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Rien n'étoit li fameux que ces Oracles : on les consultoit nonfeulement pour les grandes entreprises, mais même

pour

de simples affaires particulieres. Falloit-il faire la guerre ou la paix, établir des Loix, réformer les Etats, en changer la constitution ; on avoit recours à l'Oracle; c'étoit alors l'autorité publique qui agissoit. Un particulier vouloit-il se marier, entreprendre un voyage, ou enfin avoit quelqu'autre affaire, il ou une maladie dangereuse; il alloit consulter l'Oracle. L'envie de connoître l'avenir , d'assûrer le succès de ses projets; la curiosité, si naturelle à l'homme ; tout le portoit à consulter les Dieux qui avoient la réputation de prédire l'avenir; car tous les Dieux n'avoient pas ce crédit. De-là l'établissement des Oracles , l'empressement à les consulter, & les dons immenses dont on remplissoit leurs Temples ; car rien ne coûte à l'inquiétude & à la curiosité.

Sur ce principe, on ne peut pas douter que tous les Peuples parmi lesquels a regnél’Idolâtrie, n'aient eu leurs Oracles, ou quelqu'autre moyen de chercher à connoître l'avenir. Aucune Nation n'a jamais manqué d'imposteurs, & de gens avides de gain, qui se sont donné la réputation de connoître & de prédire ce mysterieux avenir. On en a trouvé parmi les peuples les plus barbares & les plus grossiers, tels que les Iroquois, & les autres Sauvages de l'Amerique. Les anciens Gaulois avoient leurs Druides, qui étoient leurs Prophetes : parmi les Pheniciens & les Egyptiens, c'étoient les Prêtres qui avoient cet emploi, & il en a été sans doute de même parmi les autres Nations. Mais comme des recherches particulieres sur les Oracles de tous les Peuples idolâtres, nous meneroient trop loin, & que nous manquons de monumens pour en faire l'histoire, nous nous contenterons de parler des Oracles des Egyptiens , & sur - tout de ceux des Grecs, qui ont été en même - temps si celebres & en si grand nombre.

Avant d'entrer dans l'Histoire de ces Orales , il est neceffaire d'examiner en peu de mots deux questions importantes. Toutes les prédictions qu'on en rapporte, & dont les Auteurs Payens sont remplis, étoient-elles le fruit de l'imposture des Prêtres, ou yenoient-elles du Demon? Les Orales ont-ils ceflé

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LIVRE QU A TR I E' ME, l'on traite des Superstitions que l Idolátrie authorisoit.

E mets au nombre de ces Superstitions , le respect qu'on avoit pour les Oracles en general, & en particulier pour les Livres des Sibylles, qui étoient à l'égard des Romains , un Oracle permanent qu'ils consultoient dans toutes les occasions ; les Préfa

ges, les Prodiges, les Expiations , la Magie, l'Astrologie judiciaire, la Divination, les Sorts, les Preftiges , les Augures , les Auspices, & quelques autres.

CHAPITRE I.

Des Oracles.

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Omme les Oracles, que Seneque définit, la volonté des
Dieux annoncée par la bouche des hommes, & que

Ciceron nomme simplement le discours des Dieux ,Deorum oratio , tenoient à la Religion payenne , & en faisoient une partie considerable , leur histoire doit entrer dans cette Mythologie.

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Rien n'étoit si fameux que ces Oracles : on les consultoit nonfeulement pour les grandes entreprises, mais même pour de simples affaires particulieres. Falloit-il faire la guerre ou la paix, établir des Loix, réformer les Etats, en changer la constitution; on avoit recours à l'Oracle; c'étoit alors l'autorité publique qui agissoit. Un particulier vouloit-il se marier, entreprendre un voyage, ou enfin avoit quelqu'autre affaire , ruil ou une maladie dangereuse ; il alloit consulter l'Oracle. L'envie de connoître l'avenir , d'assurer le succès de ses projets ; la curiosité, si naturelle à l'homme ; tout le portoit à consulter les Dieux qui avoient la réputation de prédire l'avenir; car tous les Dieux n'avoient pas ce crédit. De-là l'établissement des Oracles , l'empressement à les consulter, & les dons immenses dont on remplissoit leurs Temples ; car rien ne coûte à l'inquiétude & à la curiosité.

Sur ce principe, on ne peut pas douter que tous les Peuples parmi lesquels a regnél’Idolâtrie, n'aient eu leurs Oracles, ou quelqu'autre moyen de chercher à connoître l'avenir. Aucune Nation n'a jamais manqué d'imposteurs , & de gens avides de gain, qui se sont donné la réputation de connoître & de prédire ce mysterieux avenir. On en a trouvé parmi les peuples les plus barbares & les plus grossiers, tels que les Iroquois, & les autres Sauvages de l'Amerique. Les anciens Gaulois avoient leurs Druides, qui étoient leurs Prophetes : parmi les Pheniciens & les Egyptiens, c'étoient les Prêtres qui avoient cet emploi, & il en a été fans doute de même parmi les autres Nations. Mais comme des recherches particulieres sur les Oracles de tous les Peuples idolâtres, nous meneroient trop loin, & que nous manquons de monumens pour en faire l'histoire, nous nous contenterons de parler des Oracles des Egyptiens , & fur - tout de ceux des Grecs, qui ont été en même - temps si celebres & en si grand nombre.

Avant d'entrer dans l'Histoire de ces Orales , il est neceffaire d'examiner en peu de mots deux questions importantes. Toutes les prédictions qu'on en rapporte, & dont les Auteurs Payens sont remplis, étoient-elles le fruit de l'imposture des Prêtres, ou venoient-elles du Demon? Les Orales ont-ils cellé

à la venue de Jesus-Christ? Van-Dale dans un Traité où l'érudicion n'est pas épargnée, a entrepris de prouver que toutes ces prédi&tions ne venoient que des fourberies de ceux qui avoient soin des Oracles ; & qu'ils n'ont pas cessé quand Jefus-Christ est venu au monde. M. de Fontenelle, l'homme le plus propre à enlever d'un Traité heriffé de Grec & de Latin , & qui n'étoit que pour les Sçavans, toute la sécheresse qui le rendoit de peu d'usage, pour y repandre des ornemens que le missent à portée de tout le monde , en a formé un Ouvrage, qui a fait assez de bruit pour me dispenser d'en parler plus au long.

Comme l'opinion de Van-Dale parut contredire le senti. ment unanime de tous les Peres, & la Tradition constante de l'Eglise , qui attribuoit du moins une grande partie des reponses des Oracles au Demon, qui n'étoit pas encore enchaîné, avant la venue de Jesus-Christ, le Pere Balthus, Jesuite, entreprit dans un sçavant Traité, de venger la Tradition & les Peres ; & fans nier l'imposture des Prêtres, qui fut souvent mêlée dans les Oracles , il prouve d'une maniere également claire & folide , l'intervention du Demon dans des prédictions, que tous les efforts de l’incredulité ne sçauroient attribuer aux seules fourberies des Prêtres. Et pour le temps de la cessation de ces Oracles, il prouve avec la même érudition, que s'ils ne cesserent pas entierement à la venue de Jesus-Chrift, il est sûr qu'ils commencerent à décheoir ; que leur reputation ne fut plus fi brillante ; qu'on ne les consultoit plus avec tant d'appareil : quoiqu'il soit incontestable qu'ils ne cesserent entierement que lorsque le Christianisme triompha de l'Idolâtrie.

Il est inutile pour mon dessein, de m'étendre davantage sur ces deux questions, les piéces du procès étant entre les mains de tout le monde. Cependant je ne sçaurois m'empêcher de faire sur la premiere de ces deux questions, quelques reflexions très-propres à renverser le système de Van - Dale. En effet croira- t'on de bonne foi, que si les Oracles n'étoient que le fruit des fourberies des Prêtres , quelque manége qu'on puiffe leur prêter pour s’instruire adroitement du sujet qui amenoit ceux qui venoient les consulter de leurs affaires,

de

des repon

de leurs projets ; croira-t'on dis-je que ces Oracles eussent duré si long-temps , & fe fussent soutenus avec tant d'éclat & de reputation, s'ils n'avoient été que l'effet de la fourberie des Prêtres ? l'imposture se dement, le mensonge ne se soutient pas. D'ailleurs il y avoit trop de temoins, trop de curieux,

, trop de gens interessés à ne point se laisser seduire. On trompe pendant un temps des particuliers trop credules, mais nullement des Peuples entiers pendant plusieurs siécles. Quelques Princes amusés par des équivoques, quelque ruse decouverte, quelque libertin trop curieux , cela fuffisoit de reste pour decouvrir le mystere, & faire tomber tout d'un coup le credit de l'Oracle. Combien de

gens trompés par fes odieuses, avoient interêt de penetrer si c'étoient les Pretres eux-mêmes qui les seduisoient. Mais quoi ! aucun de ces mêmes Prêtres , attirés par les promesses & les liberalités effectives de ceux qui n'oublierent rien pour s'éclaircir à fond sur un sujet fi interessant, ne trahit la cause de ses confreres ? Mais il n'y avoit donc point de gens mercenaires en ce tempslà : l'or & les dignités n'étoient donc plus des appas seduifans. Les Prêtres d'un Oracle moins accredité ou entieremene déchu, ne reveloient donc pas, ou par desespoir , ou par vengeance, les impostures de ceux qui leur enlevoient tout leur gain : eux qui en pratiquant de semblables fourberies, pouvoient bien se douter du moins de celles des autres. Quel est donc ce cèncert, inconnu jusqu'à present , qui tient contre l'interêt, contre la reputation : qui réunit tant de fourbes dans un secret si religieusement observé? A ces reflexions le Pere Balthus en ajoute une autre , tirée des Sacrifices humains que les Oracles demandoient ; puisque l'homme, dit-il, quelque maîtrisé qu'il soit par ses passions, n'auroit jamais exigé de semblables vi&imes. J'ai dit que tous les Dieux n'étoient pas des Dieux à Ora

à cles ; car anciennement il n'y avoit gueres que Themis, Jupiter , & Apollon qui en rendissent; mais dans la suite ce privilege fut accordé à presque tous les Dieux, & à un grand nombre de Heros, comme on le verra dans la suite.

Pour consulter l'Oracle, il falloit choisir le temps où l'on croyoit que les Dieux en rendoient; car tous les jours n'étoienç

Tome I.

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