. 2. carnasse (1), que Romulus ayant divisé Rome en trente Cu

ties, il avoit établi deux Prêtres pour chacune; ce qui faisoit en tout, soixante.

Numa Pompilius , plus appliqué aux affaires de la Religion qu'à celles de la guerre, fit plusieurs changemens dans la Hierarchie Romaine , ainsi que quelques-uns de ses Successeurs ; comme on peut le voir dans Tite-Live, dans Denys d'Halicarnasse , & dans Dion. Voici ce qu'on en peut dire de plus assûré. Les Prêtres établis par Romulus , devoient avoir au moins so. ans , être distingués par leurs mæurs , par leur naissance, & avoir de quoi s'entretenir honorablement, & être sans aucun défaut corporel : tant il est vrai que même dans les Religions les plus grossieres, on a toujours observé de n'admettre pour Ministres , & de n'offrir pour Victimes, que ce qu'il y avoit de plus parfait , & de plus propre à honorer la Divinité. Comme dans le ministere de ces Prêtres, il

у avoit des choses qui ne pouvoient être exercées que par des personnes du sexe , & d'autres où il falloit en être aidé, c'étoient les femmes mêmes & les enfans de ces Prêtres, qui étoient chargés de ces fonctions. D'abord les seuls Patrices exerçoient le Sacerdoce , mais le Peuple piqué de cette preference, eut le credit de partager le Sacerdoce avec le Sehat , & même de se faire transferer, sous le Tribunat de Cn. Domitius, le privilege qui étoit auparavant reservé au College des Patrices, d'élire les Prêtres ; ce qui fut encore changé une fois , & il fut établi que le College éliroit , & que le Peuple confirmeroit l'élection. Enfin, après quelques autres variations, qu'il seroit inutile de rapporter , les Empereurs s'arrogerent le droit d'élire les Prêtres, & devinrent eux-mêmes les Souverains Pontifes; ce qui commença à Jules Cesar. Lorsque l'élection des Prêtres , faite

par le College qui avoit ce droit, étoit confirmée par le Peuple, on procedoit à l'inauguration, qui étoit comme une prise de poffeffion, faire avec ceremonie, & qui se terminoit par un repas que donnoient les nouveaux Prêtres. Dès ce moment ils prenoient la Toge, qui se nommoic Toga pretexta, & l'ornement de tête, appellé

Apex , Galerus , Albo-Galerus , & qui consistoit en une espece de bonnet blanc , surmonté souvent d'une couronne.

Les Prêtres dans Rome jouissoient de plusieurs privileges, & ils pouvoient aslifter au Senat ; mais ce droit leur fut ôté dans la suite (1). Ils étoient exempts des Charges onereuses (4) Tite-Live de l'Etat , & dispensés d'aller à la guerre. On portoit ordi- Dec. 3. 17. nairement devant eux un flambeau & une branche de laurier; & il leur étoit permis de monter au Capitole sur un char , qu'on appelloit Carpentum. Il y avoit des Prêtres dont le Sacerdoce étoit à vie ; d'autres qu'on deftituoit ; mais les Augures ne pouvoient l’être, pour quelque cause que ce fût. Chaqu'ordre de Prêtre avoit son College particulier, & des appointemens pour

les Sacrifices. Comme dans les Provinces les Prêtres étoient obligés de fournir à la dépense des Jeux publics, & que dès-là le Sacerdoce leur étoit souvent à charge, on ne contraignoit personne à l'accepter.

Dans l'ordre de la Hierarchie Romaine, les Pontifes étoient les premiers. D'abord il n'y en eut que quatre; mais ce nombre ayant été augmenté dans la suite , on les distingua en Pontifes majeurs , & en Pontifes mineurs; les uns & les autres soumis au Souverain Pontife, dont l'autorité étoit si grande, que les Empereurs ne crurent pas cette charge indigne d'eux, comme je viens de le dire. Maître de toutes les ceremonies de la Religion, & du premier College, le Souverain Pontife étoit extrêmement respecté : son chariot , nommé Thenfa , étoit different de celui des autres Prêtres, ainsi que

son habillement & le reste de son équipage. Il ne lui étoit pas permis de sortir d'Italie ; comme c'étoit une espece de profanation pour lui de voir un corps mort, lorsqu'il asliftoit aux funerailles on mettoit un voile entre lui & le cercueil du défunt: c'est Seneque qui nous apprend cette particularité, plus instruit en cela

que Dion, lequel parlant de la Pompe funebre d’Agrippa, à laquelle Auguste, Souverain Pontife, aslıfta , dit qu'il ne

la raison pour laquelle on avoit mis un voile entre cet Empereur & le cercueil , & que c'est une erreur de croire qu'il n'eft pas permis au Souverain Pontife de voir un mort.

On m'objectera peut-être que Cesar étant Souverain Pontife, alla faire la guerre dans les Gaules, & qu'ainsi j'ai torc de dire

İçait pas

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qu'il n'étoit pas permis à celui qui possedeit cette Charge de
sortir d'Italie. Mais on peut répondre 1°. qu'il y a des occa-
fions, où les Loix, qui n'ont pas tout prévû, ne sont point
observées. 2o. Que l'exemple de Cesar ne prouve rien, puis-
qu'il ne les respectoit , qu'autant qu'elles fattoient son ambition.

Après le Souverain Pontife venoient les Flamines, qui n'é-
toient d'abord que trois, établis, selon Plutarque ; par Romu-
lus, ou plûtôt suivant Tite-Live, par Numa Pompilius ; le
Flamen Dialis , ou de Jupiter , le Martialis, de Mars, & le
Quirinalis, de Quirinus. C'étoit le Peuple qui les élisoit, & le
Souverain Pontife en confirmoit l'élection. Comme ces trois
Flamines étoient en une grande confideration, & qu'ils jouis-
foient de plusieurs privileges , quoiqu'ils ne fussent pas de
l'ordre des Pontifes , ils prenoient place parmi eux dans les
affaires de consequence. Cet ordre fut augmenté dans la suite,
& il y eut jusqu'à quinze Flamines, dont trois étoient tirés du
rang des Senateurs, & étoient nommés Flamines majeurs ,
& les douze autres, appellés Flamines mineurs, étoient pris
parmi le Peuple. Chaque Flamine étoit destiné au culte parti-
culier d'une Divinité, & son Sacerdoce étoit à vie; quoiqu'il
pût en être déposé pour des choses graves, ce qui s'exprimoit
par ces mots, Flaminio abire , quitter le Sacerdoce.

Comme Jupiter étoit parmi les Romains le plus grand des
Dieux, fon Prêtre étoit aussi le plus consideré; mais en même

temps il étoit soumis à des pratiques assez gênantes: fuivant (1) Noc. Att. Aulu-Gelle (1), il ne lui étoit pas permis d'aller à cheval ; de L. 10. c. 15. voir une Armée hors de la ville, rangée en bataille; de jurer;

& il ne pouvoit porter qu'une forte d'anneau, percé d'une
certaine maniere. Il étoit défendu d'emporter du feu de chez
lui , hors le feu sacré; & il falloit un homme de condition
libre , pour lui couper

les cheveux. Assis à la premiere place
dans les festins, il ne la cedoit qu'à celui qui étoit nommé
le Roi Sacrificateur. Il lui étoit défendu de faire divorce avec
fa femme, de sortir fans son Bonner Sacerdotal, d'entrer dans
une maison où il y avoit un mort, encore plus de toucher un
cadavre, &c. Varron ajoûte que le Flamen Dialis étoit le seul
qui pût porter le Bonnet blanc , l'Albo-Galerus, dont nous
avons parlé. Les privileges des deux autres Flamines majeurs

étoient

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