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113.& 114.

sous leur protection. La seconde contenoit la priere par laquelle on s'efforçoit de les attirer, & de les faire venir dans les lieux où leur présence étoit necessaire. Lorsqu'on croyoit que le Dieu Patron étoit arrivé, on célebroit des fêtes qui étoient nommées , é reducan. Telles étoient quelques-unes de celles des Argiens en l'honneur de Junon, & de celles des habitans de Delos & de Milet, pour Apollon.

Lorsque le danger qui avoit fait appeller les Dieux, étoit passé, on leur permettoit de s'en aller ailleurs, & on avoit encore d'au

tres Hymnes pour celebrer leur départ. Jules Scaliger, que l'on (1) Poët. peut consulter sur ce sujet (1) observe que ces Hymnes qu'on liv. 3.ch. 112. nommoit à Tove u.TIXOS, & dans lesquels excelloit sur-tout Bac

chyllide, Poëte lyrique, étoient plus longs que ceux qu'on employoit pour faire venir les Dieux, afin de retarder autant qu'on pouvoit leur éloignement. Car quand nous desirons, dit-il, nous voulons que ce qui est l'objet de nos souhaits , arrive promptement , & que ce soit le plus tard qu'il est poffible, que nous en soyons privés.

Aux Evocations je dois joindre les Devouemens , que les Les Devoue- Romains appelloient Devotio. Il y en avoit de particuliers,

comme ceux des deux Decius , & de Marcus Curtius, qui se devouerent

pour

le falut des Romains; & de publics , faits par le Dictateur ou le Consul , à la tête des armées. En voici (2) Macrob. la formule, conservée

par

le même Macrobe (2). Dis le pere, (Pluton) Jupiter, Manes, ou de quelque nom qu'on puisle vous appeller, je vous prie de remplir cette Ville

de Carthage, & l'armée dont je veux parler , de crainte os & de terreur : Faites que ceux qui portent les armes con» tre nos Legions & contre notre armée, soient mis en dé» route; que ceux qui habitent leurs villes , & leurs campao gnes , avec leurs habitans de tout âge, vous soient devoués

selon les loix, suivant lesquelles les plus grands ennemis os vous sont devoués. Je les devoue par l'autorité de ma char» ge, pour le Peuple Romain, pour notre Armée, & pour

nos Legions, afin que vous conserviez & les Commanso dans, & ceux qui servent sous leurs ordres.

L'Antiquité ne nous a pas conservé la formule des Devouemens particuliers , mais il est sûr qu'il y en avoir une ; &

nens.

Sat. 1. 3. C. 9.

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il étoit per

lorsque Decius se devoua, il avertit, comme je l'ai dit dans une autre occasion, le Pontife Valere de prononcer la formule du Devouement : Deorum ope , dit-il Valeri, opus eft ; agedum, præi verba quibus me pro Legibus devoveam.

Lorsque la Loi devouoit quelqu'un à la mort, mis de le tuer. Il y en avoit une de Romulus qui étoit conçue en ces termes : Si Patronus Clienti fraudem faxit , facer esto. Si quelque Patron fait tort à fon Client , qu'il soit devoué. C'étoit à Pluton, ou Dis , & aux autres Divinités infernales, que les criminels étoient devoués.

Je ne dirai rien ici des Supplications & des Voeux faits par des particuliers : on voit bien que le détail en seroit infini, & nous apprendroit seulement que les Dieux ayant toujours été regardés par les Payens comme les auteurs de tous les biens & de tous les maux, on ne manquoit pas de leur demander ces biens , & la délivrance des maux; que dans le danger ou dans les maladies, on leur faisoit des voeux pour en être délivré, & pour obtenir le recouvrement de la fanté; qu'enfin on mettoit dans les Temples, en reconnoissance, les membres de la guérison desquels on croyoit leur être redevables. Les Antiquaires en ont conservé un grand nombre comme on peut

le voir dans leurs Ouvrages. Parmi ces væux,il y en avoit qui portoient des caracteres de differens Dieux, comme celui qu'on nomme la main d'Enée, sur laquelle il y a Votum Cecropis, & qui a été expliqué dans un petit Ouvrage de Thomasini. Quelquefois c'étoit une simple main, un bras, une jambe, un oeil , sans aucun fymbole. Ce qu'on trouve de plus singulier parmi ces væux, est une Table de cuivre sur laquelle il est fait mention de toutes les guerisons operées par l'intercession d'EG culape.

JA

CHAPITRE X V.
Des Céremonies Religieuses pratiquées à la fondation

des Villes. 'Ar dit il y a un moment que les évocations se faisoient

lorfqu'une Ville étoit asliegée, pour invoquer les Dieux , Tous la protection desquels elle étoit ; & comme ces mêmes Dieux en devenoient les Patrons au temps de la fondation de chaque Ville, il est necessaire de dire un mot des céremonies qui se pratiquoient en cette occasion. Feftus nous apprend que les Etruriens avoient des Livres qui contenoient les ceremonies usitées à la fondation des Villes, des Autels , des Temples, des Murailles & des Portes ; & Plutarque dit que Romulus voulant jetter les fondemens de la ville de Rome, fit venir d'Etrurie des hommes qui lui apprirent de point en point toutes les céremonies qu'il devoit observér. Selon Denys d'Halicarnasse, on commençoit par offrir un sacrifice, après lequel on allumoit des feux près des tentes, & ceux qui devoient avoir quelque fonction dans la construction de la Ville , fautoient pardessus ces feux, pour fe purifier. Ensuite on creusoit une fosse, dans laquelle on jettoit les premices de toutes les choses qui fervoient à la nourriture de l'homme, & une poignée de terre du pays d'où étoient venus chacun de ceux qui allistoient à la ceremonie.

On confultoit en même temps les Dieux , pour fçavoir fi l'entreprise leur seroit agréable , & s'ils approuvoient le jour qu'on avoit pris pour la commencer. Ensuite on traçoit l'enceinte par une traînée de terre blanche, qu'on appelloit Terre pure ; & faute de cette espece de craie, on se fervoit de fa

; rine , comme fit Alexandre, au rapport de Strabon, lorsqu'il jetta les fondemens d'Alexandrie. Cette premiere operation achevée, on ouvroit un fillon aussi profond qu'il étoit possible, avec une charrue d'airain , & on attachoit à cette charrue un taureau blanc, & une génisse blanche. Tout l'espace que la charrue avoit ouvert étoit reputé faint. Pendant qu'on formoit l'enceinte, on s'arrêtoit de temps en temps pour renouveller les sacrifices , & on marquoit les lieux où ils étoient offerts, par un tas de pierres , qu'on nommoit Cippes. On invoquoit dans ces facrifices, les Dieux fous la protection desquels on mettoit la nouvelle Ville, ainsi que les Dieux du pays , nommés Dii parrii Indigetes ; ce qui se faisoit secretement, parce que les Dieux tutelaires de chaque ville devoient être inconnus au vulgaire. Ovide , dans ses Fastes, nous a conservé la formule de priere que Romulus adressa aux Dieux qu'il vouloit rendre favorables à son entreprise.

Vox fuit hæc Regis : Condenti Jupiter Urbem

Et genitor Mavors, Vestaque mater ades.
Quosque pium est adhibere Deos, advertite cunéti,

Aufpicibus vobis hoc mihi furget opus , &c. Enfin, le jour de la fondation d'une Ville étoit si respectable, qu'on en renouvelloit le souvenir dans une Fête annuelle, & cette fête étoit à Rome celle qu'on nommoit les Palilies, ainsi que nous l'avons dit. M. Blanchard, dans une Dissertation, dont l'extrait est imprimé dans le troisiéme Tome des Memoires de l'Académie des Belles Lettres (1), rend raison (1) Page 61. de cette céremonie, & de quelques autres qui n'ont pas un rapport essentiel avec la Religion payenne. Ovide a heureufement renfermé toutes ces ceremonies dans les vers suivans (2). (z) Falt. I. 4:

Apra dies legitur , quâ mænia fignet aratro.

Sacra Palis fuberant: inde movetur opus,
Fossa fit ad folidum, fruges jaciuntur in imâ ,

Et de vicino terra petita solo.
Fossa repletur humo , plenæque imponitur aræ ,
Et novus accenso finditur igne

focus.
Inde premens Stivam defignatmænia sulco ,

Alba jugum niveo cum bove vacca tulit. On a vû dans ce Livre l'Histoire de l'origine & du progrès de l'Idolâtrie. J'ai parlé de ce qui concernoir le culte rendu aux Dieux ; des Temples, des Autels, des Sacrifices , des Prêtres, des Fêtes qu'on célebroit en leur honneur, &c. il reste encore à examiner plusieurs articles importans qui regardent l'Idolâtrie, dont je vais parler dans le Livre suivant.

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LIVRE QUATR I E' ME, l'on traite des Superstitions que l Idolátrie authorisoit.

E mets au nombre de ces Superstitions , le respect qu’on avoit pour les Oracles en general, & en particulier pour les Livres des Sibylles , qui étoient à l'égard des Romains , un Oracle permanent qu'ils consultoient dans toutes les occasions ; les Préfa

ges, les Prodiges , les Expiations , la Magie, l'Astrologie judiciaire, la Divination, les Sorts, les Preftiges , les Augures , les Auspices, & quelques autres.

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C.

Omme les Oracles, que Seneque définit, la volonté des

Dieux annoncée par la bouche des hommes, & que Ciceron nomme simplement le discours des Dieux ,Deorum oratio , tenoient à la Religion payenne, & en faisoient une partie considerable , leur histoire doit entrer dans cette Mythologie.

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